Accueil / Confidences / Ancien professeur d’Emmanuel Macron et protecteur des exclus, Abdarahmane Ndiaye n’est plus – Par Ibra Ciré NDIAYE *-

Ancien professeur d’Emmanuel Macron et protecteur des exclus, Abdarahmane Ndiaye n’est plus – Par Ibra Ciré NDIAYE *-

Né à Bababé le 5 décembre 1951, Abdarahmane N’diaye s’est brutalement éteint le 1er décembre 2017 à 4 h 25 mn dans son domicile à Creil (Oise) dans les Hauts-de-France et à 4 jours de sa date anniversaire.

Mauritano-sénégalais, de formation scientifique, Abdarahmane N’diaye atterrit à Toulouse en 1976 pour poursuivre ses études supérieures. Avec un art consommé de la détermination et de l’humilité, le fils de Hamat Samba N’diaye et de Peinda Hamat N’diaye s’était employé à exercer de petits boulots tout en poursuivant ses études supérieures. Ce qui l’a conduit à travailler dans le bâtiment, manipulant au risque de sa santé des matériaux amiantés.

Comme si l’initiation attendue passe par les parcours souvent rectilignes inscrits dans les destins croisés de plusieurs étudiants d’origine africaine.
Les récentes analyses épidémiologiques ont fait apparaître quelques traces dans son organisme sans en altérer les organes respiratoires.

I – Un enseignant talentueux et visionnaire
Avec une ténacité inébranlable, il poursuit ses études jusqu’à l’obtention de son Doctorat en physique et enseigne à La Providence, un groupe scolaire fondé par la congrégation des Jésuites situé au 146, boulevard de Saint-Quentin à Amiens. Parmi ses collégiens en 5ème, le célèbre Emmanuel Macron né le 21 décembre 1977 à Amiens.
Enseignant averti, connu pour sa rigueur et son objectivité scientifiques ainsi que sa souplesse et sa lucidité d’esprit, Abdarahmane N’diaye met une appréciation pour chaque enseigné ; Emmanuel Macron s’en sort avec la mention Très-Bien et décrochera plus tard son Baccalauréat « Série S » avec la même mention au Lycée Henri IV à Paris dans le 5ème arrondissement. Après de brillantes études et carrières, le jeune Emmanuel Macron devient le 14 mai 2017, en France, le 8ème président de la Vème République.
Visionnaire et talentueux professeur de physique-chimie, Abdarahmane N’diaye avait le flair et ne s’était pas trompé.
Quelques années plus-tard, il demande et obtient sa mutation professionnelle au lycée Pierre et Marie Curie où il enseigne jusqu’au 30 novembre 2017 à quelques encablures de son domicile pour être au plus près de sa famille.
La présence d’Abdarahmane N’diaye est faite de respect, de douceur, de retenue et d’écoute. Mauritano-sénégalais attaché aux valeurs peules et à sa francité transmises, Abdarahmane était préoccupé par l’injustice sociale notamment celle subie par les Noirs en Mauritanie, son pays natal.

II – Un citoyen du monde attaché au respect et à la dignité des êtres humains
Les événements en Mauritanie, en 1989, l’ont convaincu que le retour définitif dans son pays devenait quasi impossible.
C’est dans des circonstances presque similaires que la vente des Noirs aux enchères en Lybie achève sa conviction sur l’ampleur et l’insoutenable inhumanité de telles pratiques dans des pays arabo-berbères musulmans où les préjugés sont à l’origine de la marchandisation de ses semblables par des coreligionnaires. Face à un monde révulsé, le déni paradoxal d’un diplomate libyen à Dakar cherchant à se convaincre lui-même du contraire crevait les yeux de tous. Scène, somme toute surréaliste !

L’hostilité envers le peuple noir ne s’est jamais démentie en Orient esclavagiste qui entretient et perpétue des stéréotypes dont l’objectif est d’humilier les êtres noirs. Voilà des conduites et comportements qui questionnent toute l’idéologie rétrograde des Haalpulaar embrigadés dans un mimétisme qui obstrue leur lucidité d’esprit. Pendant 17 siècles, des arabo-berbères musulmans ont vendu des Noirs dont la marchandisation sous des formes variées et les mauvais traitements se poursuivent encore en Mauritanie, en Arabie, en Lybie, dans les pays du Golfe, au Liban et même dans le Maghreb.

Ne pas établir un lien entre de telles pratiques en Lybie et celles infligées en sourdine aux Mathioubé (descendants d’esclaves, de captifs de guerre ou d’hommes libres arbitrairement séquestrés par le plus fort comme ce qui se passe en Lybie) au Fouta-Toro sonne comme une dissonance cognitive pour ceux qui s’indignent de l’extérieur et se voilent de l’intérieur. Il est temps que des Torobé, qui affirment leur parenté avec le prophète Mahomet qu’aucune généalogie n’a pu établir, déconstruisent leurs discours, conduites et comportements pour se décoloniser les esprits et accepter enfin ce qu’ils sont c’est-à-dire comme les autres Noirs et malheureusement potentiellement commercialisables en Lybie.

