Accueil / ACTUALITES / Bamba Dièye : «Après la plate-forme de Diamnadio, les Américains vont se retirer de l’autoroute à péage…»

Bamba Dièye : «Après la plate-forme de Diamnadio, les Américains vont se retirer de l’autoroute à péage…»

Le député Cheikh Bamba Dièye du Front pour le socialisme et la démocratie/Benno Jubël (Fsd/Bj), auteur d’une question orale sur le retrait des Américains de la plate-forme de Diamnadio, revient à la charge. À l’en croire, les Américains vont se retirer aussi de l’autoroute à péage car « l’Etat va confier sa gestion à un privé ». Entretien

Source : Le Matin

Le Matin : Quel rôle peut jouer Cheikh Bamba Dièye dans une Assemblée dominée par une majorité mécanique libérale ?

Permettez-moi tout d’abord de rendre grâce à Dieu et de remercier tous ceux qui ont voté pour moi et qui m’ont permis ainsi de me retrouver à l’Assemblée nationale. J’ai une dette envers les Sénégalais qui ont émis le souhait de me voir à l’hémicycle et même envers ceux qui n’ont pas voté pour le FSD/BJ. Une fois à l’Assemblée nationale, ma mission est d’être le représentant du peuple et non de mon parti. Je ne ménagerai aucun effort quand il faut défendre l’intérêt général. Je suis prêt à travailler avec tous ceux qui œuvrent pour l’intérêt des Sénégalais, fut-il avec le gouvernement ou encore les autres partis qui composent l’Assemblée nationale.

De même, nous devons défendre les populations contre le gouvernement si ce dernier veut prioriser des intérêts personnels au détriment de ceux du peuple Sénégalais, et cela de manière très honnête. Telle est ma mission au sein de l’hémicycle. Et désormais, nous avons notre mot à dire dans la gestion de ce pays et nous avons le droit de regard sur tout ce qui se trame dans ce pays parce que c’est le peuple qui nous a donné mandat. Par conséquent, on doit tout faire pour jouer notre rôle de sentinelle contre vents et marées, même si l’on chercherait à nous écarter de la gestion de la chose publique. Nous devons tout faire pour que les populations comprennent que les députés sont là pour elles, en donnant une bonne image de ces derniers. Et pour ce faire, il faut se baser sur la transparence, la justice et la vérité dans tous les actes qu’on pose et sans préjuger aucun.

Vous avez posé une question orale relative à la plate-forme de Diamniadio. Mais, apparemment, la réponse du ministre ne vous a pas satisfaite ?

Je ne suis pas du tout satisfait de la sortie du ministre parce qu’on ne peut pas comprendre que le ministre ait parlé de ce dossier sans nous présenter une étude de faisabilité de la zone économique spéciale afin de nous démontrer en quoi est-ce la zone économique est plus profitable que la plate-forme. Ensuite, ils avaient dit que l’état du Sénégal ne mettrait un sou au niveau de la zone économique, aujourd’hui, le gouvernement a dépensé près d’un milliard pour des études de faisabilité. Voilà quelques raisons qui me poussent à dire que cette affaire reste une nébuleuse.

Rappelons quand même que la plate-forme de Diamniadio était une stratégie qui a été mise en branle par l’Etat du Sénégal pour lutter contre la pauvreté, désengorger Dakar, offrir une plate-forme pas loin de Dakar sur laquelle allait se construire un démarrage industriel, avec des possibilités de développement pour les cultures maraîchères qui permettraient d’encadrer l’environnement et les établissements humains dans un projet rétroactif. Je rappelle également qu’il y avait sept échangeurs prévus, 18 km d’autoroute et 140 km de voies secondaires. On ne doit pas également oublier qu’il y avait aussi des enveloppes financières qui étaient à la disposition des entreprises, ainsi que 60 millions de dollars qui étaient prévus pour l’accès au crédit des entreprises, ce qui offrait des possibilités réelles pour amorcer le décollage du Sénégal au niveau de la plate-forme avec les 40 000 emplois qu’allait occasionner cette plate-forme.

Ne pensez-vous pas que ceux qui ont démarché tout cela ont aussi du mérite ?

Bien sûr, le gouvernement du Sénégal a eu la généreuse initiative d’enclencher la plate-forme de Diamniadio, mais quelque part, il s’est lui-même discrédité. En effet, il a mobilisé des partenaires au développement et pas des moindres puisqu’il s’agit des Etats-Unis, dans un secteur d’activités assez intéressant. Mais au moment même où ils enclenchaient cette procédure-là, insidieusement, ils enclenchaient dans le fond une autre collaboration sur la même zone. Quand je dis sur la même zone, je veux dire à côté de la plate-forme.

