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ATTRAITS À LA BARRE POUR LE DÉLIT DE MENDICITÉ Les handicapés relaxés au bénéfice du doute

 

Les handicapés ont comparu, hier, à la barre du Tribunal départemental de Dakar pour le délit de mendicité. Devant le juge, les mis en cause ont déclaré qu’ils n’étaient pas en train de mendier au moment de leur arrestation mais, ils se partageaient leur argent. En rendant sa décision, le tribunal les a tous relaxés au bénéfice du doute.

L’interdiction de la mendicité sur la voie publique est en train de faire ses premières victimes. En effet, des handicapés qui s’adonnaient à la mendicité ont été arrêtés puis présentés au juge. C’est dans ce cadre que leurs camarades ont pris d’assaut, hier, le Palais de justice de Dakar pour venir les soutenir. Présentés au juge du Tribunal départemental de Dakar, les mis en cause, Khoudia Lèye, Sokhea Kébé, Awa Seck, Awa Fall, Coura Ndiaye, Mamadou Sy et Amy Gningue, ont tous reconnu les faits. Mais, disent-ils, ce jour-là, ils étaient en train de se partager leur argent au moment de leur arrestation.

Invité à faire ses réquisitions dans cette affaire, le maître des poursuites a tenu à rappeler aux mis en cause que la mendicité est réprimée par la loi. Sur ce, le procureur a requis le renvoi des fins de la poursuite pour Mamadou Sy et Khoudia Lèye. Quant aux autres, il a requis 10 jours de prison assortis du sursis. Pour sa part, Me Mbaye Jacques Ndiaye, un des avocats des prévenus a exprimé toute sa désolation de voir des handicapés attraits à la barre. « Je n’aurai jamais imaginé qu’un État pouvait être aussi discriminatoire face aux personnes handicapées. C’est la raison pour laquelle, j’exprime toute ma désolation, toute mon amertume contre les poursuites fondées sur une loi obsolète contraire aux conventions internationales ratifiées par le Sénégal », peste Me Ndiaye.

« C’est bien l’État du Sénégal qui a violé la loi »

Devant le prétoire, la robe noire a soutenu qu’il n’a toujours pas compris les raisons qui ont conduit le parquet à placer sous mandat de dépôt ces personnes. Selon lui, ce sont des nécessiteux, ils ont faim tous les jours et cette loi qui interdit la mendicité est une loi coloniale. « Ces personnes font partie de la société. S’il y a quelqu’un qui a bien violé la loi, c’est bien l’État du Sénégal. Personne n’aimerait être dans la rue en train de mendier. La mendicité, c’est l’ultime  recours d’une personne digne qui ne veut pas voler, se prostituer ou vendre de la drogue. De Senghor à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, aucun chef d’État ne s’est jamais soucié des handicapés », dénonce Me Mbaye Jacques Ndiaye.

S’adressant au tribunal, la robe noire estime que nous sommes les coupables parce que nous donnons tous de l’aumône. « Il faut les aider, humainement. La Bible et le Coran n’ont jamais interdit à donner de l’aumône à ces personnes. Il faut que l’hypocrisie sociale cesse », peste-t-il. Son confrère de la défense, Me Ibrahima Mbengue, a abondé dans le même sens arguant que la société est très cruelle. « Ils n’ont pas demandé à être des mendiants. La mendicité est un délit d’habitude. Ce n’est pas parce qu’on a eu à recevoir de l’aumône qu’on est mendiant », a-t-il dit, avant de plaider pour le renvoi des fins de la poursuite. En rendant sa décision, le président du tribunal a relaxé les prévenus au bénéfice du doute.

Cheikh Moussa SARR

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