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«Assane Diouf a été maltraité en prison, sa jambe cassée… »

Les avocats de Cheikh Mbacké Gadiaga et d’Assane ont fait face à la presse, hier, pour dénoncer les difficiles conditions de détention de leurs clients. Mais aussi, le comportement du procureur qui, selon eux, refuse de faire enrôler lesdits dossiers pour jugement.

 Mes Ciré Clédor Ly et El Hadji Diouf ont fait face à la presse, hier. C’est pour parler des affaires Assane Diouf et Cheikh Mbacké Gadiaga. A en croire les robes noires, les deux mis en cause ont tous les deux été inculpés devant le cabinet d’instruction du doyen des juges et renvoyés en police correctionnelle pour jugement depuis très longtemps. « Nous avons demandé en vain au parquet d’instance la mise à notre disposition de leurs dossiers, ainsi que l’autorisation d’en faire des copies à nos frais pour préparer leurs audiences de jugement. Il est inadmissible que le parquet de la République s’oppose toujours à toute demande de mise en liberté et requiert systématiquement des mandats de dépôt, au mépris de la présomption d’innocence, pour ensuite violer délibérément la loi », a dit Me Ciré Clédor Ly. Avant de poursuivre : « les violations récurrentes de l’article 174 du code de procédure pénale caractérisent la détention arbitraire et sont des condamnations avant jugement. Ce qui n’est pas loyal, ce qui n’honore pas dans un Etat de droit ». Par ailleurs, l’avocat a révélé qu’Assane Diouf a été maltraité en prison. « Sa jambe a été fracturée par des gardes pénitentiaires restés à ce jour impunis. Après ses graves blessures, il avait été ignoré 33 jours durant, dans sa souffrance, avant que ne commence son traitement. Il est jeté dans une cellule isolée dans laquelle il frise la folie, sous prétexte de protection de sa personne », a dit l’avocat qui s’interroge : « laisse-t-on pourrir, 33 jours durant, une jambe cassée lorsqu’on est soucieux de la santé et de la sécurité de sa victime ? ». En réponse à cette interrogation, il a informé qu’il a été mandaté par Assane Diouf et sa famille pour qu’il porte devant toute autorité de ce pays ou d’ailleurs, les mauvais traitements, excès et violences injustifiées qui pourraient avoir été commis sur un citoyen.

« Le parquet s’est assis sur la procédure»

Parlant toujours de l’affaire Assane Diouf, Me Ciré Clédor a rappelé qu’il a été arrêté aux Usa sur la base de fausses accusations orchestrées par les représentants de l’Etat du Sénégal parce qu’il tenait, il faut le reconnaître, des propos outranciers et désobligeants à l’endroit du Chef de l’Etat et de plusieurs personnalités du pays. « Son opinion sur la marche des institutions, en tant que citoyen bénéficiant d’un droit de critique, était emmêlée de propos blâmables certes, mais n’autorisant pas le déshonneur d’une nation entière par des accusations de terrorisme manifestement fausses de l’Etat sénégalais à l’endroit d’Assane Diouf. Lorsque la vérité fut découverte, il fut libéré du chef de calomnies de l’Etat du Sénégal, mais retenu pour séjour irrégulier, ce qui lui a valu non pas une extradition, mais un rapatriement simple. Zélés, les services de police de l’Etat lui avaient tendu une embuscade dès sa sortie de l’aéroport Léopold Sédar Senghor et avaient procédé à son arrestation. (…) », a soutenu la robe noire. Pour des faits simples, selon toujours l’avocat, l’instruction a ainsi traîné 5 mois, alors que la procédure de flagrant délit était la plus appropriée puisque Assane Diouf avait assumé ses propos. « Par la suite, depuis le 16 avril 2018, date de renvoi d’Assane Diouf devant la juridiction de jugement, le parquet s’est assis sur la procédure et refuse de le faire comparaître devant un juge, ce qui conforte notre avis et notre analyse selon lesquels le citoyen Assane Diouf a un problème avec un vengeur et non avec la justice. D’ailleurs, je viens d’être informé que ce dernier aurait tenu des propos désobligeant à l’endroit du procureur de la République, propos qui dépasseraient les limites de son droit de critiques des institutions de la République, ainsi que la mesure que requiert une opinion citoyenne », dénonce Me Ciré Clédor Ly.

