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Amadou Lamine Ndoye, hopital HeinrichLübke : «Dans cet hôpital, les charges dépassent de plus de 30% les recettes»

Il cristallise la colère des travailleurs du Centre hospitalier Heinrich Lübke de Diourbel. Acp de l’hôpital, Amadou Lamine Ndoye, qui n’a pas voulu être photographié pour des raisons de sécurité, reste serein. Malgré les accusations du personnel qui remet en cause sa méthode de gestion. Chiffres à l’appui, il démonte les arguments de ses contempteurs.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez au ni­veau du centre hospitalier Heinrich Lübke de Diourbel ?
C’est un problème de trésorerie. Les charges dépassent de plus de 30% les recettes. J’ai tout le temps dit que les charges dépassent de 30% les recettes. C’est-à-dire qu’on n’arrive pas à gérer les dépenses de l’hôpital, car la trésorerie au cours du mois doit au moins nous permettre de payer la masse salariale, les dettes à court terme, c’est-à-dire les dettes dues aux fournisseurs, les dettes fiscales et sociales, mais aussi de financer les besoins en fonds de roulement, c’est-à-dire l’argent nécessaire au fonctionnement de l’hôpital.
Les charges de l’hôpital sont très élevées parce qu’on ne peut pas avoir des charges de plus de 85 millions et des recettes de 40 à 45 millions. Même le commissaire aux comptes nous a dit : «M. Ndoye, comment tu fais pour payer les salaires, car la masse salariale est largement supérieure à ta valeur ajoutée.» Donc, ce sont des problèmes de trésorerie que je rencontre.

A combien s’élève la masse salariale ?
La masse salariale s’élève à 32 voire 33 millions de nos francs par mois.

Et les recettes ?
Les recettes propres varient entre 24 et 25 millions. C’est exceptionnellement qu’elles atteignent 30 millions de nos francs. Donc, les ressources propres ne peuvent même pas payer les salaires. Depuis que je suis là, il y a un seul mois où les ressources propres m’ont permis de payer les salaires.

Pourquoi une partie des travailleurs demande votre départ ?
Au niveau de l’hôpital, il y a trois syndicats : le Sames, le Syntras et le Sutsas. C’est le Sutsas qui réclame mon départ et je ne sais pas pourquoi. On me dit qu’il faut que l’Acp paie la cotisation sociale. La cotisation sociale, j’ai trouvé ici des arriérés de 2002 et de 2003. J’ai hérité d’un passif de plus de 300 millions de dettes y compris les dettes des fournisseurs, les dettes fiscales et sociales de l’hôpital… J’ai le procès-verbal de passation de services. A l’heure actuelle, j’ai soldé les créances dues à l’Ipres par des acomptes de 3 millions, de 5 millions. Le dernier montant s’élève à 6 millions 998 mille 029 francs et cela a été soldé le 22/06/2015. J’ai les pièces justificatives. Il faut demander.

N’est-il pas paradoxal de solder des créances alors que vous avez des problèmes de trésorerie ?
Mais tu es obligé pour gérer le climat social de l’hôpital. Si la trésorerie me permettait de fonctionner normalement, on n’allait même pas devoir de l’argent à l’Ipres, parce que ce sont des retenus qui ne sont pas faites sur les salaires. Ce sont des retenues qui doivent être payées en même temps que les salaires. Ce sont des retenus que l’on fait aux travailleurs.

Combien vous devez à la Caisse de sécurité sociale ?
Actuellement, l’hôpital ne doit rien à la caisse. Je persiste et signe. On ne doit actuellement rien à la caisse. On doit au moins aux Impôts et domaines. Là je suis d’accord. On leur doit un montant de 110 millions

Comment se fait-il que le centre hospitalier doive une telle somme aux impôts ?
Ce sont toujours des arriérés qui n’ont pas été épongés. Je t’ai dit que j’ai hérité d’un passif qui dépasse 300 millions. Ce sont des dettes.

