24 octobre, 2014
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BANQUES- Aziz Dia, Dg de Uba/Sénégal : «Nous sommes les meilleurs, nous voulons le meilleur»

BANQUES- Aziz Dia, Dg de Uba/Sénégal : «Nous sommes les meilleurs, nous voulons le meilleur»

Avec l’équipe de cadres qui l’entoure, le Dg de la nouvelle banque Uba, a l’ambition de hisser son établissement au niveau où l’entreprise a l’habitude d’évoluer au Nigeria et dans plusieurs pays d’Afrique, à savoir la première place. Mais, Abdoul Aziz Dia assure ne pas sentir de pression particulière par rapport à ce challenge. Il assure que tout le personnel et lui sont armés pour contribuer à augmenter le nombre de titulaires de comptes bancaires au Sénégal. Uba Sénégal est une nouvelle institution bancaire, qui vient s’installer sur une place de Dakar assez saturée, qui comprend déjà une quinzaine de banques. Qu’est-ce que Uba apporte de plus, lui permettant de faire la différence ?

Source : Le Quotidien

Le marché sénégalais est effectivement réputé concurrentiel et sur bancarisé, avec 17 institutions financières, Uba étant la dix-huitième. Toutefois, le taux de pénétration bancaire au Sénégal est très faible, de l’ordre de 6%. Il n’y a que 6% de la population sénégalaise qui a accès aux services bancaires et 550 000 comptes pour une population de 12,5 millions d’habitants. Bien entendu nous allons concurrencer les autres banques pour récupérer une partie de ces 6%, mais ce qui nous intéresse le plus, c’est la mise en place d’une stratégie bancaire pour bancariser les 94% restants. Uba a l’expérience, les produits et la volonté pour améliorer le taux d’accès aux services bancaires.

Uba souhaite également se positionner comme une banque de référence en matière de service clientèle. Nous avons une culture de l’excellence au service du client, c’est notre marque de fabrique, c’est dans nos gènes. Cela se traduit par une réponse rapide aux besoins du client, par la courtoisie mais aussi par une large gamme de produits de transferts, de monétique, de cash, de crédit, de trésorerie, etc.

Chaque établissement qui s’installe au Sénégal assure toujours avoir les moyens d’augmenter le taux de pénétration bancaire, et avec le temps, on ne voit pas de différence. On a même vu la Banque centrale, la Bceao, mettre en place, une stratégie, avec la monétique, pour promouvoir la bancarisation, sans grands résultats à l’heure actuelle.

Il y a trois banques dans Uba Sénégal : la banque de détail, la banque d’entreprises ou institutionnelle et enfin la banque électronique. Sur ces trois volets, nous avons des stratégies appropriées pour augmenter le taux de pénétration bancaire. Il est peut-être trop tôt pour parler de la gamme de nos produits, mais, je peux vous dire par exemple, qu’au Nigeria, Uba possède près de 700 agences, plus de 1 500 Gab, et nous avons contribué à augmenter sensiblement la population bancarisée. Nous avons l’expérience, et nous savons comment faire. Vous verrez, le moment venu, que Uba a une politique agressive et une volonté ferme envers les laissés-pour-compte du secteur bancaire. Vous pouvez nous faire confiance.

Quand donc viendra ce moment ? Quand est-ce que le public sénégalais, les clients sénégalais, peuvent espérer voir à Dakar, des guichets Uba ?

Nous allons ouvrir probablement au début du deuxième trimestre de 2009. A partir du mois d’avril, vous verrez des agences Uba ouvertes au public. Nous allons d’abord commencer avec des agences basées à Dakar. A partir de ce moment, les clients pourront ouvrir des comptes Uba et utiliser la gamme de nos produits bancaires. Il nous faudra quelque temps avant que toute la panoplie des produits soit disponible, mais, nous travaillons d’arrache-pied afin de raccourcir ce délai au maximum.

Nous prévoyons également d’ouvrir des agences à l’intérieur du pays, dans un avenir très proche. Notre stratégie sera d’effectuer un maillage serré du Sénégal par une offre d’agences et de points de vente et d’être perçus comme étant la banque de proximité par les Sénégalais.

