POLITIQUE

APR- Amadou Bâ s’engage : suicide ou renfort ?

  • Date: 9 mars 2016

 Cadre chevronné de la Haute administration financière et monétaire, Amadou Bâ  bénéficie  d’un parcours académique, professionnel et d’une expérience exceptionnelle qui  font  de lui un géant de l’économie nationale. Il a toujours été en marge des questions politiques, étant un technocrate ingénieux. Mais, devenu ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, il semble prendre goût au pouvoir dont la garantie de la longévité exige une  forte assise politique. Et à la surprise de ses collègues et congénères, il s’engage dans la banlieue sous le couvert de l’Apr. Une grosse erreur, disent des observateurs.

Amadou Bâ fut, pendant presque une décennie, Directeur général des Impôts et Domaines du Sénégal. Respecté, adulé et suivi, il faisait l’unanimité pour sa compétence avérée, sa touche historique à la planification fiscale et domaniale et son apport incommensurable à l’économie nationale.

Ce profil a fait de lui la personne désignée pour être installée à Peytavin, à la tête du ministère de l’Économie et des Finances en remplacement d’Amadou Kane, grand banquier africain. Son esprit de planification, d’anticipation, d’avant-garde, d’organisation et de méthode facilite son œuvre et lui permet toujours d’atteindre des objectifs insoupçonnés malgré la controverse des experts.

Membre du gouvernement, depuis le 02 septembre 2013, il est devenu, surtout avec le Plan Sénégal Emergent (PSE), programme pilote pour Macky Sall, un énergique  acteur du régime de celui-ci. Il est jugé « honnête et fiable ». Mieux, c’est un homme qui prend tout son temps avant de se lancer et s’il prend un envol, l’arrêter devient un défi. Il a le sens de l’organisation et de la persévérance. Il inspire confiance et en action, il avance doucement mais sûrement. Il réfléchit minutieusement avant de prendre une décision, avant même de prendre la parole en public. Mais a-t-il bien réfléchi en s’engageant en politique ? C’est la grande question que beaucoup d’observateurs se posent.

A-t-il l’obligation de s’engager  dans le faubourg des Parcelles Assainies, pour affronter des adversaires  de l’opposition et concurrencer des rivaux de l’Apr.

En fait, le champ politique dans la banlieue est un espace d’abaissement, d’affrontements pernicieux et de rivalités infectes où on encaisse plus de coups bas que d’accueils à l’applaudimètre. Y voir Amadou Bâ ne serait-ce pas un spectacle fâcheux ?

Déjà, des caciques de l’Apr des Parcelles Assainies considèrent qu’il est simplement parachuté après qu’ils aient mené de grandes luttes. Ceux de l’opposition disent l’ « attendre de pieds ferme ! » C’est la preuve que son engagement risque de ne  pas être une promenade de santé.

Amadou Bâ attendu en adversaire

Amadou Bâ a commis l’erreur de passer par Mbaye Ndiaye, le très éphémère ministre de l’Intérieur, pour s’engager dans la banlieue.  C’est l’avis d’un Pr de Droit. Et pour cause !

D’abord, celui que Macky Sall a auréolé du diadème de ministre d’État juste pour son compagnonnage, n’a pas bonne presse dans les Parcelles Assainies. Ses nombreux revers électoraux renseignent bien qu’il n’est pas combattif et n’est pas entreprenant. Il n’a pas le halo d’un leader, encore moins d’un meneur d’hommes.

Disposant de tous les moyens, il n’a pas réussi à sauver l’honneur de l’Apr aux Parcelles Assainies. C’est un fait et on ne peut rien contre ce fait. En passant par lui pour s’engager, Amadou Bâ se laisse voir comme un de ses compères et,  par conséquent, un homme à abattre. Il risque de subir le sort du sapeur-pompier qui périt dans les feux qu’il veut éteindre.

« La méthode utilisée pour s’engager est jugée brute et brutale », tranche un spécialiste de la Communication politique. L’aura de Amadou Bâ est telle qu’il aurait pu élaborer une tactique anticipatrice pour devenir une personnalité publique réclamée par les militants et non un novice qui se cherche une voie, explique-t-il. À cela, des observateurs se montrent circonspects en raison de son statut de ministre de l’Économie et des Finances qui naturellement alimente des controverses  pernicieuses.

