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Amadou SYLLA, président de l’association sos Casamance : ‘Il n’est pas impossible d’amener Nkrumah Sané à la table de négociations’

Si, dans l’opinion sénégalaise, Nkrumah Sané constitue le principal obstacle à la paix en Casamance à cause de ses faits et gestes, le président de l’Association Sos Casamance est d’un avis contraire : le chef de file des faucons du Mfdc peut bien être amené à négocier. Pour cela, Amadou Sylla propose, dans l’entretien qu’il nous a accordé, plusieurs pistes, dont la levée du mandat d’arrêt international contre celui qui s’est autoproclamé président du Mfdc depuis la mort de l’abbé Diamacoune Senghor.

Source : Walfadjri
Wal Fadjri : Votre association a réuni à Paris les Casamançais de la diaspora. Pourquoi ?

Amadou Sylla : Cette rencontre est conforme aux statuts de l’association. Il s’agit de discuter, le plus souvent, sur des problèmes de la Casamance, notamment le développement économique, social et culturel de cette partie du Sénégal. Nous avons constaté qu’il n’y a pas de cadre structurel qui puisse permettre aux Casamançais de discuter des questions qui intéressent leur région et qui leur permet de s’adresser aux autorités et aux bailleurs de fonds. En un mot, il s’agit de réfléchir sur un projet en vue de créer de l’emploi en Casamance, d’apporter ainsi notre contribution aux efforts du gouvernement.

Wal Fadjri : Dans ce cadre, avez-vous un projet précis ?

Amadou Sylla : Puisque c’est une première initiative en tant qu’organisation, nous projetons de tenir un forum européen qui regroupera l’ensemble de la diaspora casamançaise, les partenaires au développement, les associations ou organisations qui interviennent en Casamance. Cette rencontre nous a permis de nous faire une idée sur l’opportunité de ce forum. Mais en attendant, nous sommes dans un programme de parrainage des enfants défavorisés. Nous voulons apporter notre contribution à la rentrée scolaire prochaine. Il s’agit d’aider les enfants défavorisés dans la dotation de fournitures scolaires. Nous avons aussi un programme de construction de bibliothèques. C’est un programme déjà ficelé. Nous avons aussi un projet d’aide médicale d’un dispensaire de Bignona. Nous sommes en train de mettre en œuvre tout cela avec les partenaires. Concernant les activités purement économiques, nous sommes en train de mener des réflexions. Car il faut trouver des gens qui souhaitent investir en Casamance. Mais ils ont besoin d’être rassurés. Pour cela, il faut que le climat politique, social et sécuritaire s’y prête. En ce sens, les tensions que nous enregistrons, même si elles sont faibles, rentrent dans la prise en compte de la volonté des partenaires d’investir dans cette zone du pays. De ce point de vue, on veut développer des jumelages entre des circonscriptions administratives de l’Europe et des communes de la Casamance, et mêmes les conseils régionaux. Ce qui permettra de nouer des partenariats décentralisés.

Wal Fadjri : Vous avez parlé d’assurance à donner aux bailleurs de fonds pour les amener à investir en Casamance. N’est-ce pas aussi un de vos rôles ?

Amadou Sylla : Tout à fait ! Mais l’investisseur a généralement plusieurs sources d’informations sur la stabilité politique et sociale. Il prend en compte beaucoup de paramètres. Malgré tout, c’est vrai que nous avons pour rôle de lui donner des informations rassurantes. On peut même se déplacer avec eux sur le terrain, s’ils le souhaitent. J’en ai fait dans le passé avec des investisseurs qui voulaient aller sur le terrain. On les a accompagnés et ils ont constaté que le climat et l’environnement sont rassurants. Le cas de la Casamance est assez intéressant avec une politique fiscale qui incite les potentiels investisseurs à y investir. Cela est important, même si les gens ne sont pas souvent informés de cet avantage fiscal. Mais il faut reconnaître que les informations provenant de la Casamance sont parfois contradictoires. Elles sont parfois rassurantes, mais aussi alarmantes. Il s’agit de la sécurité, même si l’Etat a consacré beaucoup d’efforts pour ramener la paix dans cette région. Nous sommes prêts à apporter tout notre soutien aux deux parties pour redémarrer les négociations afin qu’une paix définitive s’installe en Casamance.

Wal Fadjri : On sait que la voix la plus discordante dans le processus de paix est celle Nkrumah Sané et vous avez gardé des contacts avec lui. Votre association n’a-t-elle pas aussi pour rôle de le rallier à la cause de la paix ?