La vente des Noirs aux enchères en Lybie doit rappeler que tout Noir quel qu’il soit est potentiellement commercialisable en Orient. Quiconque connaît les rapports sociaux dans le rétrograde Fouta-Toro où la question des inégalités est devenue une omerta, n’est pas surpris par la vente des Noirs esclavagisés en Lybie. Des observateurs avertis y décèleront l’impertinence et l’ironie supplémentaire du Haalpulaar indigné feignant de découvrir et exprimant une fausse empathie.

On en est à se demander d’où l’inconscience haalpulaar prend sa source car le commerce des Noirs en Lybie humilie l’Afrique et ridiculise davantage le Fouta-Toro discriminant. Ce ne sont là que quelques avanies d’un modèle social haalpulaar devenu insupportable et dont certains membres, dans une fausse dissidence, monnaient leur dignité notamment en Mauritanie pour des postes de responsabilité purement politiques au prix de fermer leurs yeux sur l’asservissement de leurs sœurs et frères de sang.

Oui, noble d’esprit, de conduite et de comportement, Abdarahmane N’diaye n’était pas un porte-drapeau mais un protecteur des exclus et ceux qui sont mis à la marge par des arabo-berbères mauritaniens. C’est dans sa discrétion légendaire, qu’il a soutenu moralement, matériellement et financièrement des réfugiés mauritaniens. Abdoul Wahab Sow a été enchaîné à Inal à 350 km au Nord de Nouadibou avec des codétenus dont certains ont succombé sous ses yeux et laissés en état de décomposition. Il en a dressé quelques récits de vie de réfugiés dont certains ont perdu leurs proches et n’ont plus accès aux ressources foncières héritées des ascendants depuis plusieurs générations et qu’ils mettaient en valeur avec leurs faibles moyens.

L’association Lao a perdu un de ses membres et enfant prodige de Bababé dont les liens de parenté se prolongent dans le versant sénégalais à Ndioudé Diabi et à Mboumba (quartier Thiambé).
Le président d’honneur de l’association Solidarité et Développement de Mboumba (Sodem), Birane Abdoul Wane, et Aboubacry Dème, président en exercice de cette même association, se sont rendus au domicile du défunt accompagnés du chargé de la communication et du secrétaire général pour présenter les condoléances à la famille au nom des ressortissants de la commune de Mboumba en France.

Dans le même élan de solidarité et de recueillement, les proches du défunt venus d’Ile-de-France (région parisienne), d’Ille-et-Vilaine (région Bretagne), d’Allemagne ainsi que 20 professeurs du lycée Pierre et Marie Curie ont été unanimes pour rendre un vibrant hommage à un homme d’une grandeur d’esprit et d’une humilité exemplaires laissant derrière lui une épouse accueillante, humainement accessible et toujours présente pour leurs 5 enfants jeunes majeurs et mineurs, en âge de scolarité entre l’université et l’élémentaire. Pour paraphraser Eglal Errera, prions que la vie des enfants d’Abdarahmane N’diaye et d’Adama Gaye tienne les promesses d’une enfance heureuse qu’ils ont connue. Père protecteur, époux fidèle et aimant, voisin paisible et serviable, collègue attachant et bienveillant, tu resteras à jamais dans les cœurs et les esprits de tous ceux qui t’ont connu et côtoyé.

C’est donc le cœur peiné et les yeux embués que nous présentons nos sincères condoléances à toute la famille éplorée sans oublier Demba N’diaye avec qui le défunt avait lié une amitié indéfectible. La dépouille sera acheminée à Bababé par Oumar N’diaye, jeune majeur et fils du défunt, Abdoulaye Diaw, cousin germain du défunt, Adama Soumaré, neveu du défunt et Demba N’diaye qui s’envoleront pour Nouckchott ce jeudi 7 décembre 2017.

Prions que l’ancien professeur du lycée Pierre et Marie Curie à Creil repose en paix au Paradis.

Ibra Ciré NDIAYE *
* Docteur en Droit
Anthropologue du droit
Université Paris 1 
Panthéon-Sorbonne
Ibra.NDIAYE@mairie-villetaneuse.fr

À voir aussi

Qui a peur du parrainage citoyen ? (Contribution)

Le débat sur le parrainage continue de soulever l’ire de l’opposition, même après le vote …

Mohamed Salah, le footballeur qui fait aimer l’islam à Liverpool

Le buteur de Liverpool, qui affrontait l’AS Rome mardi soir en demi-finale de la Ligue …