Accueil / ACTUALITES / Awa Diop : «La Génération du concret s’arrête aux chantiers de Karim Wade»

Awa Diop : «La Génération du concret s’arrête aux chantiers de Karim Wade»

Dans cet entretien, la présidente nationale des femmes du Pds, alias la Lionne de Rufisque donne sa lecture de la refondation du Pds. Elle se prononce sur l’actualité politique interne du Pds. De Me Abdoulaye Wade et de son fils Karim Wade qui est à la tête de la Génération du concret. Elle parle aussi d’Aïda Mbodj avec qui elle entretient depuis quelque temps des relations heurtées.

Source : L’Observateur
Après les Pro-Idy, les Pro-Macky, maintenant on parle de Pro-Karim avec la Génération du concret, certains pensent que la refondation vise à mettre Karim Wade sur orbite ?

Tout le monde a vu là où les Pro-Idy ont terminé. Ceux qui veulent créer des choses de ce genre, j’ai peur qu’ils ne finissent de la même manière. Je pense que les gens doivent faire attention. Wade a créé son parti depuis 1974. S’il y a des gens qui veulent créer des structures parallèles dans le parti, ils se casseront les dents. Il faut faire très attention avec Wade. Moi je suis un Pro-Wade. A par lui je ne suis pro personne. Je ne gère pas la Génération du concret. Je pense que ce sont les gens qui ont amené la Génération du concret sur un autre terrain. La Génération du concret, je pense que ça s’arrête aux chantiers de Karim Wade. Mais les Sénégalais aiment les mouvements de soutien. Ceux pour qui ils créent ces mouvements de soutien doivent savoir raison garder. Ce n’est pas joli de parler de succession d’un homme qui est encore là. Si les gens attendent la mort de Wade, ils ne perdent rien pour attendre. Wade est encore là et il sera là pour longtemps s’il plaît à Dieu.



Et la Génération du concret ?


Je ne peux pas dire beaucoup de choses là-dessus. Je gère un parti. Je gère des instances. Mais les Pro quelqu’un ou la Génération du concret, je ne gère pas ces choses là. Ca n’a pas d’importance pour moi. Il y a certaines choses, je ne veux même pas en entendre parler. Parce que cela me retarde.

Donc la Génération du concret, ça vous retarde ?

Non ce n’est pas parce que ça me retarde, mais j’ai mon parti. La Génération du concret, cela veut dire qu’ils font un travail concret dans le cadre de l’Oci. Ca s’arrête là. Je pense que c’est à ce niveau que Karim Wade limite la Génération du concret. Karim Wade, je l’ai connu quand il était encore jeune. Il est poli, discipliné et très respectueux, tout ce qui peut créer du désordre et de l’indiscipline, il ne le fera pas.

Revenons au nouveau gouvernement, Abdoulaye Wade avait annoncé qu’il allait nommer une femme comme Premier ministre mais à l’arrivée, on a pu constater qu’après Macky Sall, il a nommé Hajibou Soumaré. Est-ce à dire qu’au niveau du Pds, il n’y a pas de femme capable de briguer ce poste ? Il y a beaucoup de femmes cadres au sein du Pds. Des femmes compétentes et disciplinées. Car Me Wade n’a au sein de son parti que des hommes et des femmes disciplinés. La discipline est de rigueur au Pds. Car même si vous prenez mon cas, je n’ai jamais aimé les médias et je ne m’exprime pas souvent dans les radios, ni avec la presse en général. Parce que Me Wade ne m’a pas éduquée comme cela. Il m’a éduquée dans la discipline à la suite de mes parents. Il me recommande souvent de faire attention. Ce terme englobe beaucoup de choses car l’être humain doit être discipliné et posé pour laisser à la postérité une bonne image. Je me méfie de beaucoup de choses. Un Premier ministre femme, c’était le souhait de Me Wade. Mais nous avons au sein de notre parti des femmes intellectuelles qui peuvent occuper n’importe quel poste. La responsabilité, c’est un don de Dieu. Comme on le dit souvent, l’homme propose mais Dieu dispose. La consécration d’un homme à un poste relève de la volonté divine. Un Premier ministre femme était le vœu de Me Wade, raison pour laquelle, il a nommé 11 ministres femmes dans le nouveau gouvernement. Mais encore une fois, cela n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de travailler pour le Sénégal. L’intérêt du pays doit prévaloir sur tout.

Depuis quelque temps, on parle de refondation du Pds, qu’est-ce que vous pensez de cela ?

A mon avis les gens n’ont pas la même compréhension que le président Wade sur la refondation. Parce qu’un parti, il faut le renouveler. Il faut de temps en temps changer les instances. Il y a des gens qui ont du mérite dans le parti, qui sont là depuis toujours. D’autres qui sont venus après, ont aussi fait des choses. Il faut qu’on renouvelle et qu’on choisisse ceux qui devaient diriger. Il ne faut pas que les gens comprennent la refondation autrement.