Amadou Sylla : Le cas de Nkrumah Sané est spécifique en ce sens que c’est compliqué. L’homme, en lui-même, incarne beaucoup de choses. Mais cela dit, je crois qu’il n’est pas impossible de l’amener à la table de négociations. Pour ce qui est de Nkrumah Sané, nous avons eu à l’analyser, à l’observer et à le comprendre. A comprendre d’abord que c’est un individu, que c’est une personne qui a son histoire qui lui est propre. Ensuite, c’est une personne qui pense et estime qu’elle est blessée dans sa chair. Ce que les gens semblent occulter. C’est un frustré. C’est pourquoi le travail qu’il faut, c’est de l’amener à prendre une certaine confiance, à se vider de ces lots de frustrations accumulés au cours des années et à intégrer dans sa logique l’intérêt général plutôt que l’intérêt personnel. Malheureusement, les différentes approches développées à son endroit ne facilitent pas la communication allant dans le sens de l’amener à la table de négociations et à comprendre que les Casamançais souffrent. Et que cette guerre doit s’arrêter. Notre association est en train de franchir un pas pour aider le processus de paix à aller de l’avant. En tant que Casamançais, en tant que Sénégalais, nous avons tous souffert de cette guerre. Ce ne sont pas seulement les Casamançais qui y meurent, il y a aussi nos concitoyens des autres régions, des militaires et les rebelles du Mfdc qui sont aussi des citoyens sénégalais. Ce n’est pas dans la négation de l’autre, ce n’est pas dans une approche systématiquement militaire qu’on arrivera à régler cette affaire. Je pense beaucoup plus à une approche humaine. En tout cas, nous avons la conviction que Nkrumah Sané est pour la paix. Il a posé des conditions pour aller à la table de négociations. D’ailleurs, on ne peut pas négocier avec quelqu’un sur qui pèse un mandat d’arrêt international. Donc, la première mesure à prendre, c’est la levée du mandat d’arrêt international contre Nkrumah Sané et contre d’autres personnes comme Salif Sadio. Je ne crois pas que cela coûte quelque chose à l’Etat sénégalais qui peut le faire au nom de la paix. La levée de ces mandats d’arrêt peut décanter la situation, créer un cadre de confiance entre les parties.

Wal Fadjri : Pourtant, depuis le début de la crise, l’Etat a fourni des efforts allant dans le sens de la paix. Des mesures ont été prises pour aller aux négociations. Il y a eu Cacheu en 1992 et récemment Foundiougne I, etc. Malgré tout, il y a toujours des blocages.

Amadou Sylla : Je suis d’accord que l’Etat a beaucoup fait avec, notamment, le vote de lois amnistiant des combattants et militants du Mfdc emprisonnés. Mais il y a des cas spécifiques comme celui du Nkrumah Sané sur lesquels il faut une mesure particulière. Et c’est un travail qui ne doit pas seulement se limiter au gouvernement et au Mfdc. J’étais présent à Foundiougne I. Mais les forces étaient inégales. Le Mfdc était insuffisamment représenté pour négocier. En plus, les conditions n’étaient pas réunies. Et les choses ont empiré avec la disparition de l’abbé Diamacoune Senghor. En ce moment, il se pose un problème de leadership au sein du mouvement, un problème d’organisation qui ne facilite pas les choses. Malgré tout, il existe quelques personnes ressources comme Nkrumah Sané. Il constitue un cas sur lequel il va falloir travailler parce qu’il peut décanter la situation. C’est pourquoi il faut créer un cadre et toute personne qui va y figurer, doit être imprégnée de certaines réalités. Cela nécessite un travail psychologique, social, etc. Ces personnes doivent être de compétences variées et moralement intègres et non des personnes qui pensent à leur propre promotion.

Wal Fadjri : Soupçonnez-vous quelque chose sur les personnes chargées du processus ?

Amadou Sylla : Je ne les soupçonne pas, mais elles développent des méthodes qui ne sont pas en adéquation avec la situation. Leur méthodologie n’est ni cohérente ni claire. La preuve en est qu’on est dans une situation d’impasse. On doit prendre de nouvelles personnes qui auront de nouvelles approches.

Wal Fadjri : Au-delà de votre association, vous connaissez personnellement Nkrumah Sané. N’avez-vous pas essayé de le convaincre de la nécessité de la paix en Casamance ?

Amadou Sylla : Nous discutons avec lui sur la situation de la Casamance. C’est quelqu’un qui est, contrairement à ce que l’on pense, ouvert au processus de paix en Casamance. Mais il a des conditions qu’il faut comprendre. D’ailleurs, dans une lettre qu’on lui avait adressée, on lui expliquait notre souhait de le voir participer à la table de négociations, il nous a répondu qu’il ne pouvait pas participer à une négociation alors qu’un mandat d’arrêt international pèse sur sa tête. Donc avant d’inviter quelqu’un à la table de négociations, il faut le libérer. Cela a été un message clair qu’il nous avait adressé. Par conséquent, on devrait pouvoir lever le mandat d’arrêt international contre Nkrumah Sané et Salif Sadio, quels que soient les crimes qui ont été commis par ces deux individus, et cela au nom de la paix et de la réconciliation.

Wal Fadjri : La levée des mandats d’arrêt est-elle suffisante pour aller à la paix ?

Amadou Sylla : En levant le mandat d’arrêt contre Nkrumah Sané, on le met devant ses responsabilités.

Wal Fadjri : L’Etat ne l’a-t-il pas fait à plusieurs reprises ?

Amadou Sylla : Non, je ne le crois pas. En tout cas, le temps durant lequel j’ai assisté personnellement à ces tractations, il n’y avait pas suffisamment de garanties. Difficile pour quelqu’un qui a souffert dans sa chair d’accepter de façon si légère certaines conditions qui ne garantissent pas sa sécurité. Ç’aurait été quelqu’un d’autre, il aurait refusé comme Nkrumah l’a fait. Pour négocier, il faut réunir les conditions et la principale, c’est la levée du mandat d’arrêt international parce qu’on ne peut pas continuer à voir Nkrumah par personnes interposées, tout en laissant planer dans l’opinion l’idée d’un mandat d’arrêt contre lui. D’ailleurs, cette levée pourra faciliter le travail des personnes et des associations qui s’investissent pour la participation de Nkrumah Sané au processus de paix. Nous avons un plan qu’on pourra mettre à la disposition des autorités sénégalaises pour faire avancer le processus de paix.

Wal Fadjri : Quel est ce plan ?

Amadou Sylla : C’est un plan interne qu’on ne peut pas livrer comme ça. Si cette confiance s’établit comme nous le souhaitons, vous verrez.


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