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Aly Mohamed Séga Camara sur l’attaque de Boffa « L’Etat n’a pas beaucoup réfléchi à ce qu’il avait à faire »

Le président du Mouvement pour le Parti de la Construction et ex secrétaire exécutif du Conseil de sécurité alimentaire, a été, ce samedi, l’invité du Grand Oral. Sur les ondes de la 97.5 Rewmi FM, Aly Mohamed Séga Camara a abordé plusieurs sujets, notamment l’attaque de Bofa qui fait la une de l’actualité depuis un certain temps. Morceaux choisis.

L’attaque de Bofa

La question de la violence en Casamance est très difficile à cerner. Ce qui s’est passé d’abord est très regrettable qu’il faut condamner avec la dernière énergie. Parce que l’effusion de sang et surtout la perte de vies humaines sont des phénomènes qu’il faut toujours bannir dans les actes d’une société civilisée. D’où que cela vienne, c’est à condamner absolument. Je pense que la première réaction de toute personne sensée, normale, devrait se dire comme le disaient les anciens Romains : « à qui profite le crime ? ». Si cette question-là avait été posée par l’autorité, par le citoyen lambda, on ne procédera pas à une accusation. Dès l‘instant qu’il y a violences et par la suite mort d’hommes, nul n’a le droit d’indexer une entité. Car, l’enquête doit être diligentée pour voir réellement qui est à la base de cela ? Mais se lever pour dire que c’est telle entité, je crois que c’est de la provocation. Et le Mfdc a parfaitement raison. Tout le monde sait qu’il y a trafic de bois au vu et au su de tout le monde. Ici à Dakar, il y a une cité militaire, là où nous nous trouvons, toutes les portes, les rampes d’escalier sont faites avec du bois de vene ou du bois de teck. Alors que le teck n’existe que dans trois départements du Sénégal : Sédhiou, Bignona et Ziguinchor. Quand il s’agit du bois de vene, il n’y a que la région de Tambacounda et celle de la Casamance naturelle qui disposent de ce bois. Et dans les maisons des officiers, c’est ce bois-là qu’on trouve. Comment de fois on a trouvé des camions des autorités qui sont en charge de la sécurité de ce pays transporter du bois de vene.

Le Mfdc a dénoncé un trafic avec la complicité des autorités

Là aussi, ce n’est pas normal. Il y a un décret du Chef de l’Etat. Si on respecte le Président de la République dans ce pays et que nous respectons les lois, ceux qui sont chargés de veiller sur l’application de la loi ne devaient pas être les premiers à la violer. Et ce trafic-là tourne autour des autorités administratives. Ce qui s’est passé à quelques jours de cette tuerie, c’est que ceux qui étaient membres du comité de vigilance de cette forêt, ont été libérés de prison parce qu’ils avaient été arrêtés au mois d’octobre. Ils ont été relâchés et aujourd’hui, ça coïncide avec cette attaque. Quand vous entendez le bonhomme qui a témoigné, un certain Sidibé, il dit : « j’ai été arrêté 14 fois et les 13 fois, c’était avec le Mfdc. On nous a bastonnés, etc. et on nous a pris nos biens et tout, mais on nous a libérés. Cette fois-ci, ceux qui nous ont bastonnés, ceux qui ont tué étaient encagoulés ». C’est des détails extrêmement importants et dans les actes de 1982 à nos jours, le Mfdc ne s’est jamais encagoulé dans ses actions. Pourquoi s’encagouler aujourd’hui ? Quand le Mfdc enlevait les démineurs et les amenaient vers la frontière de la Guinée-Bissau, ils n’étaient pas encagoulés. J’ai été moi-même arrêté à trois reprises par des personnes armées et elles n’étaient pas encagoulées. C’est quand l’armée a commencé à pilonner dans cette direction-là qu’ils ont dit que ce sont sur ces gens-là que vous comptez ? Et après, ils nous ont libérés pour prendre la fuite vers la Gambie. Par ailleurs, ceux qui se sont levés pour accuser le Mfdc, il faut d’abord voir qui ils sont ? Ceux qui ont fait les toutes premières déclarations fracassantes, qui sont-ils ? Les membres du groupe de réflexion pour la paix en Casamance, qui sont-ils ? Ce sont ceux-là même qui sont derrière l’exploitation du Zircon. Tout de suite, la passerelle est trouvée pour dire qu’on va faire de telle sorte qu’on mette le chapeau au Mfdc et qu’à partir de ce moment, l’Etat du Sénégal a le droit de faire descendre la « soldatesque » au niveau de ces zones-là et pousser vraiment à venir exploiter le Zircon.

Lien entre la coupe abusive du bois et l’attaque de Bofa

Pour ce qui s’est passé, il faut ramener les éléments précédents. Les éléments précédents, c’est que les membres du comité de vigilance ont arraisonné des charrettes et tout et ils les ont mis à la disposition des eaux et forêt plusieurs fois. Et finalité, ce bois-là, où est-ce qu’il a été mis ? Nul ne sait. Ce comité de vigilance a continué à faire son travail et s’est battu avec ou contre des éléments venant couper le bois. Ça leur a valu l’arrestation de quatre personnes. Je pense que justice devrait être faite pour que ces gens-là ne reprennent pas la coupe du bois. Mais ceux qui sont censés protéger cette forêt-là à la place des autorités, ce sont ces gens-là qu’on a arrêté. Et tout le monde sait à chaque fois qu’il y a des visites, il y a eu des quolibets qui se développent vraiment à leur endroit. Finalement, les gens ont pris un sacré coup de colère. Et cela peut justicier cette attaque.

Les conséquences de cette attaque sur le processus de paix en Casamance

Ce qui s’est passé, je pense que ça n’a pas été intelligent de la part de l’autorité que d’autoriser le bombardement de la forêt. Car ceux qui ont commis ce forfait ne vont plus être dans cette forêt. Il n’y a pas de cantonnements rebelles, donc, pourquoi procéder à des bombardements ? On a gaspillé des munitions achetées avec l’argent du Sénégal. C’est du gaspillage et une rupture unilatérale du processus de paix engendrés par l’armée et les autorités sénégalaises. Il y avait un accord de paix tacite entre l’autorité et le Mfdc. Quand le Mfdc dit que l’Etat du Sénégal a unilatéralement rompu l’accord de paix, du fait que simplement l’armée a bombardé par voie aérienne, ce n’était vraiment pas idoine. A mon avis, l’Etat n’a pas beaucoup réfléchi à ce qu’il avait à faire. Et ça, c’est dangereux pour quelqu’un qui gouverne et qui ne sait pas se retenir pour réfléchir sur ce qu’il doit faire. Par ailleurs, quel que soit ce qu’on peut reprocher au régime de Macky Sall, ce n’est pas le fait d’avoir réussi à instaurer une accalmie. Depuis un certain nombre d’années, il n’y avait plus de violence armée sur le territoire Casaçais.

Cheikh Moussa SARR

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