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Autosuffisance en lait, viande, aliment de bétail : le Ferlo et le Bassin arachidier traînent les pieds

Pour sécuriser l’élevage traditionnel dans le Ferlo et pour le moderniser dans le bassin arachide, le gouvernement a mis en œuvre la deuxième phase du Projet d’appui à l’Elevage ( Papel II ). Après six ans d’activités, les acquis du Projet qui prend fin en décembre 2007, sont encore loin d’atteindre les deux principaux objectifs assignés au projet. Même si les différents acteurs des filières animales de deux zones d’intervention du Papel sont quasi unanimes sur la pertinence de ses orientations stratégiques et les réalisations effectuées au profit des populations.

Soure : Le Quotidien
« Les pouvoirs publics, les programmes et projets offrent des opportunités, accompagnent et renforcent les capacités des professionnels de l’élevage et leurs organisations. Il leur appartient de les saisir ces opportunités et de les exploiter à leur profit », avertit Dr Moustapha Diaw, le directeur du Projet d’appui à l’élevage (Papel) qui répondait aux nombreuses questions soulevées par les journalistes, les éleveurs, des vétérinaires au cours d’un point de presse tenu vendredi dernier au Centre de Recherches Zootechniques (Crz) de Dahra Djolof. Il ne veut point entretenir l’illusion d’avoir définitivement résolu l’équation de la sécurité alimentaire en produits d’origine animale, mais souligne avec force que des efforts colossaux ont été consentis par le Papel pour « améliorer, moderniser et sécuriser les activités agropastorales dans le Bassin arachidier et la Zone sylvo pastorale ». Il s’agit notamment de la réalisation de sept forages équipés dans les unités pastorales, du Centre national d’amélioration génétique (Cnag) de Dahra Djolof et du renforcement des capacités des éleveurs et leurs organisations. En sus, le projet a injecté plus de 2,5 milliards de crédit par le biais de mécanismes de financement adaptés et de proximité pour l’intensification, la modernisation et la commercialisation ou l’accès aux intrants par les pasteurs à travers la Caisse nationale de crédit agricole (Cncas) et le Projet de modernisation et d’intensification agricole (Pmia) ou les institutions financières décentralisées.

Des problèmes récurrents

A Younouféré, village situé à 67 kms du département de Ranérou (région de Matam), Mme Souadou Aïdara, présidente du Groupement des femmes, interpellé sur le papel dans la zone estimera que « le Projet a réalisé des infrastructures et des équipements hydrauliques pour nos activités de production et les femmes ne font plus des kilomètres à la recherche de l’eau grâce aux antennes de 7 km raccordées aux châteaux d’eau construits autour des forages dans les Unités Pastorales ». Toutefois, elle a déploré les lenteurs et les lourdeurs des procédures administratives de sélection et de financement des projets de la CNCAS. Entre autres contraintes récurrentes, l’absence de magasins de stockage et de vente de concentré d’aliment de bétail, la dégradation persistante des pâturages naturels et les réticences aux innovations technologiques ou à la vente volumétrique dans certains villages comme Dodji, Adj Bali… figurent en bonne place. Ajouté à cela les feux de brousse qui dévastent en moyenne 100.000 hectares de biomasse dans le Ferlo chaque année ; ce qui correspond à des pertes évaluées à 1,5 milliards F Cfa, les difficultés de communication dues à l‘impraticabilité des pistes, l’absence de réseau téléphonique et électrique dans la majorité des villages sans noter l’accès quasi nul aux structures sanitaires et vétérinaires et aux soins, …la coupe déborde. Dans cette localité d’élevage par excellence, les pasteurs ont vivement décrié la privatisation aussi bien des soins et des produits vétérinaires que celle des semences pour l’insémination artificielle. Une situation qui rend leur accès très difficile, surtout pour les petits producteurs. Ce que reconnaît tacitement Dr Mame Balla Sow, directeur du Cnag qui a tenté d’expliquer cette situation par le coût élevé des intrants pour produire les semences. A l’en croire, « le problème majeur du Centre demeure la disponibilité de l’azote liquide qui coûte 12000Fcfa le litre pour des besoins hebdomadaires estimés à 120 litres ». C’est pourquoi, « même si nous plaidons pour la démocratisation de l’insémination à travers des prestataires privés, nous éprouvons d’énormes difficultés pour conserver nos semences en attendant qu’un liquéfacteur d’azote soit acquis en 2008 pour produire de la semence de qualité qui répond aux normes européennes », a t-il poursuivi.

Le Papel relativise et propose des pistes

Le Centre national d’amélioration génétique (Cnag) a misé sur la qualité des semences comme en témoignent les produits obtenus, qui ont une capacité de production de lait de 10 à 15 litres par jour et les sujets pour la viande peuvent atteindre plus de 700kg en un temps réduit ». De l’avis du directeur du Projet, « le Papel crée des opportunités et les éleveurs doivent prendre leurs responsabilités et ne pas tout attendre de l’Etat ». Autement dit « ce sont ces acquis qu’il convient de capitaliser ». Pour conforter son argumentaire sur le faible niveau de la production laitière nationale , Moustapha Diaw soutiendra que « à l’instar du Maroc qui a résolu le problème de sa consommation laitière en moins de 30 ans grâce à la mise en place d’un plan laitier, l’équation de la facture laitière n’est pas insoluble ». C’est pourquoi, il plaidera pour « davantage d’investissements massifs sur une période plus longue pour parvenir à des résultats plus satisfaisants en oeuvrant très vite pour atteindre les 15000 vaches laitières, recouvrir les 4500 km de pare-feux de latérites pour en faire des pistes de production si l’on sait que les feux de brousse sont la plus grande du Ferlo et adopter une approche systèmique de la gestion de la transhumance ». La disponibilité de l’aliment de bétail est possible par la mise en place de dépôts décentralisés et de centrales d’achats par les éleveurs pour contrer les commerçants spéculateurs mais aussi en valorisant les fourrages pauvres et en adoptant les semences fourragères. Il en est de même de la production de semences améliorées tant pour les races animales que pour les ressources fourragères par le partenariat public-privé, des équipements pour la collecte et la conservation du lait et sa transformation en ce sens que le lait, il faut le manger pour contre sa valeur ». Aussi, tous les acteurs du sous-secteur doivent unir leurs forces pour que la souveraineté alimentaire ne soit pas un rêve. Pour parachever les jalons posés, les populations rurales et urbaines du Ferlo ont demandé une troisième phase du Papel ». Peut-être que toutes ces questions seront au menu du conseil interministériel sur les intrants agricoles qui se tiendra demain mardi.


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