29 août, 2014
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BANQUE NATIONALE DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE Une nouvelle « béquille » pour les Pme

BANQUE NATIONALE DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE Une nouvelle « béquille » pour les Pme

C’est le 23 août dernier que la Banque nationale pour le développement économique(Bnde) a obtenu son sésame et peut désormais exercer ses activités bancaires sur le squelette du Fonds de promotion économique(Fpe). Ses missions déclinées hier, jeudi à Dakar, par son patron, Thierno Seydou Nourou Sy, ont de quoi espérer voir corriger l’inadéquation entre l’offre et la demande de financements des Petites et moyennes entreprises(Pme). Le bémol réside cependant dans le schéma du capital.
Le contexte de la création de la Banque nationale de développement économique(Bnde) qui vient d’obtenir son agrément est relatif à un environnement des entreprises dominé par les Pme qui affichent un faible taux de formalisation et qui traînent de surcroît des tares structurelles et techniques, entre autres tandis que trois entreprises sur quatre meurent au cours de leur troisième anniversaire. Comme l’a rappelé hier à Dakar, Thierno Seydou Nourou Sy, patron de la Banque nationale pour le développement économique(Bnde) qui vient d’obtenir son agrément, Il s’y ajoute un accès difficile aux marchés porteurs et ce, malgré un important dispositif d’appui non financier et financier mis en place par l’Etat et qui devrait accompagner l’encadrement et le financement des Pme et qui brille notamment par une faible synergie. Dans ce dispositif, le Fpe (Fonds de promotion économique).

Créé en 1991, il avait un rôle de refinancement des banques pour leur permettre d’avoir des ressources longues destinées à des emplois longs et a pu certes générer un financement qui a permis de consolider certaines activités et renforcer les fonds propres de certaines entreprises. Sauf que le Fpe a subi l’ingérence des politiques ayant conduit à des financements lourds ; fonctionné comme une banque (ce qui n’était pas son rôle) tandis que les processus de décisions étaient tout sauf collégiaux ; et pour ne rien arranger, le Fpe se retrouvait avec des créances toxiques de près de 35 milliards de FCfa. Bref, c’est un bilan plutôt « mitigé » que Thierno Seydou Nourou Sy dresse du Fpe sur le squelette duquel la Bnde a vu le jour.

En mal chronique de financements

A l’analyse de l’accès des Pme au financement bancaire, il apparaît que le financement des Pme ne représente que 16% du portefeuille des banques et encore, dans des conditions jugées « peu favorables » et des produits et services inadaptés. Entre la demande de financement et l’offre du secteur financier, l’inadéquation est réelle notamment avec une absence de produits spécifiques par Pme et par secteur d’activité. En fait, 5% seulement des besoins des Pme seraient financés par les banques tandis que 83% des Pme sont contraintes à des financements en fonds propres. Quant aux partenaires techniques et financiers, ils ne prennent en charge que 3% de ses besoins en financements. Aussi, les besoins en financements non satisfaits des Pme au Sénégal sont-ils estimés à 500 milliards de FCfa. Quand on sait que la moyenne de besoins de financement de la Pme émergente est de 69 millions de FCfa et de 25 millions de FCfa pour la petite entreprise individuelle tandis que pour la pme structurée la moyenne des besoins est de 125 millions de FCfa, « on comprend le taux de mortalité de ces entreprises », estime M. Sy.

Il s’y ajoute des besoins de financements non exprimés évalués à 716 milliards de FCfa tandis que les demandes de financements rejetées tournent autour de 1122 milliards de FCfa, quant aux demandes satisfaites, elles sont de 1750 milliards de FCfa. Par ailleurs, l’inadéquation entre l’offre et la demande de financements des Pme se trouve exacerbée par d’autres facteurs tels que la surestimation des risques de crédits liés à ces dernières ainsi qu’une faible visibilité de l’information financière des Pme, une problématique de compétitivité et de mise à niveau, entre autres.

Selon les responsables de l’établissement financier, la direction compte désormais faire de la BNDE un « véritable instrument de développement, à la lumière de la nouvelle vision économique gouvernementale ».

Schéma circonspect

Initialement détenteur de 62,5% des parts soi 3 milliards 700 millions dans la Banque Nationale pour le Développement économique (BNDE), l’Etat Sénégalais a cédé 37,5% des ses parts pour se retrouver aujourd’hui à hauteur de 25% de participation, conformément aux engagements pris auprès de l’Instrument de Soutien à la Politique Economique (ISPE) et du conseil des ministres de l’UEMOA.

Avec un capital de 6 milliards de FCfa, la Bnde était détenue par plusieurs associés dont 2 prépondérants, à savoir l’Etat Sénégalais et la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) qui détenait 10% des parts du capital. Pour des raisons « stratégiques », l’Etat sénégalais a décidé de servir en priorité les nationaux dans la procédure de cession des actions. Le processus de création a cependant subi, entre autres raisons, les contrecoups d’une configuration « douteuse » de l’actionnariat qui a longtemps fait l’objet de réserves de la part de la Bceao, qui a pris son temps avant de délivrer, le 23 août dernier, le sésame de l’agrément à la Bnde dont le capital, il y a 15 jours, est passé de 6 à 11 milliards de FCfa.

La Bnde se retrouve aujourd’hui avec un schéma de capital détenu majoritairement par le privé dont l’actionnaire de référence, Bridge group west Africa appartenant à Yérim Sow, la Boad (9%), l’Etat (25%) l’Ipres, NMA Sanders, Axa assurances, Mamadou Racine Sy, entre autres.

Cette démarche de faire la part belle aux privés procéderait ainsi du souci de permettre d’ « augmenter les chances de maintien des richesses générées sur le territoire national et faire profiter au maximum les sénégalais de l’activité de la BNDE ». Mais si cette démarche peut-être jugée « louable », elle n’en suscite pas moins des interrogations quant au rôle véritable qu’elle fera jouer à l’établissement.

Quel est en fait l’intérêt de l’Etat de détenir 25% (même pas la minorité bloquante) d’une banque privée et par quel moyen pourra-t-il peser sur les orientations de cette banque ?

Comment concilier la mission de développement tout en mettant l’accent sur la notion de rentabilité financière ? C’est le fameux syndrome des IMF(Institutions de microfinance).

A ces préoccupations légitimes, le patron de la Bnde a tenté d’apporter des réponses somme toute peu convaincantes, consistant essentiellement à les circonscrire au pacte d’actionnaires. M. Sy d’ajouter que « l’Etat dispose de quatre administrateurs dont deux directs qui représenteront ses intérêts et deux autres indirects dont l’Ipres »… Cela dit, M. Sy a fait comprendre que la présence de la Boad qui est un partenaire de l’Etat, devrait traduire cette vision et cette dynamique de développement.

En réalité selon M. Sy, « L’esprit qui prévaut c’est celui du partenariat public-privé. »

Sauf qu’entre un privé trop fort et un Etat trop fort, le risque est entier et, le doute est cependant permis quant à la pérennité de la dimension de développement que prône la Bnde.

Sud Quotidien