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Bassirou Sène, ambassadeur en France : « Nous attendons beaucoup du séminaire intergouvernemental de demain »

Le Soleil- Le Premier ministre Mahammed Boune Abdallah Dionne est attendu à Paris, dans la capitale française où il présidera, avec son homologue, un séminaire gouvernemental, le 19 octobre. Selon notre ambassadeur en France, Bassirou Sène, cette rencontre, la 3ème du genre, connaîtra un développement majeur dans les relations entre les deux gouvernements.
Excellence Monsieur l’ambassadeur, dans quelques jours, le Premier ministre Mahammed Boune Abdallah Dionne va entamer une visite en France. Quel sens donnez-vous à cette visite du chef du gouvernement qui va présider un séminaire gouvernemental. Certainement on pourrait parler d’un retour aux sources pour ce dernier qui a servi ici à l’ambassade.
Les deux pays s’apprêtent à connaître un développement majeur, avec la rencontre en perspective des deux gouvernements. Ce séminaire dont nous pouvons légitimement nous réjouir pour sa portée économique et son poids politique, se déroulera au lendemain de processus électoraux très suivis qui ont vu l’avènement de nouveaux exécutifs conduits par les Premiers ministres Messieurs Edouard Philippe et Mahammad Boun Abdallah Dionne reconduit. Ledit séminaire intergouvernemental franco-sénégalais prévu le 19 octobre 2017, sera la troisième édition d’une concertation politique au Sommet entamée à Paris le 24 juillet 2015, sous le magistère de Messieurs François Hollande/Manuel Valls et poursuivie à Dakar le 23 septembre 2016, dans une belle symbiose et une entente parfaite au mieux des intérêts des deux Etats.

Cette session nous apparait donc comme la poursuite d’un destin commun, la continuité des relations exemplaires qui existent si harmonieusement entre le Sénégal et la France. Ce cadre d’échanges rare, car la France n’en n’entretient qu’avec très peu de pays, verra la participation d’une dizaine de ministres de chaque côté, mais sera l’occasion de plancher sur des thèmes brulants et ponctuels comme : la mobilité, les migrations, l’éducation, la santé, la sécurité et l’accélération du Pse, qui correspondent aux priorités du Sénégal.

Nous attendons beaucoup de ce séminaire qui va permettre de donner un contenu concret au nouveau partenariat que le président Macron veut nouer avec l’Afrique sur la base du respect ainsi que des bénéfices mutuels et partagés.

Il s’ajoute dans l’ordre des réalisations concrètes entre les deux gouvernements, au Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique dont la quatrième édition est prévue les 13 et 14 novembre 2017, à la fructueuse et prestigieuse visite d’Etat du président Macky Sall en France, en décembre 2016 et à la rencontre entre les présidents Emmanuel Macron et Macky Sall, le 12 juin 2017, à Paris.

Cela fait plus de deux ans que vous êtes à la tête de la mission diplomatique du Sénégal en France. Quel bilan tirez-vous de la coopération entre la France et le Sénégal dans les domaines de l’économie, de l’éducation, de la culture et de la Francophonie ?

Vous me demandez là de me soumettre à un exercice bien difficile tant il est mal aisé de dresser son bilan. Sans être exhaustif, je peux souligner que dans le cadre de la diplomatie économique décidée par le chef de l’Etat, plusieurs forums économiques franco- sénégalais (une vingtaine environ), des salons, se sont tenus en France, mettant en perspective hommes d’affaires sénégalais et français, d’où sont issus nombre de conventions et d’accords de partenariat qui fonctionnent effectivement aujourd’hui. De nombreux investisseurs français ont été envoyés au Sénégal, porteurs de projets intéressants à haute intensité d’emplois. Le pôle industriel de Diamniadio, moderne et futuriste, constitue une attractivité et une curiosité pour les investisseurs de ce pays et notre plaidoyer met l’accent sur la sécurité juridique et les opportunités d’affaires qu’il offre, en écho à la récente émission télévisée sur ce site.

