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Amadou Diaouné, SG du Sudes «Si on ne prend pas des mesures d’urgence, notre système éducatif…»

La mise en œuvre du protocole d’accord de février 2014, les résultats des négociations avec le gouvernement, les indemnités, le recrutement des enseignants sont, entre autres, des questions  abordées par Amadou Diaouné. Le secrétaire général du Syndicat unitaire et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) lors d’un entretien qu’il nous accordé, est largement revenu sur ces points de revendication. 

Pouvez-vous revenir sur l’état des lieux de la dernière négociation  avec le gouvernement ?

Il faut tout d’abord dire que nous, le SUDES, nous ne faisions pas partie de la délégation qui était partie pour les négociations. Ceci est lié à la question de la représentativité parce que depuis les élections d’avril 2017, le gouvernement a simplement décidé de travailler avec les syndicats les plus représentatifs. C’est une situation que nous vivons amèrement, mais il faut accepter les résultats des élections. Cependant,  nous  pensons  qu’il est possible, d’une manière ou d’une autre, de faire en sorte que les syndicats dépositaires d’une plateforme revendicatif et tous les syndicats signataires de ce protocole, puissent être représentés parce que cela va dans le sens de préserver la paix sociale dans le secteur éducatif. En faisant de l’exclusion, je pense que cela va créer plus de problèmes. Nous pensons que ces résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes des enseignants, dans la mesure où sur les points-clés, nous nous attendions à des avancées notables, surtout que la réunion était  présidée par le Premier ministre. Il n’y a pas eu de réponses satisfaisantes.

Quels les principaux points de désaccord ?

Les réponses fournies par rapport à la question des lenteurs  administratives qui pénalisent encore une fois durant des décennies  des milliers  d’enseignants, ne donnent pas de garantie pour mettre fin définitivement à cette demande. Ces lenteurs sont préjudiciables  pour la carrière des enseignants. S’agissant de la révision du régime indemnitaire au niveau de la fonction publique, la question  ne semble  pas avoir été abordée dans sa globalité. On a simplement réduit la question à l’augmentation de l’indemnité de logement pour les enseignants. La proposition nous semble si dérisoire, ridicule et insultante, à savoir 10%  du montant actuel, ce qui fait  6600 francs Cfa. Nous pensons que c’est une insulte. Il y a des années où la situation économique du pays était très difficile et les gens ont consenti des augmentations au moins de 10.000 FCFA, étalées sur deux années. Au moment où on nous parle d’un taux de  croissance qui frôle les 7%, on propose la moitié de ce qu’on a pu obtenir  dans les années de crise. C’est une très grande déception au niveau des enseignants. Sur d’autres points, le problème des maîtres d’EPS qui doivent être reclassés dans le corps des professeurs de l’enseignement de collègues, n’est pas encore résolu, de même que des questions de décret. C’est vrai, il y a quelques petites avancées  sur la question  des parcelles  viabilisées que l’Etat devait mettre à la disposition des enseignants depuis 2003. Cet engagement est pris  mais, jusqu’à présents, cela ne s’est pas encore matérialisé. On n’est pas au bout du tunnel dans  la mesure où il n’y a que trois sites de ZAC de l’intérieur sur les sept qui vont être viabilisés et mis à la disposition  des ayants droit. Selon l’engagement du  gouvernement, c’est pour le mois de Mars. Il faut rappeler que depuis janvier 2017, le gouvernement avait pris l’engagement en disant que dans les huit  prochains mois, c’est-à-dire au mois d’août passé, toutes les parcelles  des ZAC à l’intérieur du pays allaient être mises à la disposition des syndicats bénéficiaires. Mais au finish, il n’y avait absolument rien. C’est tout récemment qu’on a commencé les travaux de viabilisation  au niveau de trois sites. Pour reste, il y a encore des litiges fonciers. Cela veut dire que le gouvernement n’a jamais dit la vérité aux  enseignements sur cette question parce qu’on nous a toujours dit  qu’il y a la sécurisation dans les livres fonciers de ces sites. Ce n’est pas le cas. Il n’est pas sorti de grandes choses de ces négociations, même si par ailleurs il y a 12 milliards de francs CFA pour pouvoir satisfaire  la demande en prêts DMC pour les 3.000 mille agents de l’Etat qui trainent depuis 2 ans maintenant avec des conventions sans fonds.

Si ces questions ne seront pas résolues, vous allez continuer la grève et les débrayages durant toute l’année ?

