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AMETH MALE, AUTEUR COMPOSITEUR : «Je donne raison aux jeunes qui s’aventurent à leurs risques et périls dans les pirogues de fortune»

Ameth Male est le jeune frère du célèbre chanteur Baaba Maal. Vous aurez remarqué une particularité dans l’orthographe de leur nom, juste parce que son aîné a voulu, comme tout artiste, se créer un nom de scène. Tout son contraire, le «foutanké» est à fond pour l’authenticité. L’artiste auteur compositeur se réclame un citoyen du monde et avant tout de son pays d’origine, tant il est au chevet des nobles causes. Aussi ne saurait-il rester insensible aux maux qui gangrènent nos sociétés : l’émigration clandestine, parmi tant d’autres.

Source : L’Observateur

Présentez-vous à nos lecteurs

Je m’appelle Ameth Male. Tout d’abord, je suis un citoyen Sénégalais, un Foutanké. Je suis artiste- musicien et également le jeune frère à Baaba Maal. Je suis né à Podor en 1963 et j’ai grandi à Ndioum. Après des études que j’ai arrêtées au niveau primaire, j’ai fait l’armée. Ensuite, je suis venu à Dakar où j’ai passé deux ans à me consacrer à la musique. J’y ai fréquenté de nombreux orchestres. J’ai appris la musique et aussi le marketing.

À partir de quel âge avez-vous été piqué par le virus de la musique ?

Comme j’ai l’habitude de le dire, on ne devient jamais artiste, on né artiste. À vrai dire, j’ai tôt baigné dans l’ambiance culturelle, Podor étant une ville où la culture est profondément ancrée, cela depuis les colons. En plus, j’ai évolué dans une famille de musicien. Ma mère avait une capacité incroyable de composer des musiques et mon père est le muezzin de la localité, avec une très belle voix. Ils m’ont passé leurs dons qui ont dormi en moi pendant un certain temps. Et c’est véritablement après mon service dans l’Armée que j’ai commencé à faire de la musique. J’avais 23 ans à l’époque. Mon frère Baaba Maal est également un grand musicien reconnu de par le monde entier. Et naturellement, le son est devenu mon sang.

Est-ce que, quelque part, vous n’avez pas voulu marcher sur les pas de votre grand frère ?

Loin de là ! Avant que mon frère ne devienne célèbre, j’étais de plain-pied dans la musique. Toutefois, il m’a beaucoup encouragé et soutenu. D’ailleurs, il m’a donné beaucoup de tuyaux et je profite de cette occasion pour le remercier au plus profond de mon cœur.

Mais vous soutient-il sur le plan financier ?

Ah oui ! Comme tout bon frère. Il m’aide beaucoup. Et puis ce n’est pas ce qui compte le plus. C’est plutôt le soutien moral.

On remarque une légère différence dans l’orthographe de vos noms. Pourquoi cela ?

C’est juste que Baaba a voulu avoir un nom de scène, tandis que moi j’ai tenu à garder mon nom initial. Je suis un authentique.

Parlez-nous un peu de votre expérience dans la musique.

J’ai créé mon premier groupe, le «Dental», qui signifie le rassemblement, en 1988. C’est avec lui que j’ai sillonné pratiquement toutes les régions du Sénégal. J’ai aussi intégré l’orchestre de mon frère, le «Dandé Lénol». J’assurais les chœurs pour mon frère. Après cela, j’ai sorti une cassette qui m’a permis de travailler avec feu Mamadou Konté, le fondateur d’Africa Fête. Et grâce à lui, j’ai collaboré avec David Mireille le deuxième trompettiste de Mike Davis (Jazz- man Américain). Par la suite, en 1992, j’ai quitté le Sénégal pour aller me perfectionner dans la musique. Je suis revenu cinq ans plus tard pour mettre sur le marché mon premier album, en duo avec Mbarkhane Ciss. Et comme je n’avais pas terminé mon apprentissage en Europe, j’y suis retourné en laissant toute la popularité que j’avais acquise, derrière moi. En 2002, j’avais enfin terminé, j’ai signé un contrat avec une Maison de disques qui travaille avec Atol Musique. J’ai enregistré mon premier album solo «Lanamaayo». En 2005, j’ai travaillé avec une autre Maison de disques à Bombay sur un second album qui va sortir sur le plan international et national très bientôt. J’ai participé à de nombreux Festivals internationaux. J’ai aussi partagé la scène avec beaucoup d’artistes de renommée internationale et de différentes nationalités. En ce moment, je joue avec Madou Diabaté, un célèbre musicien.

