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Bilan année académique 2017- le syndicat des inspecteurs tire la sonnette d’alarme

Pourtant à la manœuvre de la gouvernance éducative, les inspecteurs de l’éducation, jusqu’ici aphones, donnent une mauvaise note au système éducatif. Un taux de scolarisation à 86 %, un taux d’achèvement de 60%, un taux d’abandon et de redoublement élevé, en plus des mauvais résultats des évaluations nationales. Voilà les éléments d’appréciation du syndicat des inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale (Siens) pour expliquer les contreperformances cycliques du système éducatif. Donc, un secteur improductif au regard des milliards injectés. Dans cet entretien accordé à Sud Quotidien, le secrétaire général du Siens, El Cantara Sarr, trouve «incompréhensible» la non-effectivité des recommandations des Assises de l’éducation, à l’aune d’un programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet) qui, selon lui, est loin de relever le défi de la qualité de l’offre éducative. A la question comment devons-nous jauger la qualité des résultats obtenus aux évaluations nationales ? Le secrétaire général du syndicat des inspecteurs parle l’urgence d’appliquer les accords signés avec le gouvernement pour une stabilité du système et prône un plan de relance du secteur. Le Siens n’exclut pas non plus le dépôt d’un préavis de grève en guise d’alerte pour pousser les autorités à respecter leurs engagements.

Quelle lecture de l’année scolaire 2017 en termes de résultats ?

Nous sommes dans un champ syndical qui s’inscrit dans un secteur de l’éducation. Ils sont articulés dans un contexte socio-politique ou socio-économique. Si nous prenons le message servi par le pouvoir politique, selon qui, le pays va relativement bien, avec un taux de croissance de 7% comptant plus de 3700 milliards FCfa de budget. On nous dit qu’il y a des éclaircis avec la découverte du pétrole, donc nous avons des ressources minières et énergétiques en quantité relativement suffisantes. Mais les essais de la découverte de ces ressources ne se feront sentir que dans 2 ou 3 ans.

Nous sommes dans un contexte de Plan Sénégal émergent (Pse) qui contextualise l’éducation et en fait un pivot dans la stratégie de formulation du capital humain. Cet axe concerne le capital humain, la protection sociale, le développement durable. Le secteur de l’éducation et de la formation est une charnière centrale en tant que pilier constructif du PSE. Alors les indicateurs seront relativement au vert, d’après les pouvoirs politiques. Nous constatons toutefois que la majorité des travailleurs est dans un contexte de précarité.

Les gens ne sont pas pris en charge correctement par un système d’assistance sociale.

Et d’un point de vue syndical, le discours est articulé des urgences sur la prise en charge des revendications centrées sur les protocoles d’accords signés.

En principe, l’accord doit éteindre les conflits et non être un facteur de conflit. Il doit être des indicateurs de stabilité, facteur de pacification car rien ne peut se faire de manière durable sans la restauration de la confiance. Le champ syndical est traversé par des revendications globalement de restitution, au lieu d’être axé sur des revendications de progrès qui sont porteur de développement.

