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BANLIEUE- Les mariages en chute libre, les divorces en hausse

De la mairie à la mosquée, au tribunal ! Plusieurs jeunes filles quittent le domicile conjugal un, deux ou trois ans après le mariage. Un phénomène qui prend de l’ampleur dans la banlieue où le taux de divorce est assez considérable. Rewmi Quotidien est allé à la rencontre de beaucoup de jeunes filles pour en savoir davantage. Reportage.

« Ce n’est pas donné à tout le monde la chance de s’aimer pour la vie. Dix ans, dix mois, dix secondes et nous voici… » Ce refrain est tiré du dernier opus Double Enfance, de l’artiste français, Julien Clerc. Ses parents ont mis fin à leur union, dans les années cinquante, alors qu’il était enfant, avec un vague espoir, sans doute, que cette rupture n’allait pas trop le déstabiliser. Mais à soixante ans, la star pleure inlassablement. De nos  jours, les divorces précoces font légion dans les ménages. Au bout d’une semaine, quelques mois ou une année comme dans la chanson de Clerc, les conjoints décident de prendre le large. Comme le dit cet adage : « Les amours sont pour la plupart inconstantes et légères et les mariages éphémères ».

Ndèye Fatou Fall est une fille âgée de 25 ans. Elle est mariée, divorcée et elle a deux bouts de bois de Dieu avec l’homme qui lui a tourné le dos, il y a presque un an. « Beaucoup de filles de ma génération se retrouvent sans compagnon quelques deux ou trois ans après leur mariage, parce que les hommes reforment plus facilement un couple avec des femmes plus jeunes. C’est ce qui fait que, souvent, elles souffrent plus du divorce. Souvent, c’est le conjoint qui te trompe. Mon ex-mari avait une autre épouse au village et me faisait croire qu’il n’a pas de femme. Il travaille actuellement au Port Autonome de Dakar (PAD). À l’époque, il n’était qu’un simple manutentionnaire au marché Tilène au moment où on sortait ensemble avant notre union. Il avait du mal à nous entretenir, mes deux enfants et moi. Aujourd’hui, cet ingrat m’a tourné le dos me laissant la charge des enfants », peste Ndèye Fatou Fall. Force est de constater que des jeunes dames comme Ndèye Fatou, qui souffrent de cette situation, sont nombreuses surtout dans la banlieue. « Ce sont les hommes qui ont eu tort de ne pas dire toujours la vérité aux filles lorsqu’ils sortent avec elles. Il existe encore des hommes faibles et qui ne sont pas capables de dire la vérité devant certaines femmes  si toutefois ils tombent amoureux de belles nymphes », explique Thierno Myka. Et de renchérir : « Des condamnations sévères devraient être prévues par les lois à l’encontre des hommes qui gâchent l’avenir des jeunes filles. Les vraies causes des divorces de certains couples très jeunes sont liées aux mensonges et aux manques de moyens des hommes qui cachent toujours leurs conditions de vie souvent très précaires. C’est le drame des filles qui rêvent d’un ménage fécond avant de découvrir la situation des hommes qu’ils ont épousés ».

Le constat est le même dans plusieurs quartiers de la banlieue dakaroise que nous avons sillonnés pour les besoins de ce reportage. Binta Bâ se dit secouée par sa séparation avec son premier mari. Elle vient de consommer ses 21 bougies. Elle a juré, malgré l’insistance de son nouveau compagnon, de ne plus jamais se faire passer la bague au doigt, par peur de subir un second divorce. Selon elle, « il n’y a pas de divorce heureux », se désole-t-elle, sans expliquer les raisons de sa douloureuse séparation avec son homme qu’elle avait tant chéri.

Cependant, certaines femmes rencontrées disent avoir tourné la page et sont, aujourd’hui, plus épanouies car elles jouissent de plus d’autonomie. Aïssata D. est secrétaire dans une entreprise de la place. Elle a 23 ans. Lorsque son mari est parti, en voyage dans l’un des pays limitrophes, elle  dit n’avoir pas perdu son temps. Après plusieurs mois d’attente, elle s’est ressaisie en créant un cercle de copines. Ses copines et elles, apprécient d’être maîtresses de leur destin et de leurs choix. Même si le divorce les a appauvris, elles ont le sentiment d’être plus riches, parce qu’elles contrôlent mieux leurs finances. Bien sûr, elles parlent de leurs craintes pour l’avenir des enfants, de la peur de vieillir seules, mais aussi de l’étonnante qualité de vie que leur donne l’autonomie. Elles se regroupent autour des groupements de femmes et créent des projets, puis elles se lancent toutes dans des activités génératrices de revenues. « Plus jamais je ne serai  l’épouse de qui que soit. J’existe par moi-même », s’exclame la jeune Aïssata D.

Ces filles mariées divorcées et qui sont âgées pour la plupart entre 20 et 25 ans, dont certaines peinent à reconstruire leur vie se lancent finalement dans des activités illicites, à travers la prostitution clandestine au niveau de certains quartiers de la banlieue où les conditions de vie des populations sont difficiles, pour pouvoir entretenir leurs enfants.

Sada Mbodj

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