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Bavures policières, meurtres non élucidés…

Les flics dégainent, les morts se ramassent, les meurtriers restent introuvables. La loi du colt ? Non. Juste des opérations de maintien de l’ordre public par des forces du… désordre. Avec les années 2000, les bévues policières se succèdent sans jamais se ressembler, avec comme dénominateur commun des meurtres, sans meurtriers. De quoi sonner l’alerte générale. 22, les flics dégainent, dirait-on, comme dans les romans polars.

Source : Le Quotidien
Rebelote. La police se retrouve à nouveau sous les rampes de l’actualité, sans avoir le beau rôle. Même si c’est encore le flou pour le public comme pour les autorités policières, la mort de Dominique Lopy dans les locaux du commissariat de police de Kolda et le meurtre de Djitala Mané, lors d’une opération de maintien de l’ordre public, posent encore, le problème de la violence policière et des bévues qui en résultent. Bien que, pour l’instant, la police refuse de communiquer sur cette affaire. Joint au téléphone, le colonel Alioune Ndiaye, chargé des relations publiques de la police dit attendre d’être en possession «d’un document» pour se prononcer sur ces violences policières qui occasionnent, de plus en plus, des morts d’hommes.

Une violence souvent inutile, surtout quand elle est accompagnée d’usage de balles réelles pour un banal maintien de l’ordre. Le bilan des affrontements, de samedi dernier, est assez éloquent à ce propos : un mort (Djitala Mané qui n’était pas des manifestants). Un blessé du nom de Ousmane Ndao qui attend sur son lit d’hôpital que son état de santé puisse autoriser l’extraction de la balle logée dans ses flancs droits.

Il y a un peu plus d’une année, en décembre 2005 et janvier 2006, les services de l’Hôpital principal de Dakar (Hpd) recevaient des blessés graves venus de Ziguinchor et Saint-Louis. Samuel Diatta, élève au lycée Djignabo de Ziguinchor avait reçu une balle dans l’abdomen, lors de la répression d’une marche improvisée, à l’issue d’une assemblée générale tenue dans l’enceinte de leur établissement scolaire.

Mademba Sané, quant à lui, avait reçu une balle réelle sur le genou de sa jambe droite. C’était à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, où la manifestation des étudiants, en écho à celle de leurs camarades de l’Ucad, une semaine auparavant, avait été réprimée sans ménagement. D’ailleurs, en plus de Mademba Sané, 24 autres étudiants étaient légèrement blessés.

Des meurtres et blessures graves suite à des bavures policières qui semblent se suivre sans pour autant se ressembler, depuis l’affaire Balla Gaye, le 31 janvier 2001. Ce jour là, les forces de l’ordre avaient pénétré dans le campus social de l’Université Cheikh Anta Diop, et au cours des échauffourées une balle réelle sera fatale à l’étudiant Balla Gaye. Les étudiants n’ont cessé de réclamer justice. Un coupable avait été désigné en la personne de l’auxiliaire de police Thiendella Ndiaye. Après quelques années de détention et quelques jours de procès, le verdict tombe : un non-lieu.

Six ans après, on ne sait toujours pas qui a tué l’étudiant Balla Gaye. Et voilà que d’autres crimes, œuvres des forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction s’ajoutent à cette longue liste de meurtres non élucidés. Il y a quelques semaines, la traque d’un présumé trafiquant de chanvre indien s’était soldée par une mort par noyade, dit-on, dans les eaux de Terrou Baye Sogui où il avait l’habitude de pêcher. Le suspect, pour échapper aux limiers, se serait jeté à la mer selon la version officielle. Que dire encore de la mort de Aba Diédhiou, présumé coupable du meurtre du président du Conseil régional de Ziguinchor, Oumar Lamine Badji. Ce prévenu, menottes aux mains, se serait donné la mort en sautant du véhicule de la gendarmerie qui devait le conduire aux lieux du meurtre pour une reconstitution des faits. Difficile à gober, quand on sait les précautions prises d’habitude, lors des déplacements de détenus, en particulier d’une personne accusée de meurtre avec violence.

TORTURES

Difficile de dresser une liste exhaustive des meurtres non élucidés, suite à des bavures policières. D’ailleurs, ces faits, certes de plus en plus récurrents, remontent à l’indépendance du Sénégal, avec le célèbre cas de Oumar Blondin Diop, mort en détention. Un meurtre qu’on a cherché sans convaincre, à maquiller encore en suicide. Ce qui repose le problème des conditions de détention autant dans les maisons d’arrêt et de correction que dans les commissariats de police. Au-delà de l’exiguïté et de la promiscuité, les actes de torture demeurent une réalité dans ces locaux. Le respect de la dignité humaine n’est pas toujours un souci dans les pénitenciers ou commissariats de police où des aveux circonstanciés sont extorqués à des présumés coupables, de manière parfois peu orthodoxe : «Les policiers, dont je me souviens des noms, m’ont emmené à la mer pour tester mes capacités de résistance, du fait de mon surnom. Mais, surtout pour me faire avouer (…) un crime commis sur un commerçant aux Parcelles assainies. Ce que je ne pouvais faire, car je n’en savais rien. C’est eux qui m’ont donné l’information», confiait un ancien détenu, Daouda Diouf alias Requin dans les colonnes du Quotidien. Les enquêteurs «m’ont ramené à la Police centrale où ils m’ont dévêtu et torturé à l’électricité, avec des fils de courant branchés sur l’orifice de mon sexe, alors que d’autres étaient scotchés à mes testicules qu’ils ont aspergées de diluant. Pour m’empêcher de crier, les policiers ont rempli ma bouche avec des papiers journaux, après m’avoir menotté. Ils m’ont expliqué qu’il fallait balancer la tête de haut en bas pour avouer. (…) Je pouvais m’estimer heureux, car d’autres étaient torturés devant leurs parents. C’était très dur. C’était horrible. (…)», poursuivait l’ancien détenu qui venait d’être libéré après cinq ans, six mois et quatre jours de prison. La Cour d’assises avait prononcé un non-lieu en sa faveur.

En plus des passages à tabac très violents sur des prévenus, il y a un cas fort illustratif des actes de torture dans les lieux de détention, celui de Alioune Badara Mbengue qui avait été amputé des deux mains, suite à des sévices qu’il avait subi à la Maison centrale d’arrêt et de correction de Dakar. Quand l’affaire avait éclaté en 2004, huit gardes pénitentiaires avait eu à comparaître devant la barre du Tribunal correctionnel. Depuis, Alioune Badara Mbengue a été libéré et l’affaire est restée sans suite. D’ailleurs, on en connaît des crimes commis dans la détention par des agents pénitentiaires et qui seront par la suite, grâciés. C’est dire que les bévues ayant occasionné une mort d’homme, et qui sont restées sans suite, ne sont pas seulement policières…


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