On ne peut pas installer une zone économique à côté de la plate-forme de Diamniadio, et donner à celle-ci des capacités de pouvoir absorber dans le futur la plate-forme. Les Américains ne l’accepteront pas parce que dans ce cas, les capitaux publics qui allaient être alloués au Sénégal risquent d’être gérés par un privé en lieu et place de l’Etat du Sénégal. Ce sont par conséquent, ces raisons objectives qui ont amené les Américains à se retirer du projet. Aujourd’hui, l’Etat du Sénégal soutient qu’il reste éligible au MCA (Millénium Challenge Account). Oui, mais jusqu’à quand le restera-t-il ? Ils oublient que, le président Bush a moins de 17 mois à la tête des Etats-Unis, que la majorité au Congrès est démocrate maintenant et que peut-être le MCA n’existera plus quand une nouvelle administration va s’installer aux Etats-Unis.

Vous pensez donc que le projet de la plate-forme est plus crédible que celui de la Zone économique spéciale ?

Aujourd’hui, pour que l’on puisse se déterminer et savoir lequel des deux projets est le plus crédible, ils doivent tenir un langage de vérité aux Sénégalais sur les tenants et les aboutissants de ce projet qui a des allures d’une opération foncière entre privés et qui se passe sur le dos des Sénégalais. Ce n’est pas le fait d’aller à l’Assemblée nationale et de dire que ce projet n’est qu’une opération de viabilisation qui va rassurer les Sénégalais sur ce projet. Ce n’est pas le cas d’ailleurs parce qu’il y a des études qui allaient être bouclées en fin 2007 suivies du démarrage des travaux en 2008.

En ce qui concerne la Zone économique spéciale, les études sont encore en état de projet, elles n’ont pas encore commencé. Et là aussi, le gouvernement du Sénégal avait dit que les études de faisabilité sont finies alors que ce n’est pas le cas. J’irais plus loin pour dire qu’après la plate-forme, les Américains vont se retirer de l’autoroute à péage parce que l’Etat va confier sa gestion à un privé. Ce qui veut dire, que des fonds publics américains vont être versés à un privé. Ce que les Américains ont déjà refusé pour la plate-forme, ils le refuseront encore une fois pour l’autoroute à péage. D’ailleurs, cette autoroute à péage faisait partie, initialement, de la plate-forme, ce qui était une manière de valoriser celle-ci. Voici donc l’état des faits, et telle est la réalité, personne ne peut la déformer.

On peut faire du dilatoire, expliquer aux Sénégalais dans un langage plus ou moins flou, qu’on est dans une situation où l’on va gagner plus, mais ce n’est pas le cas parce qu’il n’y a pas de comparatifs possibles. Il n’y a pas deux études qu’on peut comparer. D’ailleurs, je compte non seulement saisir les doyens des facultés de droit de Dakar et Saint-Louis pour qu’ils nous expliquent ce que cache la loi 2007-16 sur la Zone économique spéciale mais je vais interpeller le fonds monétaire international FMI et toutes les organisations internationales qui ont un siège à Dakar sur les aspects emplois et fonciers de cette loi, pour savoir si celle-ci est en conformité avec les conventions internationales en la matière pour pouvoir ainsi éclairer notre lanterne et celle des Sénégalais sur cette affaire.

Au Sénégal, beaucoup d’institutions sont en train d’être crées, n’est-ce pas là une manière de crédibiliser la démocratie ?

Ce n’est pas la multiplication des institutions qui fera du Sénégal une démocratie exemplaire. Notre démocratie sera réelle lorsque les hommes qui sont chargés d’animer ces institutions-là seront crédibles et auront pour souci de rester dans la droite ligne de ce que doit être leur fonction. Dans ces conditions-là, la démocratie aura une chance de prospérer. Mais multiplier les institutions dans un état aussi pauvre que le Sénégal, pour moi, c’est du surplus et du superflu. Et tout superflu dans un état pauvre est nuisible.

Dans ce cas précis, je dis que le Sénégal n’a pas besoin du CRAES et du Sénat pour conforter sa démocratie. Ce dont nous avons besoin, c’est d’hommes crédibles à l’intérieur de l’Assemblée nationale, à l’intérieur du gouvernement et au niveau de la justice pour jouer pleinement leur rôle. Plus tard, si nous sommes riches, plus tard pour les générations à venir, on pourrait envisager, quand le besoin se fera sentir, de telles situations. Mais aujourd’hui, dans l’état actuel du pays, les urgences sont ailleurs. Les urgences sont dans la cherté de la vie, dans les difficultés des ménages, dans la difficulté de trouver un emploi, décent et durable. C’est autour de ces activités-là que le gouvernement est attendu.

