19 décembre, 2014
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Article publié par les chambres africaines extraordinaires: LA BSIR, LES LOCAUX ET LA PISCINE : UN ENFER SUR TERRE

Article publié par les chambres africaines extraordinaires: LA BSIR, LES LOCAUX ET LA PISCINE : UN ENFER SUR TERRE

La commission rogatoire internationale, dans le cadre des poursuites des crimes internationaux commis au Tchad durant la période du 07 Juin 1982 au 1er Décembre 1990, a entamé ce mercredi 28 Aout 2013 une série de visites des lieux et sites de détention. Une occasion de vous faire découvrir les geôles qui ont marqué l’histoire du Tchad et qui gardent toujours les empreintes d’une torture et d’une répression inqualifiables. Il s’agit de la Brigade Spéciale d’Intervention Rapide plus connue sous le nom de BSIR, du centre de détention appelé « les locaux » et enfin de la Piscine.

BSIR : c’est l’acronyme de la Brigade Spéciale d’Intervention Rapide. Elle abrite l’actuelle direction de la sécurité publique. La particularité de ce lieu c’est qu’il disposait de cellules de détention dont l’une est toujours sur place. La cellule en question appartenait à la BSIR, le bras armé de la DDS (Direction de la documentation et de la sécurité), qui était la police politique du régime de l’époque. C’était une cellule de transit où l’on entassait les détenus, en attendant leur transfert soit à la prison où ils devaient rester définitivement, soit dans les bureaux de la DDS pour y être interrogés.

Elle était très étroite. En réalité une petite chambre à la forme de « case » sans fenêtres, d’une longueur extérieure de 6 m 70, d’une largeur de 3m 25, avec une hauteur de 2m 85. Elle pouvait contenir entre 50 et 100 personnes dans des conditions épouvantables. Il existe une autre cellule dans la même cours, mais elle a été détruite depuis belle lurette.


Ce lieu en chantier pour l’extension d’une centrale électrique, abritait un bâtiment appelé les « locaux ». Il s’agissait de la principale prison politique du régime de Hisséne Habré qui était l’ancien mess des officiers de l’armée française. Mais entre-temps ce lieu a été transformé en un garage très insalubre. Il y’ avait des cellules gigantesques qui n’avaient pas de fenêtre dont la plus célèbre est « la cellule C » où beaucoup de détenus ont trouvé la mort, pour cause de maladies. On l’appelait « la cellule de la mort » et très peu de gens s’en sont sortis vivants.

Certaines cellules des « locaux » contenaient jusqu’à 100 détenus. A en croire M Olivier BERCAUT, consultant et spécialiste de l’affaire Habré « beaucoup de témoins, qui ont survécu à la torture, ont raconté que certains détenus étaient obligés d’enterrer sur place les camarades morts ».

Les détenus incarcérés dans les « locaux » y étaient transférés directement. Certains venaient de la BSIR, après un passage à la DDS où ils étaient interrogés. « Ils disent qu’ils ne sortaient pas. Il n’y avait pas de fenêtres et l’odeur était nauséabonde. Ils voyaient leurs camarades mourir devant eux », confie M BERCAUT.
La Piscine », autre mouroir. Un mot qui sonne toujours comme un tocsin dans la conscience de nombreux Tchadiens. C’était une ancienne piscine de l’armée coloniale française désaffectée et qui a été transformée en prison, et qui accueillait certaines personnes interrogées par la DDS. Long de 20m, d’une largeur de 08m et une hauteur extérieur d’1,74m, la « piscine » garde toujours les marques qui ont fait sa popularité. Un mur d’un mètre a été rajouté tout autour et un toit. Elle a été ensuite divisée en 10 cellules de 3 mètres carrés avec une hauteur de 2 mètres 10. Construites en pente, les cellules du bout sont sous terre ; ce qui fait qu’en période de chaleur, les cellules devenaient de véritables chaudières et il y était quasiment impossible de survivre.

De l’autre côté de la « Piscine » se trouvait le quartier général de la DDS où les auditions étaient conduites. Les détenus faisaient des allers et retours entre la DDS et la Piscine pour des interrogatoires. Ils étaient en détention provisoire, mais certains pouvaient y rester pendant des mois. Une fois terminé, ils sont ensuite transférés aux « locaux » pour y être emprisonnés la plupart à vie.