Confidences

Archetype du bandit d’honneur populaire- Yaadikoone, la véritable histoire

  • Date: 18 août 2015

À côté de l’histoire de Kaañ, il y a celle de Yaadikoone. Alors que Kaañ vivait dans la brousse et faisait ses activités avec sa bande dans la brousse, Yaadikoone, quant à lui, était basé en ville, à Dakar. Baptisé «le Robin des bois sénégalais», il est l’archétype du bandit d’honneur populaire. Celui-là même qui, au courant du 20ème siècle, a mené plusieurs fois en bateau la police avec ses nombreuses évasions. Était-il un bandit comme disent certains ? Comment était-il ? Comment faisait-il pour s’évader ? Avait-il une famille, des enfants ? Comment est-il mort ? Autant de questions qui, jusqu’à ce jour, n’ont pas encore eu de réponses satisfaisantes. Ce, malgré les efforts fournis par des chercheurs et journalistes pour élucider le mystère.

Comme disait François Gaston de Levis dans ses Maximes et réflexions sur différents sujets (1810) : «Vous qui voulez connaître les hommes, méfiez-vous des livres, observez beaucoup, et surtout voyager». Alors, nous avons voyagé et nous sommes allés à la rencontre de son ami, son lieutenant, son frère, pour ne pas dire sa seule famille, pour nous dire qui était vraiment Yaadikoone. Qui mieux que Pape Mor Fall, dit Mor Mbinda Fall alias Mor Fall, «Djinné» pour Yaadikoone, celui-là même avec qui il était tout le temps, avec qui il partageait ses secrets et son savoir, pour parler de Yaadikoone. Le fils miraculé de Coumba Diop et de Makha Ndiaye de Nguékhoh, qui, vers les années 1950-1958, en a fait voir de toutes les couleurs au procureur général Desprez.
«Le Populaire» se chargera, au cours de cette semaine, de vous livrer les détails croustillants de la vie de Yaadikoone. Bien sûr, nous vous dirons qui était-il vraiment, dans quelle condition il est mort, comment il s’évadait de prison… Nous vous parlerons aussi de sa vie conjugale, mais surtout de sa relation avec Serigne Saliou Mbacké, avec le Coran et avec les djinns.

C’est dans la commune de Diass, à 35 km de Mbour, dans un village du nom de Bouhou que vit actuellement le général de Yaadikoone, Pape Mor Fall. C’est dans une grande demeure, avec une vaste cour, que nous avons trouvé le bras droit de Yaadi, Mor Fall comme on l’appelle dans ce village. Âgé aujourd’hui de 72 ans, Mor Fall, qui paraît un peu plus jeune, nous reçoit dans sa maison.Un peu svelte,vêtu d’un grand boubou gris, teint clair, il nous accueille dans son salon avec joie. Ce qui attire l’attention dans cette pièce où nous nous sommes installés après les salutations d’usage, ce sont les photos qui sont accrochées de part et d’autre sur les quatre murs du salon. Lesquelles photos racontent toute une histoire.

L’évocation du nom de Yaadikoone lui rappelle beaucoup de choses. Le nom de Yaadikoone lui rappelle sa jeunesse, sa fougue. Le nom de Yaadikoone lui rappelle combien son ami, son compagnon lui manque. Le nom de Yaadikoone lui rappelle le courage. Le nom de Yaadikoone lui rappelle ses déboires avec la justice. Le nom de Yaadikoone lui rappelle un homme extraordinaire, surprenant, sage. Mais le nom de Yaadikoonne ne lui a jamais rappelé un bandit. Car, d’après lui, contrairement à ce que pensent les Sénégalais, il n’en était pas un. Les gens, selon lui, nagent dans l’erreur en disant que Yaadikoone était un bandit alors qu’il était loin de l’être. Mais qui était donc Yaadikoone ?

