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Amsata Fall: ‘Tous les clubs n’ont pas les moyens d’aller vers la réforme’

Les clubs de football sénégalais n’ont que des compétences techniques. Et le Directeur technique national de football (Dtn), Amsata Fall, le regrette. Car, pour lui, un club de football doit avoir des compétences autres que techniques, comme la gestion financière et la communication. Des éléments sans lesquels il n’est pas possible d’aller vers la réforme. Et le Dtn d’inviter, dans l’entretien qu’il nous a accordé en marge de la séance de dédicace de l’ouvrage ‘Gestion du football sénégalais’ co-produit par les juristes Abdoulaye Sakho et Cheikh Diassé, les clubs qui peuvent changer de mode de gestion et de fonctionnement à aller vers cette réforme. Entretien…

Source: Walfadjri
L’ouvrage ‘Gestion du football sénégalais’ co-produit par les juristes Abdoulaye Sakho et Cheikh Diassé paraît au moment où le football sénégalais tend vers une réforme. Mais cette réforme lui permettra-t-elle de sortir de l’impasse ?

Au Sénégal, nous nous sommes inscrits, pendant longtemps, dans une impasse sportive avec comme conséquence les contre-performances récurrentes. Il y a lieu de reconnaître que quelque chose ne va pas. Et il faut aller à la recherche de cette chose qui ne va pas. On a changé des entraîneurs, ça n’a pas marché. On a essayé de mettre en pratique de nouveaux systèmes de jeu qui, à leur tour, n’ont rien donné. Au constat final, on est toujours recalé. Les choses ne bougent pas. Alors, il y a forcément lieu de se dire que quelque chose ne va pas. Aujourd’hui, je me rends compte que le modèle associatif qui comporte des valeurs essentielles (éthique, faire play, déontologie sportive…) n’est pas exclusif. Il faut forcément l’associé à d’autres valeurs qui mettront en exergue l’obligation de résultat. Toute entreprise a pour finalité de faire des résultats au point de vue financier. Comme une équipe de football a une obligation de résultat qui doit se matérialiser sur le terrain par la performance de ses acteurs. Alors, il y a là, une corrélation logique entre les résultats sportifs et les moyens qui doivent être mis pour atteindre les résultats escomptés. Et ce sont ces moyens qui permettront les uns et les autres de restructurer leurs clubs respectifs. Quand on parle, aujourd’hui de logique managerale, on ne fait pas simplement référence aux compétences techniques. Mais plutôt à l’ensemble des compétences à même de faire bouger les choses. Malheureusement, nos clubs n’ont que des compétences techniques. C’est regrettable. Un club de football doit avoir des compétences autres que techniques. Des éléments comme la gestion financière et la communication sont devenus fondamentaux dans tout club ou autre entreprise qui veut aller de l’avant. La communication permet de rendre visible ce que l’on fait. Et cette visibilité aide souvent à faire venir des sponsors qui apportent, à leur tour, les fonds nécessaires aux clubs. Seulement, il est vrai que tous les clubs n’ont pas les moyens d’aller vers la réforme. Déjà qu’il y a un tableau de bord qui fixe les critères d’intégration de cette réforme à partir d’un cahier de charges que tous les clubs ne peuvent pas respecter. Mais cela n’empêche nullement aux gens d’aller vers cette réforme. Par exemple, il y a plus de 20 mille clubs dans le championnat français. Mais, seuls quarante, voire cinquante ont un statut professionnel. Par conséquent, au Sénégal, si on a 200 clubs, le ratio voudrait qu’on parte de six à huit clubs pour mettre sur pied un championnat non amateur. Je lance un appel aux clubs qui peuvent changer de mode de gestion et de fonctionnement à aller vers cette réforme. La capacité d’un dirigeant, c’est de pouvoir trouver un financement au niveau de l’administration privée ou publique. L’exemple de Thiès football club qui vient de signer un partenariat avec des Italiens est très pertinent. Ce partenariat leur permettra d’entrer de plain-pied dans la réforme envisagée, dès l’année prochaine. Et pourtant, Thiès football club n’a fait qu’un an dans l’élite du football national.

Mais, est-ce possible d’aller, dès l’année prochaine, vers cette réforme avec toutes les difficultés que traverse le football national ?