Uba s’est déjà fait annoncer, mais n’est pas encore là. Cela n’empêche que dans les milieux spécialisés, on parle déjà de vous, et nombre de concurrents s’inquiètent de cette arrivée. Est-ce du fait de l’importance du capital que vous apportez, ou certains éléments que vous possédez en propre ? Comment expliquez-vous ces remous ?

Uba n’est pas encore connue au Sénégal mais, nous sommes le premier groupe bancaire au Nigeria et en Afrique de l’Ouest, aussi bien en termes de taille de bilan, de nombre de clients, de nombre d’agences, de taille cumulée, des dépôts clientèle et de Gab. Pour l’instant, nous sommes présents là où nous avons acquis l’agrément des autorités monétaires dans 15 pays en Afrique. Avant la fin de l’année, nous serons probablement présents dans plus de 25 pays en Afrique, sans parler de notre présence aux Etats-Unis et à Londres. Nous allons également ouvrir en Asie, très probablement d’ici la fin de l’année. Nous avons de gros moyens, mais ce n’est pas seulement cela qui fait la force d’une banque, c’est d’abord la qualité de ses ressources humaines. C’est extrêmement important. Uba ne ménage pas ses efforts pour effectuer un recrutement de qualité. Au Sénégal, nous avons effectivement commencé une politique agressive de recrutement, nous avons ciblé les meilleurs de la place. Nous recevons une quantité impressionnante de Cv, mais sommes extrêmement sélectifs et vigilants quant à la qualité de nos collaborateurs. Puisque vous demandez notre secret, c’est la qualité de nos ressources humaines, et nous ne transigeons pas là-dessus.

En termes de capital, Uba Sénégal ouvre avec un capital de 6 milliards de francs Cfa, ce qui nous place d’entrée de jeu parmi les établissements financiers à plus forte capitalisation. Et ce n’est que le début.

Cela, sous la poussée de la banque centrale, qui a demandé que toutes les banques relèvent leur capital à au moins dix milliards…

Oui et non. Lorsque nous avons cherché l’agrément auprès de la Banque Centrale, nous avions présenté un certain capital qui était suffisant, au regard des dispositions légales. Les autorités de tutelle nous ont demandé de l’augmenter encore. Ce que nous avons fait, et nous allons l’augmenter davantage. Nous croyons au Sénégal, nous croyons au projet d’implantation d’une banque comme Uba ici. Les opportunités sont nombreuses et la concurrence sera rude, mais nous voyons également des possibilités de partenariat sur des projets spécifiques, avec certaines banques de la place.

Vous ouvrez avec quatre agences à Dakar. Quel sera le nombre du personnel, et la part des Sénégalais dans ce nombre ?

Nous allons ouvrir avec un nombre de personnel adéquat, qui aura à cœur d’assurer un service clientèle optimal, mais aussi assurer un fonctionnement opérationnel rapide et sécurisé. Le personnel sera presque exclusivement sénégalais. Je suis moi même Sénégalais et le comité de direction est entièrement sénégalais, à une ou deux exceptions près. Uba pense que le Sénégal regorge de talents capables de diriger une grande banque.

Même en puisant dans les 94% de personnes non bancarisées, le Sénégal reste un petit marché. Par ailleurs, les entreprises sénégalaises souffrent de l’accès au capital. Avez-vous une stratégie vers cette cible ?

Le taux de bancarisation est faible partout en Afrique. Nous avons des idées précises pour augmenter ce taux au Sénégal. Le moment venu, ces produits seront mis sur le marché sénégalais, et vous verrez quelque chose bouger. Je peux prendre l’exemple du marché de la téléphone mobile. Il y a une vingtaine d’années, le téléphone mobile n’existait pas. Pour le téléphone fixe, il y avait peut-être une ligne dans un quartier, pour dix mille habitants. Aujourd’hui, le taux de pénétration du téléphone mobile est extrêmement important. C’est dû à quoi ? D’abord, à un besoin primaire de communication. Ce besoin existe également, sur le marché bancaire où les services financiers répondent à des besoins urgents de la population. Deuxièmement, il s’agit de l’existence d’une technologie adéquate permettant de répondre de manière technique à ce besoin de communication. C’est également le cas avec les produits financiers qui existent et qui ne demandent qu’à être vulgarisés. L’ingénierie financière et bancaire est l’une des plus productives au monde. Enfin troisième chose, c’est le marketing. Que l’on puisse expliquer aux gens, de manière très simple, comment marche cette technologie qui doit être ergonomique et répondre aux besoins exprimés. Dans le milieu bancaire, c’est un peu la même chose. Nous voulons un peu suivre cette démarche de la téléphonie mobile, qui a eu une pénétration extrêmement importante au sein de la population et des entreprises. Je pense que le milieu de la banque est encore un peu en retrait, alors qu’il est temps d’y aller. En tout cas, Uba Sénégal aura cette ambition.