« Assane Diouf subit présentement une véritable détention arbitraire »

Face à la presse, hier, l’avocat a indiqué que rien ne justifie que le procureur lui inflige une véritable peine et se comporte à lui tout seul comme un tribunal. « Cela est inadmissible dans un Etat de droit. L’opinion publique doit être informée qu’Assane Diouf subit présentement une véritable détention arbitraire, car le comité des droits de l’homme des Nations unies, dans un avis célèbre, a décidé que toute détention au-delà de la durée fixée par la loi nationale, devient arbitraire », a-t-il déclaré. Avant de continuer : « pourtant, renvoyé depuis le 16 avril 2018, Assane Diouf attend depuis près de six mois en prison d’être jugé, et cela à cause de l’arbitraire d’un procureur de la République qui viole allègrement la loi, avec une arrogance bureaucratique qui sape l’Etat de droit. Le procureur général a été alerté, mais ce dernier semble avoir peu ou pas de pouvoir pour obliger son cadet au respect de la loi. Le Ministère de la Justice a aussi été averti. Pareil pour l’inspection générale des Cours et tribunaux. Face à cette inertie des autorités, nous sommes en mesure de penser qu’il y a, comme à l’accoutumée, une immixtion de l’Exécutif qui est l’instigateur de toutes ces violations ». Toutefois, l’avocat estime que l’ordre semble avoir été donné de laisser la défense et la victime s’agiter face à la toute-puissance d’un Etat dictateur. « Aucun pays ne peut se construire lorsque des hommes et des femmes, sous prétexte de le servir, violent impunément la loi. Au lieu de favoriser une émergence, le piétement de la justice précipite plutôt l’immersion d’un Etat, car la justice est et demeure le socle de tous les développements. Elle est le vecteur de la paix dans les nations et dans le monde. Plus qu’un idéal dans lequel on se confine, elle est une aspiration de l’humanité », a encore soutenu l’avocat.

« Cheikh Mbacké Gadiaga subit pareil mauvais traitement »

Par ailleurs, indique toujours la robe noire, le doyen des juges a renvoyé Cheikh Mbacké Gadiaga en police correctionnelle et transmis l’ensemble de la procédure au procureur de la République depuis le 28 juin 2018, pour qu’il soit jugé. Le mandat de dépôt devait expirer et la chambre d’accusation a été saisie d’une procédure d’appel contre son ordonnance de refus de mise en liberté provisoire. Et malgré cela, renseigne la robe noire, le doyen des juges a renvoyé le dossier en jugement, clôturant l’information avant l’arrêt de la chambre d’accusation. « Cheikh Mbacké Gadiaga subit pareil mauvais traitement consécutif à une détention devenue illégale, donc arbitraire. Il a été aussi renvoyé devant la juridiction de jugement depuis le 15 mai 2018, alors que la chambre d’accusation avait été saisie d’un appel portant sur la liberté provisoire », a-t-il. A l’en croire depuis près de six mois, Cheikh Mbacké Gadiaga attend d’être jugé et en tout état de cause, si le tribunal retient le cours magistral de la Cour de justice de la Cedeao administré dans l’affaire Khalifa Ababacar Sall et autres contre l’Etat du Sénégal, l’ordonnance du juge d’instruction intervenue alors que la chambre d’accusation était saisie d’un appel portant sur la liberté provisoire, sera annulée. « Mais, nous restons sans illusions, mais prêt à toute surprise face à une justice qui chavire en pleine dérive », a conclu l’avocat.

Cheikh Moussa SARR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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