CHEZ SERIGNE CHEIKH SALIOU : Avocats, fonctionnaires font la cuisine
Chez Serigne Saliou Mbacké, il n'y a pas de diffé­rence entre un cadre et un simple fonctionnaire, un guéwel (casté) ou un gër (noble). Tous sont égaux lorsqu'il est question d'hospitalité. Il est ll h. À l'entrée de la porte de derrière, celle qui fait face à la villa qui abrite le mythique puits de Haynou rahmati, de jeunes gens vous accueillent et vous invitent à vous présenter. Chose faite. Et nous voilà à l'intérieur de la cuisine où la fumée est aussi envahissante et repoussante que le monde qui s'y trouve. Normal puisqu'il s'agit d'une cuisine faite au feu de bois. Mais un petit moment d'observa­tion nous permet d'avoir la carto­graphie du waan (cuisine). À droite,

se trouve un troupeau de boeufs broutant tranquillement l'herbe en attendant de passer à la boucherie. Quelques pas de plus vers le milieu, il y a deux gros cha­meaux attachés autour d'un arbre, Tout à fait à gauche et tout au long de la maison, on compte plus d'une centaine de mbaana (gros­ses marmites) sur le feu et des fem­mes et jeunes filles s'y activent. Leur habillement laisse entrevoir qu'elles viennent de localités diffé­rentes. Chaque groupe de dix à vingt porte un complet de la même couleur. Le vert pour le dahira de Mbour; le mauve pour celui d'An hiskiyali minal dalali de Mbodjène dans la communauté rurale de Noto, le rouge pour le dahira Keur Serigne Cheikh de Darou Khoudoss. Enfin et face à elles, les superviseurs de la cuisine qui dis­tribuent les ndawal (la viande) aux cuisinières qui n'ont pas encore trouvé d'espace pour leurs marmi­tes. S'y ajoutent les va-et-vient des hommes dont certains sont char­gés de puiser l'eau dans les citernes avec des bassines sur la tête et les autres de servir de petits pots de thiakry. En attendant le festin dont la taille dépasse, de l'avis d'un des responsables de la cuisine, toute imagination. « Touba, c'est citez Serigne Saliou», se suffit-t-il à dire. Et d'ajouter «Je le dis, car c'est dans cette cour qu'il y a tous les miracles vécus par Serigne. Touba, et ce que Dieu a donné à Serigne Saliou, il ne l'a donné a personne au monde. C'est la paix, chez nous.» Pour Mactar Mbaye, tout ce qui a de meilleur à Touba se trouve chez le défunt khalife. Du berndé en passant par l'accueil jusqu'à l'ambiance spirituelle des récitals de Coran et des xassaïda, tout y est.

«Vous pouvez constater de vous­-même qu'il est quasi impossible de savoir qui est qui. L'âge, le sexe, l'ethnie et le statut social sont diffi­cilement identifiables. Pourtant, parmi ces centaines de personnes qui assurent la bonne marche de cette cuisine à chaque grand Magal depuis des années, il y a des magis­trats, des avocats; des entrepre­neurs, des directeurs de sociétés, des hommes d'affaires, des émigrés, des médecins, des fonctionnaires, etc. Mais aujourd'hui (Ndlr : jour du Magal), nous sommes tous des gué­wel et des boucliers de Serigne Touba, Serigne Cheikh Saliou», se réjouit Mactar Mbaye, entrepre­neur de son état. Et si les talibés de Serigne Saliou sont aussi motivés et rompus à la tâche, c'est parce que, indique notre interlocuteur, «soxnà et fils du marabout sont les premiers à se mettre au travail». Mieux, «il n'y a aucune différence entre talibés et Mbacké Mbacké chez Serigne Saliou.»

S'agissant du festin, Serigne Mactar fait savoir qu'il y a autant de mets qu'il y a de viande. «Le plus petit-boeuf immolé pour l'occasion pèse 457 kilos. Et nous en avons abattu de plus gros pour plus de 200 marmites. La nourriture est à volonté, c'est-à-dire que chacun a le choix de manger ce qu'il veut. Il y a de ceebu yapp, soupe kandj, domoda, touffé, etc.», renseigne Mactar Mbaye. Ce que nos parents gambiens ont trouvé assez impres­sionnant

Rédigé par groupe assirou assirou le Samedi 6 Février 2010 à 19:29 | Commentaires (0)