Dans cette veine, il convient de rappeler que la France est le premier bailleur du Sénégal au sein de l’Union européenne, avec un volume d’aide de 150 millions d’euros/an en moyenne, ces 10 dernières années. C’est aussi le premier investisseur dans notre pays, représentant 40 % des Investissements directs étrangers, avec une présence et une contribution fortes et historiques, des entreprises françaises implantées au Sénégal. Sur les actions les plus récentes, il est possible de citer le financement du Train Express régional, l’implication de l’Agence française de Développement dans la mise en œuvre du Pse avec près de 800 millions d’euros, les appuis au secteur privé et le soutien à l’entrepreneuriat surtout des jeunes avec les start-ups.

Dans le domaine de l’éducation, l’acquisition d’un super calculateur d’Atos sur financement garanti par la BPI France, l’augmentation du nombre d’étudiants sénégalais en France, la signature de plusieurs conventions de mise à disposition de logements pour nos étudiants avec des bailleurs sociaux français sans oublier les conventions d’accueil de nos bacheliers d’excellence avec les meilleurs lycées français sous la supervision de l’Ecole polytechnique de Paris, l’instauration annoncée au Sénégal de formations délocalisées par certaines universités et centre de formation français et l’ouverture à Dakar de l’Institut de la Francophonie pour l’Education et la Formation (Ifef) sont des décisions qu’il convient de saluer et de soutenir.

Concernant la santé, la France fournit un appui à la gouvernance du système de santé avec la mise à disposition d’un expert technique international (Eti) auprès du ministre de la Santé et de l’Action sociale, finance par l’intermédiaire de l’Afd un projet de 14 millions d’euros en faveur de la santé mère-enfant dans la région de Louga et appuie la recherche avec un soutien à l’Institut Pasteur de Dakar, à l’Agence nationale de Recherche sur le Sida (Anrs) et à l’Institut de recherche pour le développement (Ird).

Le Sénégal avait signé une série d’accords lors de la visite du chef de l’Etat, le président Macky Sall, en décembre 2016, pour environ 200 millions d’euros. Il s’agit de la réalisation du Train express régional par la société Alstom très attendu au pays. Et récemment ce groupe a fusionné avec Siemes. Ne craignez-vous pas des retards sur la livraison des infrastructures ?

Nous devrions plutôt nous attendre à une accélération des travaux car la fusion donnera plus de moyens à l’entreprise. Plus précisément, le Sénégal a signé un contrat avec ALSTOM et nous n’avons aucun doute ni aucune crainte sur la bonne exécution des clauses du contrat. Je suis affirmatif sur le respect scrupuleux des termes du contrat. A ce jour, tout se passe comme prévu conformément aux engagements pris devant le chef de l’Etat lors de sa visite des installations d’Alstom le 19 décembre 2016 à Strasbourg.

La France, avec ses universités, accueille un très grand nombre d’étudiants, on parle de plus de 10.000 mais il est souvent constaté qu’à la fin de leurs études ces jeunes ne rentrent pas au pays malgré les investissements de l’Etat. Pensez-vous qu’une meilleure solution pourrait être apportée pour éviter la fuite des cerveaux ?

C’est une question globale et complexe mais il est important de dire que le Sénégal ne doute nullement du patriotisme de ses fils. Qu’ils soient au pays où qu’ils décident de rester en France pour avoir une première expérience professionnelle, nous sommes convaincus qu’ils contribuent au développement économique et social du pays et qu’ils nourrissent tous le rêve de rentrer, un jour, servir leur patrie.

