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Au royaume de la séduction, le baol se déchaîne : Les petits pagnes, objets pires que la drogue

Le Baol est en passe de devenir une véritable fabrique de petits pagnes. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour au marché Ocass de Touba, ou bien arpenter les rues du marché Ndoumbé Diop de Diourbel chaque jeudi, jour de marché hebdomadaire. Ils disparaissent des étals comme de petits pains en temps de grève des meuniers. Des marchands comme Cheikh Ndiaye, venu de Ziguinchor, viennent s’approvisionner régulièrement à Diourbel.

Source : Le Quotidien (Cahiers Vacances)
«Chaque semaine, je viens acheter ces petits pagnes que je revends chez moi. La demande est supérieure à l’offre.» Il en est de même pour son collègue, Ibou Ndiaye qui, lui, habite Kaolack. Mais il n’y a pas que les Sénégalaises qui sont intéressés par ce commerce lucratif. Des Maliennes et des Gambiennes, entre autres, sont, également, de la partie.

Mame Sèye Ndiaye est une vendeuse expérimentée en la matière. «Je me suis spécialisée dans la vente de ces bouts de tissus parce que c’est devenu notre métier. Les pagnes drainent beaucoup d’effets bénéfiques. Par exemple, ils permettent de retenir le mari, mais aussi, et surtout de le séduire la nuit, en le faisant répondre oui à toutes les sollicitations.»

Polygame à trois épouses, Gaoussou Diaw confirme. «Durant les moments où votre femme met ces pagnes, tout ce qu’elle désire, vous le faites sans broncher. Même si elle vous demande de décrocher la lune, vous essayerez de le faire. Mais, ces petits pagnes sont pires que la drogue.»

Depuis vingt ans qu’elle pratique ce métier, Mame Sèye dit en être satisfaite, car les avantages qu’elle en tire sont nets. En fait, elle s’approvisionne de deux manières : elle est une revendeuse qui acquiert sa marchandise à Touba, et elle rémunère des jeunes filles qui confectionnent les petits pagnes pour elle.

Plusieurs variétés de pagnes affolent les hommes. Les plus prisés d’entre eux sont : balamaïssa, leumbeul Ndar, Fatou Laobé et Dokh Dadjé. Au marché Ndoumbé Diop, ces effets intimes s’échangent entre 750 et 1 000 francs Cfa l’unité. Par contre, au marché Ocass de Touba, ils sont moins chers et s’échangent entre 500 et 750 francs Cfa. De l’avis de Mame Diarra Seck, une ménagère habitant Ndame à Touba, ces pagnes ont fini de «supplanter les nuisettes et autres robes de nuit, car ils sont plus adaptés au contexte et à nos réalités culturelles et sociologiques». D’ailleurs, poursuit-elle, c’est cela qui explique la forte propension des femmes à en acquérir des dizaines d’unités.

Pour le fun et pour l’harmonie, certaines n’hésitent pas à opérer un mariage de couleurs. «Je me débrouille à faire de telle sorte que, chaque vêtement ait son petit pagne de la même couleur», avoue Adèle Thiam, une consommatrice invétérée de ces petits objets. Jusqu’à une période récente, seules les femmes analphabètes et autres ménagères achetaient ces petits pagnes. Aujourd’hui, on remarque de plus en plus, la présence massive de «cadres» qui en raffolent et ne s’en cachent pas. Ndèye Diouf (Ndlr : nom d’emprunt), professeur de Lettres modernes, est de celles-là. «Mais, que voulez-vous ? Nous sommes des membres à part entière de la société sénégalaise et à ce titre, nous faisons tout ce que nos sœurs font pour plaire à leurs maris.»

Ce qu’on remarque de plus en plus, c’est le fait que, lors des cérémonies de mariages, beaucoup de femmes donnent comme cadeau à la nouvelle mariée, des petits pagnes. Sur cette petite révolution, Ndèye Garmi Ndiaye du quartier Wakhaldiam de Bambey a sa petite explication. Pédagogique. «C’est une façon de lui montrer le chemin et de lui dire comment elle doit se comporter dans son ménage.» Du côté des hommes, partenaires naturels des femmes, le langage est le même. Ils apprécient tous, bien évidemment ! Gaoussou Diaw, fin connaisseur de la chose, confie, tout en extase : «Les petits pagnes, je ne vois pas leurs semblables dans tout ce que la femme fait pour retenir son mari et lui faire plaisir. Ces pagnes contribuent au resserrement des liens et donnent plus envie à l’homme d’être aux cotés de ses femmes. Grâce à leur présence dans l’intimité du couple, on ne voit même pas passer le temps. Ce sont des moments forts d’érotisme.»

Si la drogue est nocive, le petit pagne n’a que des effets bénéfiques. Durant ces périodes de coupures intempestives d’électricité, les Diourbelloises ont inventé la solution pour s’éclairer : des petits pagnes satinés qui ont l’avantage d’illuminer la chambre en leur donnant plus d’attrait et de visibilité. Du coup, ils permettent de suppléer aux lampes veilleuses qui ne fonctionnent plus avec la rareté de l’électricité.

Mais le phénomène a ses adversaires, et ils sont nombreux. Hommes et femmes, ils estiment que leur exposition et leur vente libre dans les marchés sont une autre façon d’initier les jeunes filles au dévergondage. Une position balayée, cependant, par beaucoup de femmes vendeuses pour qui leur clientèle n’est composée que d’adultes.

Quoi qu’il en soit, dans la région de Diourbel, la tradition voudrait que les femmes portent ces petits pagnes même s’ils ne sont plus ce qu’ils étaient d’antan. Peut-être qu’avec les innovations introduites dans la confection des serou ndiarème (pagnes de Diourbel), le taux de divorce dans le Baol, qui fait parti des plus élevés du Sénégal, chutera de façon considérable.

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