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Argent illicite, campagnes électorales couteuses, cautions faramineuses, achat de conscience… L’argent, l’ennemi de notre démocratie

  • Date: 23 décembre 2015

Les travaux des Assises nationales sont a jamais torpillées par les révélations de Lamine Diack qui dit avoir contribué à son financement par l’argent du dopage des athlètes russes.

Loin d’être anecdotique, cette information, lourde de conséquences sur la crédibilité des résultats de telles réflexions présentées comme « la Bible » de nos réformes institutionnelles, met sur la table un phénomène nouveau, particulièrement insidieux, l’importance de l’argent dans notre démocratie. Ou plutôt le rôle vicieux qu’il y joue surtout en période électorale ou citoyens et hommes politiques se livrent à une transaction peu honorable, l’achat de conscience.

255 ou maintenant 256 partis politiques du fait d’un nouveau-né enregistré la semaine dernière, voilà le chiffre effarent des formations politiques dans notre pays. Que l’on ne s’y trompe guère, derrière la frénésie de création de partis cache, un intérêt peu dissimulé, celui de pactiser avec les « maitres du monde » qui sont des lobbys, des institutions internationales, des milliardaires qui ont leurs fondations, de soi-disant pays amis qui convoitent nos matières premières, des hommes influents qui se soucient de contrôler le fonctionnement de l’État, des groupes religieux, etc. La liste est longue. Ceux qui sont généreux avec les hommes politiques surtout potentiellement vainqueurs font un investissement pour lequel ils attendent des résultats en termes de marchés, de postes de responsabilité, d’influence sur le fonctionnement de l’État sans compter les avantages liés aux passeports diplomatiques et passeports de service.

C’est pour cela que le terrain politique fonctionne de plus en plus comme une « mafia » avec une caste qui s’agrandit de jour en jour et où les « capo » (barrons en italien) ne veulent jamais aller à la retraite de Senghor  à maintenant.

Conséquence, tout le monde veut avoir son parti. Parce que cela ouvre pas mal de portes. Surtout en période électorale où les alliances du genre Cap 21 sous Wade et Macky 2012 captent des chefs de partis très nombreux au poids électoral peu certain. Pourtant, ce sont des alliances qui donnent droit à de nombreux postes de ministres, de Pca, de chefs d’Agence, de Secrétaires exécutifs d’institutions publiques, etc. Et ils ne sont pas les seuls : Benno Siggil Senegaal (Bss) et Benno Bokk Yakaar (Bby) donnent aussi droit à des quotas de ministres et autres postes au point que certains cadres de partis n’hésitent pas à entrer en rébellion avec leur mentor si jamais ils veulent sortir de la coalition.

Il s’y ajoute les mouvements d’humeur de populations qui réclament des postes de ministres ou de responsabilité pour les siens. Et si ces derniers sont promus, ils les prennent en otage : Ils doivent baptiser leurs enfants, financer les funérailles, les mariages, les fêtes de tabaski, de korité, de Gamou, etc.

Et dans cette situation, ce sont les Maires qui souffrent le plus. Parce qu’ils sont en général plus proches des populations et moins riches. Ceux qui parmi eux ont la chance d’être députés s’en tirent un peu plus parce qu’ils ont, au moins, deux sources de revenu.

Eh oui, la politique est devenue, sous nos yeux, un jeu de dupes entre acteurs : populations et hommes politiques. Ce marché de « moussanté» (au plus malin) connait sa « traite » (moments très convoité par les paysans où l’arachide était vendue), en période électorale. Les hommes politiques réunissent de fortes sommes d’argent qu’ils distribuent à des relais dans les différentes localités pour l’organisation des meetings, des instruments de communication comme les tee-shirts, les flys, la sonorisation, les chaises, etc. Ces derniers ne dépensent même pas la moitié et détournent une bonne part de ces sommes. Ils en reversent cependant de modiques sommes à de faux souteneurs venus prendre leur part du gâteau et font semblant d’écouter les discours alors qu’ils ont hâte de rentrer chez eux.

Ainsi, font-ils avec tous les hommes politiques qui arrivent dans leurs contrées. Ce sont les mêmes en général qui les accueillent exceptés les responsables politiques parce qu’ils seraient démasqués. On change simplement parfois de tee-shirts et de casquettes. Et les notables des mosquées n’échappent pas à cette règle. Nombre d’entre eux promettent en général la même chose à tous les candidats qui arrivent, pourvu simplement que l’enveloppe laissée « pour la mosquée » soit bien garnie.

Du coup, nombre de leaders politiques sont abasourdis par les résultats faibles obtenus dans certaines localités où ils ont eu à verser beaucoup d’argent et des promesses fermes de soutien formulées. Le président Wade par exemple a beaucoup souffert de ce syndrome en 2012.

C’est la raison pour laquelle les Sénégalais aiment les élections. Parce que l’argent circule. Et il n’est pas difficile de le capter. Certains d’ailleurs circulent avec des listes de faux militants qui seraient acquis à leur cause pour les monnayer.

À cette vénalité des soutiens électoraux des populations s’ajoute le manque d’éthique des leaders politiques pour qui l’achat de conscience est une démarche « normale », la fin justifiant les moyens.

Toutefois, personne ne s’interroge sur l’origine licite ou non des sommes d’argent que charrient les politiques. Or, Lamine Diack vient de nous montrer que ce n’est pas toujours licite. Et doit-on s’en étonner ? Nous ne le pensons pas. Car, nous sommes tous coupables d’avoir fait de la politique chez nous, un moyen de s’enrichir ou d’accéder aux postes de responsabilité. Ceux qui n’ont pas d’argent ne peuvent pas faire de la politique aujourd’hui au Sénégal. Même la caution est portée à 65 millions de nos francs pour la présidentielle. Et si vous allez même voir votre propre frère en tant que candidat d’une simple élection municipale, il se dit que tu as de l’argent et que tu dois lui en donner. « Sa ma lekk » (ma part du gâteau), voilà comment on l’appelle. Et l’on veut que l’origine de l’argent soit toujours licite ? Ce n’est pas possible.

Nous avons fait l’option, consciemment ou non d’élire les forces de l’argent visibles ou non visibles pour présider aux destinées de notre État. Ceux qui sont compétents et pauvres doivent s’abstenir. D’ailleurs, la pauvreté est perçue comme une preuve d’incompétence. Et l’on veut que tout le monde soit propre ? Il ne faut pas rêver.

C’est à nous de revoir le système de fonctionnement de notre démocratie. Elle est malade. Des réformes s’imposent, et en profondeur. On ne peut pas continuer à laisser la politique qui est à l’origine très noble, se transformer en « mafia ». Et les hommes politiques sont loin d’être les seuls responsables. Le mal est aussi dans les foyers…

Abdoulaye Diop

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