Nos préoccupations sont centrées sur l’allongement de la durée de la carrière. Ce qui fait que les syndicats sont focalisés sur les problématiques liées à la conservation de l’emploi ou sur des axes de rémunération et de conditions de travail. Si ces éléments de contexte font du secteur de l’éducation une partie intégrante de la société, nous constatons un problème d’efficacité. Le bilan de l’année scolaire 2016/2017 a enregistré des contreperformances sur le plan des indicateurs. Le taux de scolarisation est de 86 %. Cela veut dire qu’environ 17 à 20% ou plus d’enfants au moment où ils devaient être à l’école ne sont pas instruits. Le taux d’achèvement est de 60%. Sur 100 enfants qui sont à l’école, il n’y a que 60 qui parviennent à atteindre le CM2. 40% d’enfants n’achèvent pas le cycle. Par conséquent, le taux d’abandon reste élevé. Nous sommes à presque 10%. C’est le cas aussi du taux de redoublement. En faisant une étude comparative entre 2016 et 2017 sur les évaluations nationales, nous constatons une chute des résultats. En 2016, on était avec le Cfee à 56% et en 2017 on est à 51%. Pour le Bfem nous étions à 51% en 2016 et 45 % en 2017. Pour le bac, en 2016, on était à 36%, en 2017 nous sommes à 31%. De manière générale, nous sommes entrés dans un cycle de contreperformances. Ce qui est paradoxale. Le premier constat est que nous sommes sortis d’une année relativement stable qui a démarré par les concertations de Saly, où les enseignants on respectait les accords qui y ont été établis. Malgré cette relative stabilité quasiment avec zéro grève, les résultats ont chuté. Donc, il faut une réflexion en profondeur qui irait au-delà de l’articulation systématique s’il y a instabilité. Il faut interpeller les différentes autres dimensions du processus pour comprendre pourquoi malgré la stabilité, nous n’avons pas réussi à produire de bons résultats. Si nous sommes dans une entité qui est le secteur de l’éducation et de la formation qu’on peut assimiler à une entité quasi entreprise, nous constatons que l’école n’est pas productive. Alors si une entité n’est pas productive ni rentable, cela pose la question du pilotage. Donc, les pouvoirs politiques, les responsables du département de l’éducation interpellés, doivent normalement rendre compte de la manière dont les ressources ont été utilisées. Et de ce point de vue, il y a une inefficacité. En général, si cela est constaté, il y a ce qu’on appelle un plan de relance. Pour le secteur de l’éducation, il y a l’idée d’aller vers un plan de relance. Ce plan de relance consiste, outre la problématique du suivi ou du respect des protocoles d’accord qui ont été globalement signés avec les enseignants, à associer les travailleurs dans le capital. C’est de leur faire approprier le projet éducatif. Pour cela, il faudrait restaurer la confiance en respectant déjà les engagements pris parce que l’accord doit faire cesser un conflit. En ce qui nous concerne, les inspecteurs ont la spécificité d’être en charge du contrôle de la norme,  de l’accompagnement au niveau central.

Le SIENS a signé un protocole d’accords avec le gouvernement depuis le 30 décembre 2014. Quel état des lieux faites-vous des différents points inscrits dans le document ?

Si nous faisons la lecture de l’Etat de mise en œuvre, nous constatons qu’on n’avance pas. Si nous prenons la problématique de la reconfiguration du dispositif opérationnel qui prend en charge les aspects de conditions de travail, nous avons recensé effectivement une dotation en logistique au niveau de 59 inspections de l’éducation et de la formation et au niveau des 16 inspections d’académie. Un élément de taille a été volontairement enlevé de l’application de cet accord. Ce sont les centres régionaux de formation du personnel de l’éducation (Crfpe). Cette décision est arbitraire de la part du ministre de l’éducation, Serigne Mbaye Thiam. L’autre élément que nous pouvons compter à ce niveau, c’est le manque de transparence dans le l’équipement des structures déconcentrées. Nous attendons toujours le deuxième niveau de dotation. Quand nous parlons de configuration du dispositif opérationnel, nous parlons aussi du processus d’établissement de plan de travail annuel dans un paradigme de contrat de performance.

Le deuxième point de revendication est la carrière, car on se voit traiter d’une manière incompréhensible durant deux, trois ou cinq ans du fait d’une lenteur administrative. A cela, s’y ajoute l’avancement qui motive les agents. Les efforts faits doivent être accompagnés par l’Etat. Des inspecteurs sortent et ne parviennent pas à être reclassés. C’est un problème d’équité par rapport à tout cadre.

