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Au Sénégal, des aveugles travaillent dur pour ne pas mendier

Mbaye Ndong n’a pas été payé depuis cinq mois mais il préfère rester à la Coopérative des aveugles diplômés de Thiaroye (banlieue est de Dakar) qu’il a créée avec d’autres, plutôt que d’aller mendier comme la plupart des handicapés au Sénégal. « Travailler ici, c’est plus digne », dit M. Ndong, un des non-voyants ayant lancé cette coopérative en 2000 dans la grosse cité populaire de Thiaroye.

Ils ont installé leur équipement minimaliste pour brosserie et tissage dans un entrepôt situé à environ une heure de route du centre-ville, après un trajet ponctué d’embouteillages, de nids-de-poule et de grandes flaques d’eau.

D’ici, sortent des balais, serpillières, torchons et tapis de prière « fabriqués par les aveugles pour une aide qui aide à se passer de l’aide », indique une petite pancarte à moitié poussiéreuse, posée dans un coin.

« Quand ça allait, certains d’entre nous pouvaient faire jusqu’à 25 serpillières par jour », explique à l’AFP Abdoulaye Fall, lunettes noires, chef de l’atelier tissage, démêlant une botte de fils de coton pour faire des bobines.

« Maintenant, les choses sont compliquées. On n’est pas payés. C’est très difficile », ajoute M. Fall, caché par un grand métier à tisser manipulé par un autre artisan qui fait « clic, clac » avec ses pédales en bois.

« On travaille, mais on ne s’en sort pas », renchérit Amadou Sow Ndoye, chef de l’atelier brosserie, repérant au toucher une lame acérée avant d’égaliser les touffes d’une brosse.

La coopérative propose par exemple un « balai coco » à 1.200 FCFA (1,8 euro) et vend une serpillière entre 600 et 800 FCFA (0,9 et 1,2 euro). Des sommes « modiques », vu la qualité des produits, qui peinent pourtant à trouver acheteurs à cause de problèmes d’accessibilité géographique et de la concurrence des produits importés, notamment de Chine.

Mévente égale moins de recettes, moins d’argent pour les matières premières et pour les salaires, expliquent les artisans aveugles qui avaient déjà organisé sit-in et grève de la faim en janvier 2006 pour attirer l’attention sur leur situation précaire.

Selon Mbaye Ndong, même quand le salaire moyen de 40.000 FCFA (61 euros) leur était versé, il n’était pas suffisant pour la vingtaine d’employés de la PME, née sur les flancs de la coopérative afin de leur faciliter les démarches administratives.

Anta Thiam, une non-voyante, confirme: certains de ses collègues ont abandonné les neuf à dix heures quotidiennes de travail à l’entrepôt pour répondre aux sirènes de la mendicité.

« Ici, les +garçons+ ont des femmes, le salaire ne suffit pas. Il y en a qui sont allés faire comme les autres +gars+ (mendiants) parce que les besoins ne sont pas +réglés+ », affirme-t-elle, le visage animé de tics nerveux.

« Quand je vois un employé (aveugle) mendiant dans les rues, ça m’énerve. Puis je me dis qu’il doit bien vivre », déclare Mamadou Moustapha Touré, doté, lui, de la vue. Il est commercial et responsable administratif de la PME appelée « Société artisanale Alioune Ngom », du nom d’un des aveugles décédé.

Est-ce un échec ? L’idée n’effleure pas M. Touré, bénévole auprès des aveugles depuis quatre ans. « Même si pour l’instant rien de marche », ceux qui persévèrent au sein de la coopérative « méritent d’être félicités, encouragés. »

« S’il y a échec, c’est l’Etat qui a échoué dans sa politique sociale. Un aveugle qui dit: +je ne veux plus tendre la main, je veux travailler et gagner ma vie à la sueur de mon front+, l’Etat devait en premier essayer de les soutenir », estime-t-il.

Abdoulaye Fall, lui, a une proposition. « Si chaque ministère fait une petite commande chez nous, nous n’aurons pas de problème. »


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