20 octobre, 2014
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Baye Peulh après le décès de son ami Makhourèdia Guéye : « Je mets fin à ma carrière de comédien car mon partenaire n’est plus».

Baye Peulh après le décès de son ami Makhourèdia Guéye : « Je mets fin à ma carrière de comédien car mon partenaire n’est plus».

On ne peut parler de Makhourédia Guéye sans évoquer sa « moitié » Baye Peulh qui vient de subir une grosse perte avec sa disparition. Une occasion saisie pour mettre en exergue leur long compagnonnage qui date de 1974 et qui l’oblige aujourd’hui à mettre fin à sa carrière de comédien. Baye Peulh décide ainsi d’arrêter sa carrière après le décès de son partenaire de longue date.

Source : Lobservateur

Vous rappelez-vous à quel moment vous avez fait la connaissance de Makhou ?
Je l’ai connu en 1974 à l’Asecna. J’étais chauffeur au garage et lui était chef de courrier général dans la boîte. On prenait toujours le petit-déjeuner ensemble dans un restaurant à côté. Nous ne rations jamais l’occasion de nous chamailler et nous étions toujours entourés de gens. Et notre point commun, c’est que nous parlions tous les deux bambara et c’est de là qu’est née notre complicité. Car, si on ne voulait pas que l’on comprenne ce que nous disions, Makhou me demandait de parler bambara. Et c’est ainsi qu’on brouillait les pistes. Puis, un jour, le chef du garage de l’Asecna Habiboullah Ndiaye lui proposa ceci : « Mais Makhou, tu peux former ce vilain d’Omar Bâ (Baye Peulh) dans ton groupe. Il pourra faire de la comédie». Et tout est parti de là. Un soir, il m’appelle dans son bureau pour me dire qu’il m’a trouvé un double travail dans le groupe Daraay Kocc et qu’il veut que je sois son partenaire. À l’époque, le siège de la troupe théâtrale se trouvait à l’avenue Malick Sy. J’ai été auditionné sans jouer durant six mois. Mais je partais avec eux en tournée dans toutes les régions. Un jour à Kaolack, Cheikh Diop m’a trouvé dans les coulisses pour me dire que je dois monter sur scène maintenant pour prouver ce que je vaux. Et j’ai joué pour la première fois à St Louis en 1984 dans «Takkassaanù Ndar». Et comme tout le monde, avant de monter sur le plancher, je devais avoir un surnom. Et c’est comme cela que le nom de Baye Peulh est né. Voilà ce qui explique mon amitié avec Makhou. Il était un professeur, un maître et c’est grâce à lui que je suis devenu comédien.

Et qu’est-ce que vous avez le plus retenu chez lui s’il était vraiment votre guide?
Quand on commençait à jouer, Dieu merci, nous avions de l’argent. Il me disait toujours en aparté, le ton sérieux, l’index dirigé vers moi: «Baye Peulh, le pouvoir d’un comédien, d’un lutteur et d’une femme ne dure pas. Il faut construire une maison pour sécuriser tes enfants sinon d’ici peu de temps, tes remplaçants sont prêts ». Et c’est comme cela que j’ai consenti des efforts pour avoir ma maison. Dieu sait que de temps en temps je venais lui dire que je suis en panne pour la finition du bâtiment. Il ne se gênait pas de me remettre de l’argent. Ou alors, il me rassurait pour dire qu’on a un contrat quelque part et qu’on aurait du fric. C’était vraiment mon pote. Et puis, il était un vrai talibé mouride.
Justement en matière de logement, sa femme nous a dit avant-hier qu’elle était en location depuis 9 ans et qu’elle était obligée d’ouvrir un restaurant pour subvenir à ses besoins depuis que son mari est parti en retraite. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Il s’agit de son deuxième épouse, mais Makhou a une maison qui lui appartient. Il avait des raisons de ne pas regrouper toute sa famille dans un seul endroit. Peut-être qu’il n’avait pas les moyens de construire deux villas. En tout cas, ses enfants adultes ont dit à sa seule femme qui reste (la première est morte, il y a trois mois au mois de décembre) qu’ils vont perpétuer l’œuvre de leur père. De faire en sorte qu’elle ne manque de rien.
Depuis des années, vous avez fait un duo de choc, racontez nous quelques anecdotes et pourquoi vous ne ratez jamais l’occasion de vous chamailler.
C’est seulement hier qu’il m’a fait mal avec sa disparition. Si je pouvais, il n’allait pas partir. Il m’a quitté sans me dire au revoir. Un jour, nous sommes allés à La Mecque et l’on se chamaillait pour une… orange. Le ton était monté et les «Naar » (arabes) étaient étonnés de nous voir ainsi. Rawane Mbaye leur a dit dans la langue du Prophète que ces deux-là sont toujours comme ça. Ils se donnent toujours en spectacle. Une autre fois, on était allé en Poponguine avec le Président Abdou Diouf. Jusqu’au soir, il ne s’est rien passé. Et Mme Elisabeth Diouf en a fait la remarque et l’a soulignée à Diouf. Ce dernier rétorque que la journée n’est pas encore finie. Et il avait raison, car en rentrant sur Dakar, on se bousculait lui et moi pour avoir de la place dans une voiture. J’ai dit au Président Diouf que je ne ferai pas le voyage avec Makhou. Les gens en ont bien ri car j’étais sérieux sur ma décision.
On dit que vous l’avez assisté durant sa maladie, qu’en est-il ?
C’est normal que je l’assiste, je suis son petit frère. Pour ce qui est de sa maladie, je ne vais pas entrer dans les détails. On m’a contacté pour assister au festival du rire à Kaolack, mais je ne pouvais partir à cause de sa maladie. Je ne pouvais en aucun cas le laisser. Je me réjouis que ses enfants m’aiment et me considèrent comme un papa.
Il semble que Wade a appris sa maladie dans la presse et voulait même faire quelque chose pour lui…
En tout cas, on ne m’a pas encore contacté. C’est en 2004 que Abdoulaye Wade nous a reçus au Palais. Je me rappelle, il nous avait dit tous les deux en chahutant : « Vous là, vous me paraissez fatigués ! », et nous lui répondîmes : « Wallaay Président, nous sommes fatigués ! ».
Wade vous a remis combien d’argent ?
Ah…c’était beaucoup, mais je ne vais pas divulguer cette somme. D’ailleurs depuis 2004, plus rien. Ça fait longtemps. Et je demande à Me Wade de me joindre sur ce numéro : 76.668.12.23. Car je n’ai plus rien et je ne peux rien faire pour obtenir une audience avec lui. Si vraiment il veut faire quelque chose pour moi, je suis à l’écoute. Je n’ai que ma pension et maintenant que mon partenaire a disparu, j’arrête la comédie. Je quitte la scène tout en restant conseiller auprès de la troupe de Darray Kocc. Je mets fin à ma carrière. Il est impossible de remplacer Makhou. C’est mon ami, mon partenaire.