Pourquoi vous favorisez autant une ouverture culturelle ?

Pour moi la musique est avant tout une affaire d’ouverture. La musique n’a pas de frontières et donc celui qui la fait doit être quelqu’un de très ouvert par rapport aux autres cultures. Il doit avoir une facilité de travailler avec les autres pour mieux pouvoir ouvrir sa musique au reste du monde. J’ai toujours suivi cette voie, celle de la collaboration avec des artistes de diverses nationalités. Et puis, le monde ne s’arrête pas seulement au Sénégal ou en Afrique. Aujourd’hui, je peux jouer beaucoup de rythmes étrangers. Il faudrait savoir que la musique ne se limite pas à avoir une belle voix ou savoir jouer d’un instrument. Il y a tout une structure derrière qu’il faut maîtriser.

Votre discographie compte trois albums solo, des duos et des compilations avec de nombreux artistes. Mais, on ne vous sent pas trop sur la scène sénégalaise…

C’est vrai que l’artiste doit faire sa promotion partout. Néanmoins, je suis d’avis qu’à l’heure actuelle, le monde est très moderne. L’information est accessible à tous. Si tu veux apprendre quelque chose sur quelqu’un ou sur un pays, ce sera très facile. En Europe, c’est inimaginable le nombre d’artistes Africains qui cartonnent et pourtant, ils sont inconnus dans leurs propres pays. Aussi me disé-je qu’on ne peut pas courir deux lièvres à la fois. On ne peut pas vouloir extérioriser sa musique, ce qui représente un énorme travail, et en même temps vouloir être basé dans son pays. La preuve, avant mon départ pour l’Europe, j’étais très connu au Sénégal. Si certains ne me connaissent pas, c’est parce qu’à l’époque, ils devaient être très jeunes ou n’étaient pas encore nés.

Etes-vous définitivement de retour au bercail ?

Je suis de retour au Sénégal et je compte partager toute mon expérience avec mes compatriotes Sénégalais. Maintenant que j’ai appris l’essentiel en musique, je suis prêt à travailler pour mon pays. C’est aussi une occasion pour moi d’apporter ma pierre à l’édifice et c’est toujours bon économiquement.

À quand la sortie de votre album sur le marché Sénégalais ?

C’est pour bientôt. Inchallah ! Actuellement, j’y travaille d’arrache pied avec mon épouse qui est professionnelle dans le milieu.

Dans quel registre se classe la musique d’Ameth Male ?

Je n’ai pas pour habitude de classer ma musique. Pour moi, il s’agit d’une étiquette que l’on colle à ta musique. Par exemple, si tu vas dans les grandes surfaces où l’on vend des albums CD, ils sont classés par rayons. Si je devais cataloguer ma musique, je dirais que c’est une fusion universelle dans laquelle, le Hal Pulaar, le Chinois ou encore l’Italien pourrait s’y retrouver.

Quels sont les thèmes que vous abordez ?

Je touche à tout. Je suis un artiste très engagé dans les nobles causes. J’ai travaillé avec une association qui s’appelle Gam’s et qui milite en faveur des victimes d’abus sexuels. Mais aussi avec le Pnud sur l’immigration clandestine, l’ambassade de France en Mauritanie et beaucoup d’autres associations.

À qui vous référez-vous dans la musique ?