Est-ce-que vous n’avez pas un problème de communication avec le Sutsas ?
Je ne dirai pas oui parce que peut-être ils savent ce qui se passe à l’hôpital, parce que les recettes ne peuvent pas payer les salaires depuis que je suis là (depuis 2013). Et ils ne sont jamais restés un mois sans percevoir leurs salaires et la motivation interne. On te dit que les recettes ne peuvent pas payer les salaires. Tu fais tout pour payer les salaires et après le 10, on te dit tu viens Acp, on fait une réunion paritaire c’est-à-dire 25% des ressources propres qui ne peuvent même pas payer les salaires vont servir à payer la motivation interne du personnel.

Depuis 2013, ils n’ont pas demandé votre départ. Pourquoi le font-ils maintenant ? Il y a des raisons (il coupe)…
Moi, c’est ce qui m’étonne. Moi, je le dis et je persiste. J’ai fait un excellent travail ici à Diourbel.

Quels sont vos rapports avec la direction ? Paraît-il que vous soyez à couteaux tirés ?
Des fois, entre la direction et l’Acp, ce sont des points de vue différents. Je ne veux pas trop m’appesantir sur cela, mais entre la direction et moi, ça ne va pas comme cela devrait l’être.

Souvent les Acp sont perçus comme des empêcheurs de tourner en rond. Est-ce votre cas ?
Je le dis, nous ne sommes pas un système de blocage. Nous venons là pour gérer les ressources de l’hôpital. Une gestion transparente, une bonne gouvernance. C’est çà notre travail. Il y a une procédure administrative. La dépense publique a deux phases : une phase administrative et une phase comptable. Donc, il y a une procédure à suivre. Si la procédure est normale et réglementaire, je pense que l’Acp n’a pas de problèmes pour décaisser.
Mais la dernière fois (mercredi passé), vous avez refusé de payer des films. Et avec les pannes de scanner de Touba et Kaolack, vous avez raté une occasion d’engranger beaucoup d’argent et de renflouer les caisses.
C’est le mot refuser qui me dérange. Refuser ? Un Acp ne refuse jamais (il se répète) de payer une dépense. Des fois, la dépense peut ne pas être réglementaire. Est-ce qu’il a toutes les pièces justificatives concernant la dépense. Des fois, il a des problèmes de trésorerie. Je te dis qu’il y a des charges que l’Acp doit justifier à la fin du mois et qui sont obligatoires. Si tu me parles de films, de consommables de labo, de médicaments, de bloc, de carburant, mais ce sont des charges obligatoires. Mais si les recettes ne couvrent pas les dépenses, c’est un problème qui se pose parce qu’il faut payer les salaires, les fournisseurs médicaux, la restauration, c’est un marché qu’on a attribué à un fournisseur et qui avoisine les 100 millions.

Mais vous êtes membre de cette commission des marchés ?
Je ne suis plus membre. J’étais membre de cette commission. J’ai demandé à ce qu’on me sorte de la commission.

Pourquoi ?
J’ai mes raisons personnelles. Je ne suis plus membre de la commission de réception du matériel. D’ailleurs, je ne suis membre d’aucune commission parce que je veux être… (Il ne termine pas la phrase).

Vous gardez les deniers publics et vous refusez de siéger au niveau des commissions…
Mais on ne peut pas être juge et partie à la fois. On ne peut pas être membre de la commission et après payer les gens.