Pour certains, la refondation passe par un changement total du Pds, d’autres pensent même à un Pds/Wade ?

Ils sont libres de penser ce qu’ils veulent. Actuellement tout ce qu’on peut dire, il y aura toujours des gens qui vont en rajouter. Mais tel que je connais le président Wade, sa générosité, son esprit d’ouverture, il faut qu’il agrandisse le parti pour que les gens qui ont tout laissé tomber pour rejoindre le Pds ne se sentent pas délaissés.

Autrement dit les transhumants ?

Moi je n’aime pas le mot transhumant. Ce sont des gens qui croient en Dieu et qui sont venus appuyer le Président Wade. Le Sénégal appartient à tout le monde. S’il y a des gens qui peuvent l’aider à gérer le pays, il n’y a pas de problème.

Me Wade avait dit au Méridien Président lors de votre bureau politique élargi que si vous êtiez instruite, il ferait de vous son Premier ministre?

C’était un vœu qui était cher au Président de la République. Il en avait parlé à mon père, ma mère et même mon mari de leur vivant. Mais les gens n’ont pas compris, il avait dit que si Awa Diop était sortie de l’université, j’aurais fait d’elle mon Premier ministre. Je tiens à signaler que je suis allée jusqu’en 3ème secondaire. J’ai même passé un examen d’animation rurale avec Aminata Mbengue Ndiaye en 1967/68.

Vous ne regrettez pas le fait de n’avoir pas atteint un certain niveau d’études?

Je ne regrette rein car j’arrive à m’en sortir. L’essentiel est de réussir à faire passer son message. Les paroles ne font pas vivre un homme. On doit se mettre au travail et arrêter les bavardages. Il faut privilégier le pragmatisme. Si les paroles nourrissaient les hommes, les Sénégalais auraient le ventre plein avec les poèmes de Senghor. Mais il ne sert à rien de faire des discours, il faut être pragmatique. La preuve, aux Etats Unis, on ne te demande pas ce que tu as appris mais ce que tu peux faire et on te met à l’épreuve.

Quelles sont vos relations avec Aïda Mbodj?

Aïda est ma petite sœur. C’est moi qui ai proposé au Président Wade de prendre Aïda Mbodj en remplacement à Awa Gueye Kébé. C’est moi qui l’ai convoquée, et qui lui ai annoncé qu’elle sera ministre. Elle devait aller suivre une formation au Maroc. À son retour, elle a intégré le gouvernement. Je la suis et l’encadre de mon mieux. Subitement, elle a commencé à changer, car le pouvoir change facilement un homme. Mais au sein du parti, il faut respecter les femmes qui y militent. Je n’ai de problème avec personne, mais qui touche aux femmes me touche directement car je suis un défenseur des femmes.

On dit souvent que vous êtes une femme de poigne, une battante qui ne se laisse pas faire, une lionne. Comment justifiez vous cela?

J’ai été éduquée comme cela. Il est vrai que je suis une lionne et je ne me laisse pas marcher sur la langue.

Que comptez vous faire pour changer l’image que les Sénégalais se font des députés?

On a discuté avec tout le monde pour que des changements soient opérés dans le comportement des députés. Car c’est honteux d’entendre chaque jour des critiques formulées à l’encontre des députés. On a 33 femmes dans le groupe parlementaire. Avec 3 pour l’opposition. On a un bureau et j’ai confié les postes stratégiques aux 7 femmes qui sont les «pionnières» à l’Assemblée nationale. Elles assurent la formation des autres femmes pour les imprégner des affaires de l’Assemblée nationale. Il est impératif de changer les comportements à l’Assemblée nationale.

Par rapport à l’habillement, on vous a vu donner des conseils aux nouvelles ministres «bleues», ne peut-on dire que quelque part vous êtes la marraine des nouvelles ministres?

Cela est une habitude chez moi de donner des conseils aux autres. Surtout aux femmes quand elles s’habillent mal. Je vais vous raconter une anecdote. Un jour, je me promenais avec ma famille sur les plages de Saly et là, j’ai vu une jeune fille mal habillée. Je l’ai interpellée et lui ai demandé d’aller porter une tenue décente car pour moi, nos femmes ne doivent pas prendre en exemple les femmes occidentales. Depuis lors, on a noué des relations amicales. Elle et sa famille m’appellent souvent. Tout le monde doit être un éducateur chez lui. J’aime les personnes correctes qui s’habillent décemment.


À voir aussi

Droits de l’Homme : L’Onu épingle le Sénégal

Le Comité contre la torture des Nations-Unies (Un groupe de 10 experts indépendants qui surveillent …

Valse dans la magistrature

Remue-ménage au sein du Conseil supérieur de la magistrature. Cheikh Ndiaye Seck, qui était délégué …