Les Sénégalais vont se désolidariser quand ils les verront installer le Sénat et donner des voitures à Bamba Dièye et autres. Cela n’a aucune importance puisqu’il n’impacte pas sur le quotidien des Sénégalais. Ce qui va impacter sur le quotidien des Sénégalais, c’est la lutte pour asseoir un climat transparent et de bonne gouvernance, c’est l’assainissement de notre système financier et c’est aussi faire en sorte que la confiance revienne entre les acteurs au développement. Ce qui va changer le vécu des Sénégalais ; c’est aussi le fait que les programmes de développement que nous mettons en branle puissent être menés jusqu’à leur terme, qu’on ne les coupe pas en cours de chemin et que la lutte contre la pauvreté soit une réalité . C’est sur ces dossiers-là que nous allons inscrire notre travail et c’est sur cela que nous attendons le gouvernement.

M. Dièye, vous avez des positions tranchées. Est-ce qu’on peut s’attendre à une future alliance entre votre parti et le Pds si l’on sait que vous étiez dans la mouvance présidentielle jusqu’à récemment ?

Pour ces genres de questions je ne réponds jamais a priori par l’affirmative ou par la négation. Tout ce que ce que je peux dire, c’est qu’à chaque fois que je dois me retrouver dans une situation qui nécessite une coalition ou un compagnonnage avec qui que ce soit, je prendrais toujours en compte deux préalables que sont : ma liberté de manœuvre et ma crédibilité. Je ne n’accepterai jamais une coalition qui entâcherait ma crédibilité ou qui pourrait réduire ma liberté de manœuvre.

Peut-être s’attendre à une alliance avec le Jëf-Jël de Talla Sylla avec qui vous partagez presque les mêmes idéaux ?

Vous me permettrez ainsi donc de marquer toute ma sympathie à Talla Sylla et aussi de marquer ma révolte par rapport à la situation qui est la sienne. Je ne pense pas que cela grandisse le Sénégal en quoi que ce soit. Lorsqu’un leader politique est obligé de renoncer à son engagement parce que de l’autre côté des adversaires politiques ou d’autres gens ont essayé d’attenter à sa vie, c’est déplorable. Je pense qu’aujourd’hui, il est extrêmement important qu’il recouvre sa santé.

Qu’on l’aime ou pas, qu’on soit d’accord avec lui ou pas, il reste un citoyen qui a su créer un intérêt dans le pays, un citoyen qui a su faire tilt dans la tête des Sénégalais et qui a un discours percutant. Je pense que c’est à ce niveau-là que qu’il existe des similitudes entre le Jëf-Jël et le FSD/BJ et nous avons été très sensible à cela. C’est après la présidentielle que nous avons commencé à initier des rencontres entre les deux partis et nous espérons, doucement, et sans précipitation, qu’un jour viendra où nous aurons de plus larges plages de convergences pour voir dans quelle mesure nous pourrons avoir des ententes stratégiques, des unités organiques ou peut-être même aller plus loin si cela va dans l’intérêt de nos deux formations pour voir venir et envisager un avenir commun entre nos deux formations.

Cela dit, le Sénégal a besoin de sa jeunesse, que toute sa jeunesse se mobilise, de quelque bord où elle se situe, que ce soit dans la mouvance présidentielle ou dans l’opposition, parce que ce pays-là nous reviendra tôt ou tard. Donc, il ne faut pas rester les bras ballants à attendre de le recevoir dans des conditions extrêmement difficiles. On doit corriger ce qui est possible de l’être aujourd’hui, mais on ne doit pas attendre demain pour un hypothétique lendemain pour voir les choses bouger ou changer dans le côté positif.

Est-ce que dans la perspective des élections locales, la mairie de Thiès vous intéresse ?

Bien sûr, Thiès nous intéresse à plus d’un titre. Pas au sens où je viendrais ici déposer ma candidature. Ce ne sera pas le cas, parce que j’ai une ville qui s’appelle Saint-Louis et qui m’attend. Mais, la ville de Thiès nous intéresse comme toutes les autres villes du Sénégal ainsi que les autres collectivités locales du Sénégal, parce que nous pensons que les élections locales seront un moment fort de la vie politique nationale. Ce sera pour nous l’occasion d’aller auprès des populations leur demander cette fois-ci de nous faire confiance dans un espace réduit du territoire national pour que nous puissions leur monter quelles sont nos aptitudes managériale et surtout nos capacités pour aider le Sénégal à sortir de l’ornière. Je pense que nous allons le réclamer partout. A Dakar, à Thiès, à Saint Louis certainement et un peu partout dans les collectivités locales. Nous allons présenter dans chaque localité des responsables qui y sont originaires. Et nous espérons que dans beaucoup de localités, nous nous signalerons par des présences qui ne feront que conforter le parti dans cette dynamique qui a été la nôtre et qui nous a valu de la présidentielle aux législatives, un bond considérable de 112 % en moins de deux mois.


À voir aussi

Discussion sur un dogme religieux: L’erreur d’Idy

Le leader de Rewmi, Idrissa Seck, a vraisemblablement commis des erreurs de communication ses derniers …

Bébé mort à Le Dantec : L’Hôpital s’explique

    L’hôpital Le Dantec a démenti l’information rapportée par la Rfm et selon laquelle …