Cette réforme s’accompagnera forcément de difficultés parce que ce sont de nouvelles habitudes et de nouveaux modes de fonctionnement qui vont être mis en place. Cela suppose que le réceptacle n’est pas aussi bien préparé qu’on le pense. Mais, on ne peut pas attendre jusqu’à ce que tout soit réuni pour aller vers la réforme qu’on évoque depuis plus de six ans. C’est un saut qui a certainement une dimension périlleuse à faire. Mais, il faut le faire. Quelles que soient les difficultés auxquelles les clubs seront confrontés, il faudra aller progressivement vers cette réforme jusqu’à ce qu’on atteigne une vitesse de croisière. Il y a possibilité, avec beaucoup d’imagination, surtout avec un esprit de dépassement, d’aller, dès l’année prochaine, vers cette réforme. Il suffit juste de changer certaines habitudes de fonctionnement de certains. Le reste viendra tout seul.

Comment appréciez-vous l’ouvrage des juristes Abdoulaye Sakho et Cheikh Diassé et intitulé ‘Gestion du football sénégalais’ ?

Amsata Fall : Je n’articule pas l’apparition de ce livre par rapport à la crise que traverse présentement le football sénégalais. Je l’inscris beaucoup plus dans une profonde dynamique de réflexion sur le football sénégalais qui a connu des contre-performances très récurrentes depuis des décennies. Et ces contre-performances, c’est depuis l’équipe nationale. Même si, depuis 2000, notre équipe nationale a acquis une certaine notoriété, nous n’avons pas encore gagné de Coupe d’Afrique. C’est de là que part le constat. Le plus difficile est toutefois plus manifeste au niveau du football local qui traverse d’énormes difficultés. La structuration de nos clubs fait défaut. Et il est temps de penser à les structurer pour qu’ils aient des indices de rayonnement élevés en Afrique. L’un des rares clubs sénégalais, en tout cas depuis que la Ligue des champions a été mise sur pied en Afrique, à atteindre une demi-finale, c’est la Jeanne d’Arc (Ja). Depuis lors, c’est le désert total. Aucun club sénégalais n’est en mesure de défendre aussi longtemps les couleurs nationales dans les compétitions internationales. Par conséquent, ce livre apparaît comme une contribution à la recherche de solution aux maux dont souffre en général le football sénégalais. Malheureusement, les gens ont tendance à chercher ces maux d’un point de vue technique (changement d’entraîneur au niveau des équipes nationales ou c’est le système de jeu qui ne marche pas, il faut le changer…) C’est là, une fausse piste de recherche de solutions aux gros problèmes qui se posent au football sénégalais. Le problème fondamental du football sénégalais, c’est la démarcation de l’élite par rapport à toute une masse. Le fait d’avoir une élite compétitive et restreinte peut non seulement aider à rassembler les plus grands talents dans un nombre de clubs assez réduit, mais elle permet également de pouvoir élever le niveau de performance des clubs. Malheureusement, on constate dans le football sénégalais que l’élite s’est rabaissée au niveau de la masse. Et la masse n’a pas l’organisation nécessaire qui devrait permettre de générer des championnats attractifs. Ce sont tous ces manquements qui ont été pris en compte dans ce livre qui est très pertinent. Ce livre élève le débat et le niveau de la recherche de solutions.

Est-il concevable que ce soit des juristes qui produisent ce livre à la place des principaux acteurs qui sont toujours sur le terrain ?

C’est justement cet aspect qui fait l’originalité de ce livre. Ses co-auteurs ont toute l’admiration du monde du football sénégalais. Parce que, non seulement, ils ont fait l’articulation entre la formation théorique, intellectuelle, financière et juridique qu’ils ont dans le domaine du football, mais on remarque qu’ils sont allés au fond des choses dans leur réflexion. En faisant remarquer qu’il y a une pénétration de l’économie dans le sport. Aujourd’hui, on parle, de plus en plus, d’une économie du sport. Parce que les fluidités financières que drainent les organisations sportives montrent que l’économie est en train de pénétrer le sport. De même qu’il y a une pénétration de la juridiction dans le sport. Dans certains pays, notamment au niveau de l’Union européenne, on parle de la loi Bosman. Cela veut dire que le sport est aujourd’hui ‘judiciaire’. Et il ne peut pas en être autrement dès lors que le sport est une confrontation entre des personnes, des équipes, pour des enjeux nationaux, internationaux, voire mondiaux. Il faut forcément que la juridiction entre dans le sport. Ce livre va faire tache d’huile. Parce que son apparition intervient dans un contexte où la Fifa a mis en place au niveau de l’Inseps une session de formation de management qui est une première en Afrique. Les organisations sportives, d’une manière générale, ne peuvent plus être analysées indépendamment des systèmes associatifs qui constituent leur paradigme. Il est obligatoire de prendre en compte le système économique dans lequel ces organisations sportives s’insèrent de plus en plus. Un club a, aujourd’hui, l’obligation de s’ouvrir à son environnement économique, juridique et social pour être en phase. Ce livre est donc une des pistes de réflexion devant aboutir au grand champ de l’évolution du football sénégalais.


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