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Analyse Présidentielle de février 2012 : Wade peut-il gagner en 2012 ?

La candidature de Wade est là, c’est un fait et Wade fait campagne. Quiconque veut réussir en politique doit s’appuyer sur les faits et tenir compte de ce que Machiavel, le maître en la matière, appelle ‘la vérité effective’. Est-il concevable que Wade batte campagne et ne participe pas au scrutin le jour ‘J’ ? Le problème maintenant est de savoir s’il peut gagner ces élections. Voyons ses atouts et ses faiblesses.

Avec le démarrage effectif, mais certes timide, de la campagne électorale et la forte mobilisation de Wade dans son bassin électoral de Mbacké, on peut considérer que sa candidature, toujours contestée par l’opposition et le M 23, semble de fait acquise. Cela est le résultat de l’absence d’une vision claire de la posture adéquate à adopter face à ce qu’il faut bien appeler ‘le cas Wade’. L’opposition, face à ce problème inédit dans l’histoire politique du Sénégal, a été prise de court et ne sait pas sur quel pied danser, elle est en panne d’imagination.

Le candidat Wade peut-il alors gagner ces élections ? Voyons d’abord ses faiblesses : Le moins que l’on puisse dire est que la controverse autour de la recevabilité de sa candidature aura écorné son image de combattant patient et courageux de la démocratie en Afrique. Il ne sort pas grandi de toute cette agitation qui aura des incidences négatives sur sa trajectoire et son statut de démocrate : Le doute et la suspicion se sont installés dans l’opinion aussi bien nationale qu’internationale. Ensuite le fait de se dédire et son âge ne plaident pas en sa faveur, cela ajoute au discrédit né de la controverse et des émeutes qui ont suivi et qui ont quand même occasionné six morts. Cela est encore frais dans la mémoire des Sénégalais qui ne l’oublieront pas de sitôt.

L’autre handicap du président est à mettre au compte de l’exercice du pouvoir jalonné de scandales de toutes sortes et qui pour la plupart sont restés impunis car impliquant des proches du régime. Mais sa faiblesse majeure réside dans l’indigence dans laquelle se trouve le panier de la ménagère. On assiste à une flambée des prix des produits de consommation courante et à une baisse du pouvoir d’achat des Sénégalais qui ont des difficultés pour joindre les deux bouts. Dans cette situation de difficultés sociales et économiques, le candidat Wade peut-il encore faire rêver, surtout après douze ans de pouvoir ? Last but not the least, son parti le Pds est divisé. Les anciens barons et ex-numéros deux sont tous désormais dans l’opposition. Il en est ainsi de Idrissa Seck, de Macky Sall, de Aminata Tall et de son ancien ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio.

Tout ceci pour dire que Wade a des faiblesses certaines mais il a aussi des atouts. Le premier de ces atouts c’est la division de l’opposition qu’il va tout faire pour accentuer. En effet, l’opposition est largement divisée, chaque leader prêchant pour sa propre chapelle et l’unité ostensiblement affichée n’est en réalité que de façade. On a vu toutes les péripéties qui ont jalonné la recherche d’une candidature unique puis celle de ‘l’unité et du rassemblement’ et qui a fini par éclater au sein de Bennoo siggil Senegaal. Avec les anciens numéros deux du Pds, c’est un truisme de dire qu’entre Idrissa seck et Macky Sall ce n’est pas le grand amour. On se rappelle en effet de la polémique sur la gestion des sept milliards de Taïwan.

Cette division de l’opposition a pour corollaire l’émiettement des suffrages. Ce qui profite en général au candidat sortant. Un autre atout de Wade est le fait qu’il est en place et qu’il tient encore les rouages du pouvoir et de l’administration et surtout qu’il est réputé ‘liquide’ financièrement et extrêmement ‘généreux’. A telle enseigne d’ailleurs que tout le monde veut être reçu en audience par lui pour obtenir un remboursement de transport qui éloignerait des soucis financiers pour quelque temps au moins. Cet atout-là n’est pas négligeable c’est le nerf de la guerre et à cette bataille Wade part gagnant. Une élection présidentielle aussi se gagne avec de l’argent et même s’il faut le déplorer, celui-ci a fini de gangrener l’espace politique avec l’achat des consciences.Un autre atout réside dans le fait que même si des voix se sont élevées dans certains milieux maraboutiques pour demander son retrait, Wade bénéficie au moins de la bienveillante neutralité de Touba et de Tivaouane.

Abdoulaye BAH

Walf

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