C’est le lieu de souligner, pour les saluer, deux nouveaux dispositifs incitatifs au retour de nos étudiants contenus dans la nouvelle politique nationale d’attribution des allocations à l’étranger, à savoir la bourse de mobilité et la bourse doctorale de cotutelle en alternance. L’étudiant sénégalais bénéficiaire de la bourse de mobilité dispose d’un billet d’avion aller-retour et une indemnité forfaitaire de 60.000f/mois pour des stages de 4, 6, ou 10 mois au Sénégal. Quant à la bourse de cotutelle qui est de 600.000f/ mois pendant le séjour à l’étranger de l’étudiant et d’un billet d’avion aller-retour sur 3 ans, elle permet de retenir nos doctorants dans nos universités tout en leur offrant la possibilité d’avoir une inscription dans une école doctorale étrangère.

En outre, la signature, depuis 2 ans, par les boursiers d’excellence sénégalais d’un engagement à servir le pays milite en faveur d’un retour de nos diplômés.

D’autres initiatives et programmes ont été mis en place par le gouvernement pour accompagner, surtout dans le domaine de l’entrepreneuriat, celles et ceux qui décident de revenir et les exemples de retour réussi sont nombreux.

La mobilité est une richesse dont nous entendons tirer pleinement profit en parfaite intelligence avec la Diaspora sans aucune forme de contrainte.

Sur le plan culturel, des accords ont été aussi signés par des institutions françaises pour collaborer avec le Musée des civilisations de Dakar. Où en est-on depuis ?

Je rappelle que cette Convention se proposait d’établir un partenariat scientifique et culturel avec une assistance mutuelle dans les domaines pour lesquels chaque partie dispose d’une expertise ou d’une compétence particulière.

L’organisation au musée des civilisations noires ou/et au musée du quai Branly d’expositions consacrées aux arts, aux traditions ou aux cultures d’Afrique et le prêt d’œuvres dans le cadre de ces expositions, l’organisation au musée des civilisations noires d’expositions déjà conçues par le musée du quai Branly, l’association de personnes désignées par le musée des civilisations noires aux programmes d’enseignement et de recherche développés par le musée du quai Branly et réciproquement, la participation de personnes désignées par le musée des civilisations noires aux activités de développement des publics et de médiation culturelle du musée du quai Branly en fonction de ses capacités et réciproquement, de projets éditoriaux communs, l’accueil des personnels du musée des civilisations noires sous la forme de visites ou des stages professionnels, afin d’encourager la connaissance mutuelle et de développer des cultures et des pratiques communes étaient les principaux domaines retenus.

Sur le plan pratique, les actions de coopération, décidées conjointement par les Parties, doivent donner lieu à l’établissement de conventions spécifiques d’application précisant les objectifs, les moyens et les modalités de mise en œuvre.

Récemment, le nouveau Khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Mansour que vous avez reçu a demandé au personnel diplomatique en poste en France de prêter une forte attention à nos compatriotes. Quel commentaire sur ce message du chef religieux…

Avant de répondre à votre question, j’aimerais exprimer à nouveau mes sincères condoléances à tout le peuple sénégalais suite au rappel à Dieu du Khalife général des Tidianes Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine. A son successeur, Serigne Mbaye Sy Mansour, je renouvelle mon estime et mon affection ainsi que mes ferventes prières pour une longue vie, une excellente santé et une mission bien accomplie. Durant son séjour, en France, il nous a fait l’honneur de venir nous rendre visite à l’Ambassade et au consulat, comme il le faisait chaque année.

Son message très sage a été perçu et salué comme un conseil bienveillant sur le rapport Administration/administrés et un excellent rappel d’une directive ferme de Monsieur le président de la République Macky Sall sur l’attention de tous les jours que nous devons à nos compatriotes. Nous nous consacrons à leur apporter la protection et l’assistance nécessaires mais nous tirons également profit de leur savoir-faire car ils sont des réservoirs de compétences et des modèles d’engagement patriotique. Ils contribuent grandement à l’émergence du Sénégal par le transfert de plus de mille milliards de cfa au pays, plus que l’Aide publique au développement.

Propos recueillis à Paris, par El hadji Abdoulaye THIAM

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