La sensibilité de la fonction de ministre des Finances et de responsable politique partisan

L’argent, en politique, est le nœud de la guerre. Tout homme ou femme politique s’impose aussi bien par la force des arguments, par la carrure que par les moyens boursiers à mobiliser pour conquérir les masses. Amadou Bâ est naturellement altruiste. Il n’est pas pingre, ni cupide pour ne pas mettre les médians financiers qu’il faut pour mener des activités politiques. Mais la fonction de ministre de l’Économie, des Finances et du Plan est délicate et alimente  déjà des confabulations évidentes. L’endosser et s’engager dans le champ politique expose plus à des caquets et des supputations qui peuvent bien porter préjudices qu’à un halo d’ovations.

Certes, Amadou Bâ a fait entendre ses pas : ses œuvres de bienfaisances dans les lieux de culte et envers les mouvements associatifs et sa philanthropie ont annoncé sa venue. Mais la méthode est surannée. Les socialistes et les libéraux sont passés par là sans parvenir à leurs fins. Une communication d’attaque plus concluante et une stratégie novatrice auraient été alors une meilleure conduite pour conquérir les masses sans alimenter des soupçons d’engagement partisan.

La banlieue est un secteur sensible où l’homme politique est plus fragile que tenace et incontournable. Les exigences qui s’imposent à lui, les sommations des militants, les requêtes des appareils sociaux, les appétits alimentaires et l’instabilité de l’électorat sont lourds surtout pour un technocrate peu enclin aux commérages, aux tendances conflictuelles et aux conspirations.

Il s’y ajoute que dans l’histoire du Sénégal, il est très rare de voir un ministre de l’Économie et des Finances investir le champ partisan. Sa fonction est bien politique. Mais elle s’altère vite quand elle devient partisane.

Le référendum : une opportunité maladroite

Le référendum du 20 mars sert d’opportunité  de frappe et d’investissement à toute la classe politique.  Cette consultation référendaire est assurément un enjeu pour Macky Sall. Mais elle l’est aussi pour Amadou Bâ lui-même qui occupe une haute responsabilité d’État qui pèse lourdement dans l’orientation de la destinée nationale.

Au-delà de chaque responsable politique de l’Apr, il est du devoir politique de chaque membre du gouvernement de s’engager pour le triomphe du Oui. Seulement, le référendum offre une occasion maladroite d’abord en raison de la controverse qu’il charrie en lui, ensuite à cause des dérapages et autres dérives qui enveniment le débat politique.

Pour des responsables locaux de l’Apr, « Amadou Bâ profite du référendum. Il  est simplement parachuté. Il n’a pas mouillé le maillot. Il n’est pas un produit de la base, mais du sommet ». D’autres s’interrogent même sur l’ « utilité politique » de son allié Mbaye Ndiaye qui n’arrive pas à mettre l’Apr sur une bonne orbite. L’apport de lutteurs comme Modou Lô est un simple artifice folklorique. La réalité et les contingences locales renseignent bien qu’une hégémonie de l’Apr aux Parcelles Assainies exige une bataille homérique qui va au-delà même de la victoire du Oui, le 20 mars 2016.

Atouts et limites de Amadou Bâ

Amadou Bâ partage beaucoup de caractères avec son mentor Macky Sall. Non seulement ils sont jeunes, étant de la même année de naissance, mais ils ont la particularité d’être têtus et intransigeants. Tous les deux ne reviennent jamais sur une décision.  Ils ne supportent pas l’échec et le refusent d’ailleurs.

Amadou Bâ  s’est engagé. Il ne reculera pas. Il est ainsi. Certes, il sera une cible. Mais ceux qui le connaissent savent bien qu’il peut être dangereux contre celui qui chercherait à entraver son chemin. Quand il se lance, rien ne l’arrête.

Il peut endiguer le vide politique que vit l’Apr aux Parcelles Assainies. Sa ténacité et sa personnalité sont des atouts pour y être le capitaine. Mais il investit une zone déjà envahie par le désenchantement, une localité où on hulule en chœur et à tue-tête qu’aucune cadence n’est accélérée de sorte que, « deuk bi dafa Macky ! »

Or,  Amadou Bâ a le défaut d’être un mauvais perdant. C’est pourquoi, le 20 mars, il lui est impératif de faire triompher le Oui au référendum, non pour Macky Sall seulement mais pour lui-même.

Il n’a pas été élu mais intronisé patron de l’Apr aux Parcelles Assainies. Il ne pouvait en être autrement car le rôle de second et de subordonné lui est insupportable. Son problème futur peut être sa nature autoritaire qui l’éloigne de l’esprit de dialogue et de souplesse, ce qui est essentiel en politique. Avec lui, aux Parcelles Assainies, l’Apr aura bien l’image d’une caserne militaire : il en sera le commandant dont les ordres sont à excuser sans aucune forme de procès ! En politique, ça bloque parfois.

Pape Ndiaye

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