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Appel de Wade à Idrissa : Pour épargner Karim le sort du « Ndongo daara »

Traditionnellement, quand un garçon qu’on destine au daara atteint l’âge de six ans, c’est son père qui l’y accompagne. Le daara est alors sa nouvelle vie, faite de rudesse, d’apprentissage, de frugalité mais aussi de rencontres, dans un environnement composé principalement d’ainés qui ne lui font pas de cadeau. Généralement, c’est que comprennent les mères qui sont souvent en pleurs quand elles voient leurs fils les quitter pour rejoindre les daara.

Source : Sudonline
Pour son premier jour au daara, le talibé –accompagné de son père- est l’objet de tous les égards. Après une première nuit, quand il se réveille, sa première réaction est de crier et de réclamer son père, qui généralement, s’est littéralement « arraché » au petit matin, pendant que son fils dormait encore : « Ana baay ? Ana baay ? Yaay, Yaay, Yaay). (Ou est mon père ? Ou est mon père ? Maman ! Maman !)

La réponse à sa question vient du plus âgé des taalibés (disciples) sous forme de sentence :« Hé sa baay njibbi na. Joggal dem taxani ne sa moroom yi. Ubbal sa gimin. » (Ton père est parti ! lèves toi et vas ramasser des fagots de bois comme tous les autre enfants).

Pendant longtemps, Abdoulaye Wade, et tous ceux qu’il a « fabriqués », ont porté sciemment des œillères, refusant de se rendre à l’évidence qu’il faut bien se préparer à la vie sans Wade comme le seul « maître du jeu et du je ». Pendant qu’il était encore dans l’opposition, l’actuel président de la République avait d’ailleurs déclaré un jour que « la mort ne surprendra pas ». Mais le chef de l’Etat qui refusait de faire face à la réalité de son calendrier politico-biologique s’est vu imposer celui politico-religieux d’Idrissa Seck. Bien avant la présidentielle de 2007, l’ancien Premier ministre disait partout, qu’il n’avait que deux fenêtres ouvertes (windows of opportunity) pour briguer le suffrage des Sénégalais : 2007 ou 2012. Au-delà de cette date, il ne ferait plus de politique. La raison ? Le prophète de l’Islam, Mohammad a été rappelé à Dieu à l’âge de 63 ans. Idrissa Seck s’est donné cet âge buttoir.

De son côté, Abdoulaye Wade qui voulait garder Idrissa Seck comme sa police d’assurance, mais sans se soumettre pour autant au calendrier du maire de Thiès, a fini par se résoudre, à lâcher son poulain.

En politique, une fois que l’on goûte aux délices du pouvoir, on n’accepte plus de s’en priver. Le combat frontal entre les deux ambitions était inévitable. Le président n’entend pas se faire appeler de son vivant « ancien chef d’Etat ». Idrissa Seck pour sa part déroule son plan qui consiste, à terme, à remplacer Wade.

Abdoulaye Wade a tout mis dans la bataille : les Chantiers de Thiès, l’accusation d’atteinte à la Sûreté de l’Etat, le protocole de Rebeuss, les 40 milliards « planqués » à New York, la déclaration en prime time à la télévision nationale pour faire la promotion de Karim, « le meilleur fils du pays ». Tout cela participait de la volonté d’éliminer ce « fils » impatient. Pour couronner le tout, il déclare que Idrissa Seck ne fera pas partie de ses successeurs possibles.

De manière détournée, sans vraiment s’y résoudre, Abdoulaye Wade a voulu tenter ainsi d’acheter une autre police d’assurance, en essayant de pousser son fils Karim Wade successeur éventuel. Il y a une conviction dans la famille politique de l’occupant du Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor. On a toujours pensé que la meilleure façon de mettre le pied de Karim Wade à l’étrier était de le doter de beaucoup de moyens financiers. Et les chantiers et les agences ont poussé comme des champignons après la pluie. Ils sont tous mis à la disposition du prince. Il reste que, malgré tous les moyens colossaux à la disposition du fils, Abdoulaye Wade animal politique redoutable commence à se rendre compte que son fils n’a pas une oreille politique assez fine pour être sa seule option.

La faiblesse de l’option Karim Wade a été récemment mise à nue par l’erreur politique majeure que constitue la tentative du « leader » de la Génération du Concret de participer, de manière ostentatoire, aux journées Set-Sétal de Touba. Karim Wade n’a pas la finesse politique d’Abdoulaye. Malgré les efforts politiques immenses de ce dernier qui a démarré sa campagne électorale pour la présidentielle de 2007 dès le 21 mars 2000, en décidant de se rendre à Touba, le président n’a jamais voulu forcer la main à Serigne Saliou Mbacké de prendre partie publiquement et de façon directe pour lui. Tout au plus, il a obtenu du Khalife de Touba une déclaration disant que les travaux de la ville démarreraient après l’élection a présidentielle. Ce qui était plus que suffisant dans l’oreille des Mourides qui savaient décrypter les signaux.

Certains ont pensé à un moment qu’une autre option aurait pu être envisagée en la personne de Macky Sall. Mais ce dernier n’a jamais disposé de forces qui lui soient propres pour pouvoir participer à la course pour la succession. C’est Abdoulaye Wade qui l’a placé dans la trajectoire pour y rêver. Macky Sall qui n’est pas arrivé à asseoir une stratégie qui peut faire de lui une option viable, est ramené à une position compatible avec sa dimension réelle.

Mais comme disait feu Babacar Sané ancien secrétaire général de la Ld/Mpt, « quand deux joueurs d’une même équipe se télescopent, il y a toujours un troisième larron pour récupérer la balle ».Wade est donc obligé de se retourner à nouveau vers Idrissa Seck.

Etant assuré de l’indulgence, encore une fois, des Sénégalais qui ne sont plus loin de faire du bërgël (ne sont plus surpris de quoi que ce soit de sa part), le patron du Pds décide de faire revenir Idrissa Seck qu’il a eu à accuser des pires crimes.

La raison principale est que cela peut être le moyen d’éviter à Karim Wade le traitement réservé au nouveau « ndongo daara ». Le père ne voudrait certainement pas que brutalement, Karim Wade se réveille un petit matin pour demander « Ana Baay » et que ce soit Idrissa Seck qui soit le taalibé le plus âgé. Le Président se dit peut-être autant avoir un plan B. Si l’option Karim (qui n’est pas complètement abandonnée), ne marche pas, il aura affaire à quelqu’un de connu qui est Idrissa Seck. Au moins on peut négocier entre gens d’égales valeurs morales.

Wade et Seck ont –ils négocié les termes de cette police d’assurance de A à Z ? Les formes définitives de leurs retrouvailles nous en diront en peu plus, à défaut d’avoir les termes réels.

C’est bien le président de la République qui nous a dit à la télévision nationale (pour la énième fois) que ce qui l’oppose à Idrissa Seck n’est connu de personne. Mais on peut quand même s’aventurer à penser que même si l’argent est la cause du différend, il reste le fait de savoir qui va être le 4ème Pésident de la République du Sénégal et dans combien de temps.


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