Ils sont assez nombreux. D’abord, ici au Sénégal, il y a mon grand frère Baaba Maal, Youssou Ndour, le grand Thione Seck et aussi Souleymane Faye. Pourquoi j’ai cité ces artistes-là, c’est parce qu’à mon avis, une référence doit être quelqu’un qui a réussi dans ce qu’il fait. De ce fait, nous les jeunes, nous pourrons nous référer à eux pour aussi espérer percer. J’aime énormément Sékouba Bambino de la Guinée, il me fait rêver, tout comme Mike Davis.

Votre musique vous permet-elle de gagner votre vie convenablement ?

En Europe oui, mais ici, c’est très dur. Parce que tout simplement la musique n’est pas assez valorisée au Sénégal. Les artistes n’ont pas beaucoup d’endroits pour s’exprimer, la piraterie nous freine considérablement. N’empêche que j’arrive à joindre les deux bouts, même si c’est extrêmement difficile parfois.

Peut-on avoir une idée de la personnalité d’Ameth Male ?

Je suis quelqu’un d’imprévisible. Si on m’attend sur un terrain bien précis, on ne me verra pas sur ce terrain-là. Je suis quelqu’un de très humble. Je n’aime pas le paraître, la beauté est intérieure pour moi. Je déteste que l’on me marche sur les pieds, car je suis très respectueux. Tout en sachant que je m’emporte vite quelquefois, mais ce n’est jamais trop méchant. J’aime beaucoup les enfants, en particulier les talibés. Je les fais entrer chez moi, on discute de tout. J’adore l’harmonie dans un pays.

Justement, en ce moment au Sénégal, il y a tout sauf de l’harmonie. Que pensez-vous des manifestations tous azimuts contre le régime en place ?

Si les populations vont jusqu’à se soulever, ce n’est pas gratuit. Et qui vivra verra, car chaque jour, nous assistons à des situations anormales au Sénégal. Je pense que nous sommes arrivés à un stade où chacun doit pouvoir être libre d’exprimer son opinion en vue de faire avancer le pays. Tous les jours, on voit des leaders politiques qui se chamaillent de gauche à droite et à côté de cela, il y a des gens qui crèvent de faim. Donc, je me dis que rien ne sert de courir, mais il faut partir à point. Je sais ce qui se passe, je vais souvent dans des foyers de charité. Je me rends compte de la situation. Les gens ne mangent plus à leur faim, il y a un manque criard d’emplois. D’ailleurs, je donne raison aux jeunes qui s’aventurent à leurs risques et périls dans les pirogues de fortune. Quelque part, ils ont raison. L’Africain est, par essence, quelqu’un de très brave, il ne peut pas rester les bras croisés, pendant que ses parents souffrent ou n’ont pas de quoi se mettre sous la dent. Il y a un travail à faire aussi bien au niveau du régime en place qu’au niveau de chaque citoyen Sénégalais. Nous devons unir nos forces pour que le Sénégal aille de l’avant. Aussi, je pense que toutes ces manifestations sont tout à fait compréhensibles. Les populations sont fatiguées et affamées et ventre creux n’a point d’oreille.

Nous allons droit vers les élections locales. Quelle vision en avez-vous ?

Le peuple doit regarder qui il doit élire. La politique, ce n’est pas parce que l’on a un feeling pour tel ou tel candidat que l’on doit voter nécessairement pour lui. Nous devons avoir une certaine conviction, être persuadé que si un tel prend le pouvoir, il saura apporter quelque chose à la Nation. On ne doit pas voter pour quelqu’un et avoir, par la suite, à le regretter.

Allez-vous voter ?

Bien sûr. D’ailleurs, quand j’entends certains artistes dire qu’ils sont apolitiques, je ne suis pas d’accord. Avant tout, nous sommes tous des citoyens, nous avons des principes, des convictions et nous avons tous une vision de comment nous voudrions voir marcher le pays. Le récent cas d’Obama nous interpelle tous. Il a été soutenu lors de sa campagne par des artistes.


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