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Bceao : Gros nuages sur la succession du gouverneur Konan BANNY

Ancien ministre de l’Economie et des Finances devenu ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement de la Côté d’Ivoire, Paul-Antoine Bouabré risque d’être la pomme de discorde au sein de l’Uemoa. Le choix du président ivoirien pour la succession d’un autre compatriote au poste de gouverneur de la Bceao laisse planer des risques sur l’Union. Selon l’économiste Chérif Salif Sy, aucune menace ne pèse sur l’espace communautaire, même si la Côte d’Ivoire se retirait.

Source : Walfadjri

La succession de l’ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, Charles Konan Banny, est remise sur le tapis. L’ancien Premier ministre ivoirien serait peut-être remplacé par un de ses compatriotes, Paul-Antoine Bohoun Bouabré. Le président Laurant Gbagbo ne fera pas de concessions à ses pairs. Il l’a d’ailleurs clairement déclaré. ‘Je vais faire part de mon choix à mes pairs. C’est celui qui a le plus d’argent dans une banque qui la dirige. Le poste de gouverneur de la Bceao revient naturellement à la Côte d’Ivoire. Si les autres chefs d’Etat veulent s’opposer à cette évidence, je me retire de la zone monétaire pour créer ma propre monnaie. Je ne négocie rien’. (voir Ja n°2416 du 29 avril au 5 mai 2007).

Le franc Cfa est la dénomination de la monnaie commune de 14 pays africains membres de la Zone franc, dont le Bénin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo qui constituent l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). L’institut d’émission est la Bceao dont le poste de gouverneur est tant convoité.

Pour l’économiste Chérif Salif Sy, l’heure est à la constitution de pôles régionaux. ‘La zone Uemoa n’est pas en danger. Mieux vaut travailler ensemble et ouvrir des marchés régionaux, au lieu d’essayer de jouer une partition en solo. Nous avons déjà gagné le pari qui consistait à créer une banque centrale autonome’, souligne le professeur en économie, par ailleurs directeur général de l’Ancar.

D’après ses explications, il n’y a aucun risque même si la Côté d’Ivoire est un poids lourd dans l’Union économique et monétaire ouest africaine. ‘La situation de l’Uemoa est la somme des Etats qui la composent. Etre le colosse parmi des petits ne veut rien dire. Si la Côte d’Ivoire se retire, il existera deux pôles dans la sous-région. La Côte d’Ivoire et les autres pays membres de l’Uemoa. L’Uemoa restera toujours forte. En plus, la population ivoirienne n’est d’ailleurs pas prête pour un retrait de la zone Uemoa’, croit savoir Chérif Salif Sy. Selon lui, la compétitivité des territoires ne se joue plus sur le plan monétaire. ‘Les menaces de la Côte d’Ivoire sont mal venues, à l’heure où les dirigeants de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) cherchent à créer une monnaie commune. Et le Ghana et le Nigéria travaillent pour une monnaie commune’, souligne-t-il.

La succession de Charles Konan Banny a été officiellement ouverte en 2005. Et pour éviter le clash, La deuxième Conférence extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uemoa, qui était convoquée le 19 octobre 2005, avait été annulée. Un sujet sensible, rappelle-t-on, était à l’ordre du jour : le choix du gouverneur de la Bceao qui devait prendre fonction le 1er janvier 2006. Charles Konan Banny avait d’ailleurs annoncé son retrait à travers les colonnes du Journal de l’Economie.

Le poulain du président Gbagbo, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ainsi que son compatriote Philippe Dacoury Tabley faisaient d’ailleurs partie des quatre postulants au fauteuil de gouverneur, avec le Béninois Abdoulaye Bio-Tchané et le Nigérien Ali Badjo Gamatié. Ancien ministre de l’Economie et des Finances devenu ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement de la Côté d’Ivoire, M. Bouabré risque d’être la pomme de discorde. Le Burkina Faso se laissera-t-il avoir ? Intérimaire depuis le départ de Banny, le 4 décembre 2005, Damo Justin Baro est lui aussi le protégé du président Blaise Compaoré, l’artisan de la signature de l’accord de Ouagadougou, le 4 mars 2007, entre le président ivoirien et le secrétaire général des Forces nouvelles, Guillaume Soro.

Avec l’accord intervenu entre les deux belligérants de la crise ivoirienne, le président ivoirien a désormais les coudées franches pour propulser le ministre Bouabré au poste de gouverneur de la Bceao. Soupçonné de figurer parmi les faucons du régime de Gbagbo, M. Bouabré ne traînerait plus cet handicap d’extrémiste.

La Côte d’Ivoire ne veut pas lâcher le gros morceau. Elle s’agrippe au poste de gouverneur. Un poste dévolu au pays de l’Ebrié, selon un accord tacite.

Un ‘accord’ qui risque de désintégrer la banque d’autant plus que le président sénégalais, Me Abdoulaye Wade, est pour une alternance à la tête des institutions régionales. Comme il en avait d’ailleurs donné l’exemple à la commission de l’Uemoa dirigée alors par Moussa Touré. Notre compatriote avait été remplacé par le Malien Soumaïla Cissé.

Pour la Bceao, les hostilités contre l’ancien gouverneur Banny ont été ouvertes le 11 octobre 2004, lors du Sommet extraordinaire des chefs d’Etat de l’Uemoa à Niamey, au Niger. Une occasion pour les quatre chefs d’Etat présents de faire le procès de la Bceao et du gouverneur Banny. En l’occurrence le Nigérien Mamadou Tandja, le Sénégalais Abdoulaye Wade, le Malien Amadou Toumani Touré et le Béninois Mathieu Kérékou.

Trois ans après, les autorités ivoiriennes ne font toujours pas mystère de leurs prétentions. Le prochain gouverneur sera ivoirien, selon la règle non écrite qui veut que le siège de la Bceao soit à Dakar et l’argentier un Ivoirien. Pourtant, l’article 41 des statuts de la Banque est explicite : ‘Le gouverneur de la Bceao est nommé par le Conseil des ministres pour une période de six années, renouvelable. Il doit être choisi de manière à appeler successivement à cette fonction un ressortissant de chacun des Etats membres de l’Union’.


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