Pour ce qui est de l’étroitesse du marché sénégalais, je ne partage pas votre point de vue. Si on se base sur les 5 à 6% de Sénégalais qui ont recours aux services financiers, le marché est étroit, mais si on a des ambitions d’augmenter ce taux, alors la donne change complètement. Imaginez qu’à l’instar de la téléphonie mobile, nous arrivions à 35 voire 40%. Je pense que les banques doivent chercher l’effet volume, et non l’effet marge. Il ne s’agit pas de charger des marges importantes sur un nombre restreint de clients. Il faudrait plutôt, au contraire, rendre les services accessibles aux clients, et chercher la grande masse. C’est un peu dans cette optique que nous allons nous inscrire.

Une fois que votre banque sera opérationnelle, vous serez l’un des rares Sénégalais à la tête d’une institution bancaire au Sénégal. Cela vous met-il une pression particulière sur les épaules ? Peut-on également connaître un peu votre parcours, qui explique votre promotion ?

Je ne vois pas cela comme une pression importante, parce que j’ai près de 20 années d’expérience bancaire. J’ai la chance d’avoir travaillé en Europe, sur des marchés extrêmement sophistiqués, les marchés des produits dérivés. J’ai eu cette formation technique en travaillant à Paris, ensuite à Londres…

A Warburg ?

Non, j’étais à la Société générale, à Paris, ensuite, à la banque Hsbc, à Londres avant de rentrer en Afrique, à la Banque africaine de développement, où j’ai été responsable des investissements au département de la trésorerie. Je gérais à peu près 5 milliards de dollars américains. J’ai aussi une expérience de trésorerie, à Citibank. J’ai été responsable pour l’Afrique de l’Ouest, et ensuite pour l’Afrique de l’Est, et enfin pour l’Afrique au Sud du Sahara. Puis j’ai été à Ecobank, où j’ai été trésorier du Groupe. Je gérais 25 pays et j’ai eu à remettre la trésorerie de cette institution aux Normes internationales. Uba m’a ensuite recruté au siège, comme conseiller spécial du Pdg en matière de trésorerie et d’investissements. Vous voyez donc que j’ai une longue expérience bancaire, aussi bien en termes de produits et de secteurs, de géographie en ayant parcouru pratiquement toute l’Afrique, mais également en terme de management des hommes par les responsabilités que j’ai eues à exercer. Je ne ressens pas du tout ma nomination comme une pression. La pression, je la vois plutôt ailleurs, par l’envie de créer quelque chose ici, au Sénégal, de créer une institution financière à l’image de notre groupe, c’est-à-dire, une banque qui apporte des solutions aux problèmes des gens.

C’est vrai que nous sommes vendeurs de services. C’est vrai que, comme toute organisation financière, nous voulons être rentables. Mais le plus important, est que nous souhaitons apporter des réponses à des problèmes réels et contribuer à l’economie du pays. Les problèmes sont de plusieurs ordres : l’accès au crédit, aussi bien à titre individuel qu’au niveau institutionnel, l’accès aux services de transfert, aux services de monétique, des besoins de couverture de risque de change ou de matières premières pour les entreprises, etc. Tout cela a des coûts raisonnables. Nous voulons contribuer à démocratiser les produits bancaires, et vraiment, je ressens cela comme un défi, et je voudrais vraiment, à titre personnel, contribuer à apporter des solutions.