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ASSEMBLÉE NATIONALE- Un « ndeump » collectif pour tous les députés

Ils sont 150 députés censés représenter la nation, c’est-à-dire les citoyens sénégalais, veiller à la consolidation de l’État de droit mais surtout au contrôle de l’action de l’Exécutif.

Il n’en est rien. Les députés représentent leurs partis politiques, les intérêts de ces derniers, veillent sur leurs statuts et privilèges s’ils ne boycottent pas tout bonnement des séances techniques ou plénières. Un absentéisme que le président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niass, vient de dénoncer avec véhémence. Car, cela retarde les travaux liés au vote budgétaire et porte un coup de plus à la crédibilité d’une institution dont l’utilité pour la nation laisse à désirer.

Car, faut-il le rappeler, il n’y a presque pas de propositions de loi de la part des députés qui participeraient ainsi activement à la marche de l’État. Et les questions orales se font de plus en plus rares.

Les députés de la majorité comme dans les législateurs des défunts régimes, se font remarquer par un excès de zèle dans la défense du président de la République, ses orientations, sa vision. Ils snobent une opposition qui réagit par des excès en tous genres à la mesure des attaques ou des ripostes subies. Car, les députés dans l’hémicycle se croient sur le terrain politique partisan ou les querelles en tous genres marquent la vie de tous les jours. Au point d’en venir aux mains parfois.

L’Assemblée nationale du Sénégal n’est pas un exemple de représentation parlementaire. Certes, des ministres de la République y sont interpellés sur certaines questions d’intérêt général, les travaux en commissions techniques permettent d’examiner en profondeur le vote des lois. Mais, exceptée la loi sur le Code de la presse, la plupart des projets de loi passent comme lettre à la poste. L’Assemblée nationale donne l’image d’une chambre d’enregistrement ou de légitimation de l’action gouvernementale.

Partant, nombre de ses occupants ne jugent pas nécessaires de participer aux travaux. Pour multiples raisons dont l’une des plus marquantes est qu’ils savent que leur présence ou absence ne changera rien au cours des choses. Ce qui se fera, se fera. Les présidents de la République du Sénégal savent qu’ils peuvent compter sur l’Assemblée nationale y compris pour des entorses graves  à la démocratie comme la loi sur le ticket présidentiel qui avait valu au Sénégal de vivre le 23 juin.

L’autre raison, non moins fondamentale, c’est que nombre de députés sont analphabètes. Ils ne savent pas lire ou écrire dans la langue officielle, ce qui freine leur ardeur à participer aux travaux de commission et en plénière.

Pour qui connait la complexité des textes de loi même pour les intellectuels qui ne sont pas juristes, il n’est pas difficile d’imaginer l’embarras d’un député analphabète face à l’énormité de la tâche. Comment voulez-vous que le taux d’absentéisme ne soit pas fort ? Quand on sait, par ailleurs, qu’ils ne bénéficient pas du concours d’assistants parlementaires dont l’idée de la mise en place avait été agitée il y a longtemps. Ces assistants sont utiles pour les députés inscrits et encore plus pour ceux qui sont analphabètes.

Notre parlement doit son existence à un snobisme institutionnel de la France avec des réalités très différentes.

Pendant qu’en France, les deux chambres (Assemblée et Sénat) pourvoient au contrôlent de l’action gouvernementale, le Parlement sénégalais apparait comme un démembrement de l’Exécutif.

Il est pourtant tout aussi coûteux avec son nombre pléthorique de députés, le coût mensuel de chacun d’eux et les charges très onéreuses du Président, des Vice-présidents, des présidents de groupes parlementaires, etc. Tout cela pour applaudir ou se chamailler.

Car, malheureusement, avec notre système présidentiel fort que d’aucuns qualifient de présidentialiste né de la crise de 1962, il n’y a qu’un pouvoir au Sénégal. C’est l’Exécutif, incarné par le président de la République. Qu’importe ce que dit la Constitution.

Les seules instruments de contrôle de l’action gouvernementale sont les syndicats, les mouvements de la Société civile, les familles maraboutiques, le Clergé catholique, les partis politiques, la presse, etc. Heureusement, ils  agissent comme de véritables contre-pouvoirs. C’est le socle sur lequel repose notre démocratie. Et malheureusement, dans le schéma actuel, l’Assemblée nationale est absente parce que thuriféraire du prince.

Faudrait-il alors s’attaquer au mode de d’investiture des listes pour les députés ? Faudrait-il seulement opter pour des députés d’un certain niveau intellectuel ? Faudrait-il limiter le nombre de députés ? Les assistants parlementaires sont-ils nécessaires à la bonne marche des choses ? Faudrait-il permettre à la Société civile de déposer des listes ? Faudrait-il revoir le règlement intérieur de nature à rendre plus facile la mise en place de groupes parlementaires ? Faudrait-il protéger les députés du diktat des partis politiques lors des investitures et une fois élus ? Le retour du Sénat est-il nécessaire ?

Tout un questionnement qui appelle à une réflexion de fond pour une Assemblée nationale digne de ce nom. Car, tout le monde s’accorde aujourd’hui sur le fait que les choses ne peuvent plus continuer à fonctionner de la sorte.

L’Assemblée nationale a manifestement besoin d’un « ndeump » (séance d’exorcisme) collectif pour le bien de tous : les députés et les citoyens.

Abdoulaye Diop

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