Sur le carburant que vous refusez de remettre et qui est à l’origine du mouvement d’humeur du Sutsas allant jusqu’à demander votre départ, quel est le problème ?
C’est le mot refuser qui me dérange. Pour le carburant, j’ai reçu une facture de Ibrahima Manga. La facture 049-2015 du 05/06/2015 d’un montant de 2 millions 495 mille francs qui correspond à 3 500 litres de gasoil pour le fonctionnement du mois de juin 2015. J’ai fait un acompte parce que la trésorerie ne nous permet pas de payer la totalité de la facture. J’ai fait à la même date un acompte de 2 500 litres qui correspond à 1 million 725 mille francs par ordre de virement du 05/06/2015 au profit de Monsieur Ibrahima Manga, gérant Total gare routière de Diourbel. A la date du 08/06/2015, j’ai émis un ordre de virement au nom de ce même fournisseur d’un montant de 345 mille francs qui correspond à 500 litres, toujours par ordre de virement.
Le jeudi passé, à ma grande surprise, (le matin à 9 heures) le comptable-matières m’a interpellé pour me dire que le groupe ne fonctionne pas parce qu’il n’y a pas de carburant. Mais est-ce qu’il n’y a pas une mauvaise gestion ? Parce que s’il y avait un bon stock d’alerte, il n’allait pas y avoir de problèmes. Pourquoi le comptable-matières a laissé cette situation jusqu’à ce que le groupe n’ait plus de carburant et tombe en panne pour me le dire. C’est après que j’ai vu des personnes se réclamant du Sutsas venir devant mon bureau et crier, réclamer mon départ et dire des choses que je ne peux répéter ici. Le même jour, j’ai remis au comptable-matières, Youssou Diop que je nomme, un chèque n° 976 55 30 de la Cncas de 103 mille 500 équivalent à 150 litres. A la date du 7 juillet, je viens de solder les 3 500 litres de carburant par chèque n° 976 55 36 d’un montant de 586 mille 500 équivalent à 850 litres de carburant au nom du fournisseur Ibrahima Manga.

Ils vous reprochent aussi d’avoir fait les mêmes pratiques à Ziguinchor. Et c’est ce qui explique votre départ. Que répondez-vous ? Quel était le problème à Ziguinchor ?
On ne te dira jamais que l’Acp a fauté. A Ziguinchor, les recettes ne permettaient pas de couvrir les dépenses. A Ziguinchor, j’ai reçu même les félicitations du payeur trésorier régional. C’est un problème de trésorerie que je rencontre, mais il n’y a pas une mauvaise gestion de ma part. A Diourbel, on ne va rien aussi me reprocher. Je ferai une passation de service nickel.

N’êtes-vous pas tenté de demander votre départ ?
Ça, c’est courir, c’est abandonner. Je ne suis pas fautif.

Et comment vivez-vous toute cette pression ?
Ça ne me dit rien. Je suis calme et très serein. Je ne suis nullement dérangé. Je tranquillise ma famille et je leur demande de manger bien et de dormir bien parce que je n’ai rien fait de mal.

En quoi consiste le travail d’un Acp d’un hôpital ?
L’Acp gère les deniers publics de l’Etat, recouvre les recettes et paie les dépenses.

Qui peut être Acp ?
Tout agent de l’Etat.

L’hôpital est difficile ?
L’hôpital est très difficile à gérer. Il y a les partenaires sociaux, les charges de l’hôpital, surtout la masse salariale. On paie des motivations de 8 à 9 millions et des salaires d’environ 30 millions.

Est-ce-que les programmes (Sésame, Cmu etc.) ne vous fatiguent pas ?
Ils nous fatiguent parce que le recouvrement est lent et ce n’est pas bien fait.
Le recouvrement, c’est au niveau de l’Ipres ou de l’Etat ?
C’est aussi bien au niveau de l’Etat que de l’Ipres.

Est-ce-que l’Etat vous paie ?
Il nous paie, mais pas suffisamment. Je viens de recevoir un chèque Sésame d’un montant de 873 mille alors que l’Etat nous doit beaucoup de millions. Pour la Cmu, le recouvrement n’est pas aussi nickel comme on le pense. L’Etat nous doit beaucoup d’argent.

En dehors de l’Etat, qui vous doit de l’argent ?
La mairie, le Conseil régional etc.

Comment faites-vous dès lors que le Conseil régional n’existe plus ?
C’est ce qui actuellement grève le budget de l’hôpital parce qu’on a beaucoup de créances et qui datent de longtemps.

Le Quotidien

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