28 novembre, 2014
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Benno Bokk Yaakaar, Cap 21 : Rupture ou Continuité ?

Benno Bokk Yaakaar, Cap 21 : Rupture ou Continuité ?

Le 25 mars 2012, le monde politique a encore applaudi, la belle leçon de stabilité donné par le Sénégal. Malgré les manifestations sanglantes, meurtrières pour le départ de l’ancien Président Abdoulaye Wade, les Sénégalais sont sortis, voter dans le calme et comme en 2000 il a été question de changement de régime. Abdoulaye Wade ne dirigeait plus le pays comme un Etat indépendant et institutionnalisé mais comme un bien familial. En conséquence, jeunes et vieux avaient jugé utile de sortir dans les rues et de se faire entendre. Les citoyens y ont cru et l’ont fait.
Après l’élection du Président Macky Sall et la nomination de son équipe gouvernementale, nous sommes récemment passés à un parlement unicaméral et en regardant celui-ci, force est de constater que les « têtes » ont changé. Changement d’hommes implique t-il cependant, un changement de façon de légiférer ? Nous en saurons davantage avec les plénières. Sommes-nous devant une rupture des pratiques gouvernementales et parlementaires des libéraux de la première alternance ? Il est clair aujourd’hui que des Sénégalais disent ne pas être satisfaits de la gouvernance des hommes de Macky Sall. D’aucuns pensent qu’ils semblent être dans un terrain inconnu et qu’ils sont dans une phase de tâtonnement, d’où l’instabilité des prix des denrées qui étaient sensées connaître une baisse, les discussions inachevées avec les syndicats enseignants, les marchands ambulants, les professionnels de la santé, etc. D’autres soulignent le retour des hommes ou plutôt des femmes de Wade, à l’image d’Aminata Niane, de Seynabou Ly Mbacké et les nominations au sein de la famille « Faye Sall. » Tous ces agissements peuvent être certainement expliqués. Cependant, lorsqu’il a été question de renouvellement, les Sénégalais voulaient du concret. Où sont passés ces hommes et ces femmes qui disaient défendre le peuple sénégalais ? Aujourd’hui, nous voyons que bon nombre d’entre eux sont récompensés par des postes et ne disent mot, pour l’heure.

Sept mois après l’arrivée de Macky Sall et de son équipe au pouvoir, il est tout à fait difficile et prématuré de faire un bilan. Mais, Monsieur le Président, le Sénégal a des difficultés sociétales profondes auxquelles il est possible de remédier. Un Etat policier c’est ce qu’il faut. Nous y reviendrons. Maintenant, notre gêne c’est d’abord le nombre de vos ministres conseillers, c’est les nominations des membres de votre famille sans oublier celle de Madame Niane qui devrait plutôt faire l’objet d’un audit. Excellence, nous ne doutons pas des compétences de cette bonne dame, dont le curriculum vitae et l’expérience abordent la perfection. Toutefois, pensez-vous qu’il soit mieux d’avoir des personnes talentueuses avec un cursus douteux que de s’entourer de personnes qui ont tout à prouver et qui sont sans nul doute irréprochables ? Une question qui mérite réponse sachant que dans ce pays, nous avons des personnes à la fois compétentes et imprenables.

Nos interpellations ne s’adressant pas uniquement à vous, nous nous tournons aussi vers les chefs de partis et de mouvements qui vous accompagnent et avec qui, vous formez la coalition, hétéroclite à notre sens. A l’image du Cap 21 dans les années 2000, les mouvements regroupés dans Benno Bokk Yaakaar semblent avoir oublié leur mission. Nous nous demandons aujourd’hui si l’intérêt du peuple vous unit. L’objectif d’un rassemblement ne devant pas être une affaire de compromis mais plutôt une défense d’intérêt général. N’oubliez pas le peuple et surtout dites-vous qu’un autre 23 juin est possible et que la patience qu’avaient eu les Sénégalais avec Wade, rappelons-le, ils ne l’auront pas avec vous. Ce n’est parce que les compromis sont encore respectés, que vos hommes sont encore aux postes qu’il vous faut, que les Sénégalais devraient passer être oubliés.

Essayez de trouver les solutions à nos problèmes ! Ne nous jetons pas de fleurs, le peuple sénégalais est désorienté, perdu. Ils se cachent derrière des mouvements confrériques, derrière la lutte ou pire encore derrière la drogue, l’alcool et tous autres vices qui pervertissent une société. L’état de l’école publique fait aujourd’hui que les pauvres n’ont plus la chance d’accéder à certaines études et donc voient leur chance de réussite s’amoindrir. La disparition des bonnes mœurs, d’émissions éducatives à l’image de génies en herbe, laisse place au culte de la danse, de projections de clips souvent indécentes et qui ne choquent plus. La vente et la consommation d’alcool dans tous les coins de rues de ce pays, la banalisation du sexe, de la sexualité, nous amènent aujourd’hui à juger des cas de viol douteux, d’homosexualité incontrôlée, dont autant les politiques que la société civile refusent de prendre des décisions radicales sans oublier le de trafic de drogue qui fait encore vivre de « dignes » familles.

Comme le soulignait le regretté, Thomas Isidore Sankara, « Le plus important, c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il peut s’asseoir et écrire son développement ; il peut s’asseoir et écrire son bonheur ; il peut dire ce qu’il désire. Et en même temps, sentir quel est le prix à payer pour ce bonheur. » Et c’est pour cette raison que le peuple sénégalais vous a élu : pour apporter des changements avec lui, pour apporter le bonheur dans son pays avec lui-même, comme principal acteur. Cependant, nous en arrivons à nous demander si tous les politiques ne sont pas identiques. N’êtes-vous pas tous, en quête d’accession du pouvoir, de la gloire, du gain ? Les seules réponses que vous pourriez nous donner restent des actions concrètes à mener, des mesures claires à prendre. Aujourd’hui, nous ne sommes plus à l’heure où les parlementaires sont des moutons de panurges, s’ils jugent n’être pas d’accord avec des décisions qui concernent le peuple qu’ils représentent, laissez-leur la liberté de le signifier, leur pouvoir de légiférer !

« Malheur aux souverains dont les intérêts ne sont pas liés à ceux de la nation ! » Napoléon III, Empereur des Français.



Ndeye Astou NIDAYE

Sciences Po Bordeaux