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AVEC 57,02% DU CAPITAL DE LA SAR L’Etat cherche repreneur

Des possibilités de « reprise » de la Société africaine de raffinage (Sar). C’est entre autres sujets de discussions que le Chef de l’Etat sénégalais a eues avec Youssou Bin Amar, Ancien ministre du Pétrole et président directeur général de la Société pétrolière d’Abu Dhabi et une délégation du Groupe Thami Emirates, lors de son récent voyage aux Emirats, tel que nous l’apprend le communiqué du conseil des ministres du vendredi 21 avril dernier. Désormais actionnaire majoritaire de la Sar, l’Etat reprend ainsi les choses en main, dans un contexte de crise énergétique sans précédent alors que la raffinerie aurait repris son activité industrielle. LIENS RECOMMANDES

Une recapitalisation de la Sar. C’est vers ce scénario, incontournable d’ailleurs, qu’on semble aller avec une nouvelle configuration du capital de ladite entreprise. Une nouvelle configuration déjà entamée d’ailleurs depuis bientôt plus d’un mois, puisque la part de Petrosen (représentant l’Etat au conseil d’administration) s’est renforcée à 57,02% rendant désormais l’Etat sénégalais actionnaire majoritaire de la Sar alors que jusque-là, c’est le groupe Total qui détenait les 54% du capital. Comme il en avait manifesté l’intention depuis un bon moment, l’Etat sénégalais concrétise ainsi sa détermination de reprendre les choses en main en renforçant, dans un premier temps, sa participation au capital de la Sar de 10% à 33,6%. Aussi, comme nous le soulignions dans des éditions précédentes, l’Etat n’a pas vocation encore moins les moyens de gérer une raffinerie, et qu’une chose est de reprendre les clés en main, en reprenant la majorité des parts, une autre est de procéder aux investissements nécessaires à une activité de raffinage rentable économiquement. L’idée est donc de se tourner vers des investisseurs privés potentiels et de leur ouvrir le capital. C’est la stratégie à laquelle semble ainsi opter l’Etat sénégalais dans un contexte où la raffinerie qui ne raffinait d’ailleurs plus une seule goutte de brut depuis un an (l’arrêt de l’activité industrielle de la Sar date du 20 avril 2006), et qui n’aurait repris son activité industrielle que depuis un mois, a grandement besoin d’argent frais. Cet arrêt de l’activité industrielle de la Sar comportait d’ailleurs un risque élevé de dégradation de ses unités de production déjà vétustes et que les actionnaires jusque-là majoritaires et en premier le groupe Total qui se retrouve désormais avec 34% du capital (Shell et Mobil étant désormais out), étaient tenus de moderniser.

Cette même Total, il y a quelque temps, était clouée au pilori par les cadres de la Sar à travers un communiqué dans lequel ils imputaient à la multinationale française la situation de l’entreprise, dénonçant au passage les velleités de Total de « s’acharner contre le raffinage au Sénégal », avec le « dessein d’offrir des débouchés aux excédents de produits finis issus de ses autres raffineries « , mais aussi d’ » écarter tous les opérateurs sénégalais du secteur et ainsi empêcher l’émergence de toute concurrence locale, compromettre l’indépendance énergétique du pays et installer une menace permanente dans l’approvisionnement en produits pétroliers « .

Sous ce rapport, il faut rappeler que depuis l’arrêt des installations le 20 avril 2006, tous les schémas de sortie de crise proposés étaient conditionnés par des engagements de l’Etat du Sénégal. Malgré toutes les dispositions mises en place depuis septembre 2006 pour assurer un redémarrage, l’attitude de Total telle que dénoncée alors par les cadres de la Sar, en dit long sur son manque de volonté de sortir le pays de la crise. La « non participation aux récents appels d’offres alors qu’en temps normal il était le plus grand adjudicataire, le refus de participer à un appel d’offres de « processing », projet validé par lui-même et approuvé par le Conseil d’Administration de la Sar du 15/12/06″, selon les cadres de la Sar, « le veto manifeste qu’il cherchait délibérément à opposer à l’adjudication de cet appel d’offres de « processing » (façonnage), sans alternative, le refus de voir ses créances rééchelonnées au même titre que les autres partenaires commerciaux, rééchelonnement stipulé dans le business plan approuvé en Conseil d’Administration, la pression inhabituelle exercée récemment sur la Sar pour recouvrer toutes ses créances ».

Il est vrai que pour sa part, l’Etat a consenti des efforts dans le sens des exigences de Total notamment la révision longtemps réclamée par celle-ci et le Groupement professionnel de l’industrie du pétrole du Sénégal (Gpp), de la révision de la structure des prix. C’est ainsi que l’Etat y a accédé en substituant la référence Cif Nwe au Fob Med, condition sine qua non selon les majors pour assurer l’équilibre de l’entreprise, la sécurité de l’approvisionnement du pays et la création de conditions de modernisation de l’outil de raffinage. En même temps, on assiste au monopole quasi exclusif de la Sar dans l’importation malgré l’octroi par la suite de licences à d’autres opérateurs, la faiblesse des niveaux d’installation des stockages et les difficultés d’accès aux installations des stockages pour les nouveaux intrants en dépit de la loi qui réglemente le secteur. Il faut signaler tout de même sur ce dernier aspect, qu’à travers cette loi, les conditions exigées ont toujours été jugées prohibitives pour les opérateurs indépendants.

Aussi, devant toutes ces difficultés, l’Etat fait bien de prendre enfin ses responsabilités en reprenant les choses en main au niveau de la Sar. Mais il s’agit d’abord pour lui et dans l’immédiat, de trouver les moyens de garantir la fourniture correcte de l’énergie dont la population sénégalaise n’a que trop lourdement payé le prix de l’instabilité. En parlant de prix, celui de la restructuration de la Sar passera certainement par le règlement de sa dette envers les fournisseurs et les banques et qui s’élèverait à près de 100 milliards de FCfa. Un repreneur aux reins solides serait donc forcément le bienvenu. C’est de la responsabilité de l’Etat de le trouver.


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