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Assane Diop: «Faut jamais demander l’impossible en négociation »

Président du Conseil départemental de Koungheul, ancien Ministre de la Santé, du Travail et de l’Emploi, Assane Diop a été, ce samedi, l’invité du Grand Oral. Actuellement ministre conseiller du Président de la République, il a abordé plusieurs sujets d’actualité notamment les séries de meurtre notées ces derniers temps, l’oisiveté des jeunes, entre autres. Morceaux choisis.

 Quelle lecture faites-vous de la recrudescence des meurtres ?

C’est d’abord un phénomène très désolant de constater que ces derniers jours, il y a eu autant de meurtres dans notre pays. Ce n’est pas notre culture. Ce n’est pas également un fait sénégalais et il faut donc chercher l’explication. Je ne suis pas un psychologue non plus, mais je pense que c’est une question d’environnement et de comportement qui fait qu’il y a un dysfonctionnement psychologique quelque part. Les réactions qui amènent à un meurtre ne sont souvent pas contrôlées. Si on analyse les meurtres qui ont eu lieu, ce ne sont pas des agressions pour voler. C’est des instincts comme ça, dans un moment déterminé, qui arrivent et l’irréparable est produit. Ce n’est pas une question d’insécurité en tant que tel. Par exemple, le meurtre de la dame Mariama Sagna, ce n’est pas une question d’insécurité. C’était, d’après les premiers éléments de l’enquête, une réaction « animale » et l’irréparable s’est produit. C’est pour dire que nous devons nous interroger nous-mêmes en tant que Sénégalais sur ce qui se passe dans notre environnement. Maintenant, sur la sécurité purement dite, je voudrais dire qu’il faut qu’on apprenne à pousser notre comportement citoyen jusqu’à être, nous-mêmes, des gardiens de la paix, des gardiens de la sécurité. J’ai vécu en Suisse et je peux vous dire qu’en Suisse, dès que vous passez devant une fenêtre deux à trois fois, quelqu’un d’en haut appelle la police pour dire que celui-ci n’est pas du quartier et je l’ai vu passer deux à trois fois devant chez moi. Et la police est toute de suite là. Nous aussi nous devons, en tant que citoyens, participer au maintien de la sécurité au niveau national. Cette question elle est là, elle est difficile, mais, je pense que c’est une conjonction d’efforts, une conjonction de comportements qui pourra nous arriver du côté des pouvoirs publics à pouvoir réduire ce qui se passe.

Quelles sont les causes de l’insécurité ?

Je crois que ce serait une explication très facile de dire que l’insécurité est causée par l’oisiveté des jeunes. En réalité, je peux toujours prendre le dernier acte, ce n’était pas une question d’oisiveté des jeunes. C’est des jeunes qui travaillent malgré la modestie de leur emploi. Là c’est trop simpliste comme explication. On pourrait comprendre que des jeunes oisifs pendant trop longtemps puissent être tentés de faire ceci ou cela. S’agissant de l’emploi des jeunes, je crois qu’il faut d’abord analyser la situation. Il se trouve que nous avons une démographie extrêmement forte. Et c’est maintenant que nous avons un taux de croissance qui avoisine le taux démographique. Ce qui veut dire qu’il y a un cumul qu’il faut résorber et ce n’est pas aisé. Il y a le problème de la formation et la plupart des jeunes ont une formation qui n’est pas adaptée à l’emploi. Parce que l’emploi ne se décrète pas comme ça. C’est des fondamentaux économiques qui créent la création d’emploi. Donc, il y a la question de la formation et fort heureusement sous la directive du Chef de l’Etat, aujourd’hui, la formation est en train de prendre une autre allure, que ce soit au niveau du ministère chargé de la Formation professionnelle ou le ministère de l’Enseignement supérieur. On a une autre approche de la formation, ce qui va certainement répondre à beaucoup de questions. Mais, ce n’est pas immédiatement. Ce qu’il faut dire également, c’est la forte concentration sur Dakar. La capitale est fortement concentrée, ce qui fait que c’est là que le chômage est plus visible et les réponses moindres. Parce que nous savons que dans les autres villes, et notamment en milieu rural, les réponses à la création d’emploi sont beaucoup plus diverses et beaucoup plus opportunes. Il suffit de regarder toutes les potentialités qu’il y a au niveau de l’agriculture, de l’élevage, etc., pour se rendre compte que la réponse en milieu rural est plus forte. Il y a également d’autres emplois en milieu rural que les gens ne soupçonnent pas.

Le pacte de stabilité sociale et d’émergence économique, signé par l’Etat du Sénégal et les syndicats en 2016, a-t-il connu un échec ?

Je crois que ce pacte est toujours d’actualité. La première chose c’est que c’est dans le secteur public où il y a une recrudescence de grève, beaucoup moindre dans le secteur privé. Ça ne veut pas dire que dans le secteur il n’y a pas de problème, mais les formes d’organisation syndicale diffèrent, premièrement. Ensuite, la négociation au sein de l’entreprise est différente quand on négocie avec l’Etat. On ne badine pas avec son instrument de travail. Dans le secteur privé, on a une lecture de la revendication pour savoir qu’au-delà de ça, c’est l’entreprise qui est en péril. Donc, c’est son emploi qui est en péril. Ce n’est pas la même chose quand on est en face de l’Etat et qu’on vous dise que l’Etat n’a qu’à prendre ses responsabilités. C’est différent et on a beaucoup plus besoin aujourd’hui de cette stabilité. Parce que le Plan Sénégal Emergent, qui est la base de cet accord, est en train de progresser de manière visible. Donc, on a encore besoin de beaucoup plus de cette stabilité. Avec l’arrivée également du pétrole et du gaz, on a encore beaucoup plus besoin de stabilité pour pouvoir réaliser tous les programmes socio-économiques dont notre pays a besoin pour s’inscrire dans l’émergence. Ce qui veut dire qu’il faut toujours discuter, toujours négocier, toujours avoir une relecture de la notion de la négociation collective, de la notion de négociation au niveau de la revendication dans le secteur public et faire confiance aux institutions pour y arriver. La négociation est au cœur des politiques. Il ne faut jamais demander l’impossible en matière de négociation. Il ne faut aussi jamais refuser le possible en matière de négociation. Ainsi, la paix sociale peut-elle revenir parce qu’on ne veut pas que la machine soit grippée.

Cheikh Moussa SARR

 

 

 

 

 

 

 

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