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Arabie Saoudite: Kashoggi va longtemps hanter le Palais royal

La mort du journaliste Jamal Kashoggi, dans les locaux du Consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul en Turquie, va incontestablement créer les conditions d’une rupture de confiance profonde entre Ryad et ses alliés du monde entier.

Après avoir longtemps nié cette mort en affirmant que Jamal était ressorti librement du Consulat, l’Arabie saoudite vient de reconnaître la mort du journaliste, arguant, selon son agence d’information Spa, que ce décès est survenu à la suite d’une rixe.

Ryad annonce également l’arrestation de 18 personnes et le limogeage de deux hauts dignitaires dont le général Assiri, chef adjoint du Renseignement. Une situation qui n’a pourtant pas convaincu Donald Trump qui parle de « pas important » franchi.

Les Anglais, eux, ont émis de sérieuses reverses à la thèse ainsi avancée par les Saoudiens. D’ores et déjà, les conséquences immédiates sont le boycott, par les Français et par les Américains, du sommet économique prévu en Arabie saoudite.

Le prince Salmane vient ainsi de commettre l’une des plus grosses bêtises de son règne, même si c’est loin d’être la première.

On n’assassine pas une personne parce qu’elle n’est pas d’accord avec vous, qu’elle ne partage pas vos visions et vous critique. Surtout si cette personne est journaliste et collabore avec le prestigieux Washington Post.

Non pas que les journalistes sont intouchables, mais parce qu’ils incarnent le substrat de la liberté, base de la démocratie, la liberté de pensée et d’expression. Au demeurant, le fait de s’acharner sur une personne désarmée n’est supportable dans aucune guerre et viole les règles d’éthique en la matière. On ne tue pas un prisonnier.

Or, manifestement, le journaliste, en entrant dans le Consulat de son pays, n’était armé d’aucun a-priori. Et, à coup sûr, il a été retenu prisonnier par l’inévitable service de sécurité présent et que les ordres sont venus d’en haut. D’où le caractère peu fiable de la thèse de la bagarre.

En tout état de cause, Khashoggi va longtemps hanter le Palais royal. Plus que la guerre au Yémen et les divergences en interne dans le royaume, le roi Mohammed Ben Salmane devrait faire face encore pendant longtemps aux conséquences de cette disparition. Surtout que le corps n’a pas été retrouvé et que les autorités turques restent déterminées à faire la lumière sur cette affaire.

Il est important en effet que Ryad s’ouvre davantage au respect de certains principes liés notamment au respect de la sacralité de la vie humaine.

Certes, son poids économique gigantesque lui a longtemps servi de garantie face aux sanctions qui pourraient s’abattre sur elle, mais tout indique que cette immunité n’est pas infaillible.

Il arrivera un moment où les pays qui soutiennent le royaume devront faire face à leurs propres opinions publiques, tenir compte de leurs exigences ou périr.

Certes, BSM comme on l’appelle, a fait des efforts importants dans le sens d’apporter des réformes dans le fonctionnement du royaume, mais le cas Kashoggi, qui a heurté le monde entier, est pour rappeler que les États sont certes souverains, mais pas seuls.

La circulation des hommes et des biens, l’interdépendance entre Nations, le fait surtout que des conventions internationales et les organisations existent, imposent à tous les États un minimum de respect de rubiconds à ne pas franchir.

Les dirigeants qui l’oublient trop vite vont à coup sûr en payer les conséquences.

 

Assane Samb

 

 

 

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