Ndiaye Yaadikoone, le fils miraculé 

«Son véritablement nom est Babacar Ndiaye. Il est né en 1922 à 4 km de Nguekhoh, à Keur Gondé Dièye. Il est le fils de Coumba Diop et de Makha Ndiaye. Yaadikoone signifie celui qui était parti et qui est revenu. Il est appelé ainsi parce chaque fois que sa mère mettait au monde un garçon, ce dernier mourrait. Quand elle a eu un 6e fils, elle lui a fait une marque. Après la mort du 6e, un 7e fils est né avec la même marque. On lui donna alors le nom de Yaadikoone. La marque se trouve au niveau de l’auriculaire. Dès son plus jeune âge, Ndiaye Yaadi, comme l’appelait ses proches, a commencé à apprendre le Coran chez Serigne Thiam, à Campement Nguekhoh. Puis les années ont filé et un beau jour, il a fugué et s’est retrouvé à Dakar. «Il était jeune, il était fort», renseigne le général Mor Mbinda Fall.

Ce dernier de souligner que tout ce qu’il sait de Yaadi, il ne pourra pas le dire car les gens ne le croiront pas. «Ce que je peux dire sur ‘Djinné’ – parce que c’est comme ça qu’on s’appelait, c’est un secret entre nous – c’est qu’il était un homme généreux, calme, serein. Il avait un grand cœur. Tout ce qu’il avait, il le donnait aux pauvres. Il donnait jusqu’à ce qu’il ne lui reste rien du tout», dit-il. «Un jour, se rappelle-t-il, Yaadi a donné tout ce qu’il avait sur lui jusqu’à ce qu’il ne lui reste pas une cigarette à fumer. Il m’en a demandé une et puisque j’étais en colère contre lui, j’ai refusé. Je lui ai demandé comment il pouvait donner autant d’argent et ne pas avoir de quoi acheter une cigarette. Il m’a dit : ‘Djinné donne-moi une cigarette’. Mais j’ai campé sur ma position. Il a alors pris les mégots qui étaient par terre pour les fumer. Pour vous dire que Yaadi, tout ce qu’il avait, il le donnait aux pauvres et aux enfants».

Yaadikoone, le bienfaiteur des laissés-pour-compte de la société

À en croire Mor Mbinda Fall qui ne tarit pas d’éloges envers son ami, Ndiaye Yaadi était quelqu’un de bien. «Il était sympa. C’était quelqu’un d’extraordinaire et de surprenant aussi. Il n’avait pas de problème avec les gens, c’est juste qu’il n’aimait pas l’injustice. Il ne la supportait pas. Tout ce qu’il prenait chez les gens, il le donnait aux enfants. Lorsqu’il y avait une projection de film au cinéma et qu’il fallait payer pour y assister, Yaadikoone venait et défoncer toutes les portes pour que les enfants et ceux qui n’avaient pas d’argent pour payer le ticket d’entrée puissent entrer librement et regarder le film. Il en faisait de même avec les vendeurs. Et si tu résistes, il te frappe. C’était ça son seul tort, mais il n’était pas un bandit», indique son bras droit.

«Yaadikoone et moi avons partagé le même lit pendant trois ans. On était toujours ensemble, côte à côte. On ne se séparait que lorsqu’il est arrêté. Il n’avait pas de secret pour moi. Chaque fois qu’il  avait des problèmes avec la police et qu’il était contraint de se cacher, c’est moi qui sortais et qui allais chercher le journal, à l’époque c’était le ‘Paris-Dakar’ pour pouvoir lire les informations et savoir ce que l’on a écrit sur lui. Il disait qu’il n’était pas un malfaiteur et que les gens se méprenaient à son sujet», fait savoir Mor Mbinda Fall.

Toutefois, il faudra souligner que c’est parce que Yaadikoone faisait des choses que les Blancs considéraient comme un crime qu’on disait de lui que c’était un bandit. Mais, indique Mbaye Diagne de Thieudem, qui vient renforcer les propos de Mor Mbinda Fall, Ndiaye Yaadi n’en était pas un. «Yaadi n’était pas un voleur. Il ne volait pas, il ne fumait pas de chanvre indien, il ne se droguait pas. Ce n’était pas un agresseur. Il ne faisait pas de choses infâmes», témoigne Mbaye Diagne, lui qui dit avoir connu Yaadikoone en 1958, alors qu’il était tout jeune. D’après Mbaye Diagne, Yaadikoone n’a jamais toléré qu’on maltraite une femme, encore moins un vieillard ou un enfant.

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