Cette situation d’indignation généralisée des enseignants est de nature à entretenir une situation de perturbation au niveau du système. Nous, au niveau, du SUDES, nous souhaiterions que les syndicats se ressaisissent pour se donner la main les uns les autres.  Ceci  permettra de mener un combat commun pour parachever la mise en œuvre du protocole d’accord  de février 2014, mais aussi pour aborder les nouvelles revendications. Dans ces dernières, une question cruciale dont on doit plus faire l’économie, c’est le recrutement d’enseignants à tous les niveaux du système éducatif. Il y a un déficit patent, du préscolaire à l’université. Si on ne prend pas  des mesures d’urgence, avec une programmation dans le temps  pour recruter suffisamment d’enseignants, notre système éducatif ne donnera jamais de la qualité. On est en train de faire du bricolage avec  le déficit d’enseignants. Plus grave, il y a même des risques de retour à la situation de l’école dans les années d’ajustement structurel, c’est à  dire dans les années 80-90 avec des classes à double flux et les classes multigrades qui risquent de se multiplier. Cela est inacceptable. Encore une fois, on ne peut pas appliquer les solutions des années d’ajustement structurel au moment où on dit que le pays va vers l’émergence, c’est contradictoire. Or, les ressources humaines, c’est une composante fondamentale pour pouvoir mettre le pays sur la voie de l’émergence. Où est-ce qu’on va trouver ces ressources si on continue avec cette politique d’éducation qui foule au pied les intérêts fondamentaux et de l’école et des enseignants ?

Qu’est-ce que vous attendez réellement de l’Etat ?

Nous attendons la satisfaction fondamentale de ces revendications. C’est  parachever  la mise en œuvre  du protocole  d’accord  de février  2014. Ces points d’accord cristallisent  l’ensemble des revendications qui intéressent les corps émergents. C’est le règlement de leur  problème de carrière qui occupe l’essentiel de ces accords. Les solutions permettraient de remettre ces enseignants dans leurs droits  et ramèneraient certainement pour longtemps la paix dans le secteur. Si on y ajoute également la question du règlement des inégalités et des injustices dans le traitement salarial des agents de l’Etat, notamment en termes d’octroi d’indemnité. Aujourd’hui, tout le monde reconnait  qu’il y a beaucoup d’inégalité et d’injustice, et il faut  corriger. L’Etat même le reconnait, mais il faut avoir le courage de prendre le taureau par les cornes. Il faut ouvrir des négociations sur ces questions. C’est ça qui a été retenu d’un commun accord en 2015 entre les parties.

Sur cette question d’inégalité des indemnités, quelle solution proposez-vous ?   

L’étude a été commanditée par l’Etat à la suite de pressions syndicales, mais aussi des autres agents de l’Etat. Elle a été faite et a démontré qu’il y a effectivement des inégalités criardes dans le traitement salarial. Si on ajoute surtout les indemnités, parce que l’étude a révélé que les indemnités au Sénégal vont de 15.000 à 1 million de francs CFA par mois. Donc il faut corriger. C’est une question douloureuse, il faut avoir le courage politique de l’aborder. S’il n’y a pas de courage, ça sera difficile parce que c’est très complexe. Cela remet en cause des intérêts à différents niveau, donc il faut du courage. Dans le cadre de la concertation, il est possible de l’aborder  et de trouver des solutions. Ce cabinet devait faire des propositions de scenarii au Président de la République et à son gouvernement.  C’est à eux de voir des scénarii à proposer et on  discutera.  Le principe qu’on peut énoncer, c’est qu’il faut un régime indemnitaire juste et équitable, qui respecte les principes et les normes d’une fonction   publique et républicaine. Tout cela était complémentent remis en cause par les générosités de l’ancien chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade. Il y a eu des avantages indues à certains. L’Etat a même proposé d’aller vers la refonte du système de rémunération pour motiver davantage les agents de l’Etat. C’est de gros chantiers, mais qui demandent  une bonne dose de courage politique.

Pourquoi attendez-vous en cette année préélectorale pour mener le combat ?

C’est normal, en année préélectorale, les forces sociales s’agitent  pour qu’on prenne en compte leurs revendications. Dans ce cas  précis, c’est le gouvernement qui n’a pas joué le jeu. En 2016-2017,  à  la suite d’un accord à Saly au niveau de l’éducation, tous  les acteurs se sont entendus pour expérimenter une année pacifique sans  turbulences. Si la partie syndicale a respecté ses engagements, on avait pensé que l’Etat allait mettre à profit cette accalmie pour résoudre les principaux problèmes qui restaient du protocole d’accord. Cela n’a pas  été le cas. Les enseignants se sont sentis trahis. Ce qui fait que cette année, le terrain est propice pour les revendications, d’autant qu’on est en année préélectorale. C’est l’un dans l’autre qu’il faut analyser la situation pour comprendre l’endémique des luttes en cours dans le pays. Tout cela malheureusement se fait encore dans la dispersion de la part des syndicats  d’enseignants. Je pense qu’il y a intérêt que les uns et les autres se retrouvent pour faire un front commun et amener le gouvernement à nous prendre au sérieux et à négocier réellement. Ainsi on pourra sortir de cette crise qui porte un grand préjudice à l’école publique.

Propos  recueillis par Zachari BADJI

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