Sur la question de la problématique de la carrière, nous sommes confrontés à une volonté du ministre de l’éducation, d’empêcher des inspecteurs de bénéficier de détachement ou de disponibilité, au mépris du cadre réglementaire de la loi en la matière. C’est un droit. Il est en train de créer une rupture d’égalité devant la loi en empêchant des inspecteurs de continuer à servir leur pays dans d’autres secteurs. Cela pose un problème de droit. Ses décisions sont très arbitraires. L’autre élément est la question du cadre réglementaire. Si nous faisons l’évaluation, nous pouvons noter des avancées, mais timides. Nous avions l’objectif d’assainir le cadre réglementaire ; de faire en sorte que les textes obsolètes soient actualisés. La méthodologie employée par le gouvernement pour modifier les textes n’est pas en cohérence avec le paradigme de la transparence et de la bonne gouvernance. Ce qui dévoie le concept de partenariat. Le décret 2011 / 625 sur les CRFPE qui est en train d’être remplacé par un autre décret dont l’avant-projet est disponible sans que les inspecteurs y jettent un regard. L’autre élément est la révision quasi-unilatérale du décret 2012/12276 sur les IA et les IEF qui a été modifié par le décret 2017/604 qui permet au ministre de nommer, en dehors du dispositif d’appel à candidature, des inspecteurs. Ce qui renforce son pouvoir discrétionnaire. C’est une dérive. Ce que nous dénonçons, car le ministre, un humain faillible, peut être mu par des intentions qui peuvent être en contradiction avec le principe mis en place d’appel à candidature. Nous réclamons une suspension du processus et une évaluation pour une transparence. Le décret n’est pas en cohérence avec le principe de la bonne gouvernance. L’autre point est le décret 2006/1409 qui a été modifié, permet désormais aux inspecteurs de bénéficier de frais d’installation. C’est une avancée.

Le dernier point est relatif à la problématique des questions à incidence financière. Il s’agit du système de rémunération. Nous avons une indemnité de contrôle et d’encadrement pédagogique qui est spécifique aux inspecteurs et corps de contrôle de hiérarchie A 1 du secteur de l’éducation et de la formation. Nous demandons à ce que les indemnités d’encadrement pédagogique soient plafonnées à un niveau intermédiaire.

Nous nous sommes réunis hier (samedi 14 octobre, Ndlr) pour évaluer l’état de mise en œuvre des engagements de l’Etat. Le Bureau national exécutif va se réunir en novembre en commission administrative qui tirera les conséquences et dégager des perspectives pour l’année 2018. Le dépôt d’un préavis de grève n’est pas exclu en guise d’alerte pour pousser les autorités à respecter ses engagements. C’est une hypothèse qui n’est pas exclue.

Quelle bilan tirez-vous de l’application du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet), à l’heure des mauvais résultats scolaires que nous enregistrons ?

Les éléments de perspectives sont comment faire pour avoir l’efficacité.  Les indicateurs globalement ne sont pas bons. Cela veut dire que le Paquet absorbe beaucoup d’argent mais nous pensons qu’il faut s’arrêter pour identifier les facteurs de contreperformances. Nous avons insisté sur la 1ere phase du Paquet que des efforts ont été pointés dans l’élémentaire, le moyen et secondaire du point de vue du pilotage. Le pilotage est un élément de taille qui permet d’aménager les conditions de performances et à asseoir une transformation efficace des ressources en résultats. Donc, le Paquet est, dans l’esprit, un bon programme, mais dans la mise en œuvre, il y’a des problèmes. Il faut les adresser de manière rigoureuse. A côté, il y’a la nécessité de mise en œuvre résolue des recommandations des assises de l’éducation. Justement, c’est à la limite incompréhensible. Les syndicats et autres, les parties prenantes intervenant font toujours appel à la mise en œuvre effective des recommandations des Assises, au-delà du Conseil présidentiel sur les Assises. Par exemple, la mise en place d’une banque nationale de l’éducation. Les Assises ont été un processus inclusif et participatif qui a coûté du temps, de l’énergie. Nous nous rendons compte que du point de vue de la mise en œuvre, il y a un blocage qui n’est pas explicable. L’autre élément est d’aller vers des stratégies innovantes pour le financement de l’éducation.

Quelle lecture faites-vous sur l’affaire de Yavuz Selim ?

Nous, corps de contrôle, nous disons qu’il y’a des éléments d’appréciation qui nous manquent. Nous savons comme tout le monde qu’à travers cette crise qui intervient ici et là, c’est une affaire de souveraineté majeure parce que le facteur déclenchant est un élément politique qui s’est passé dans un pays. Autre chose, nous réaffirmons que Yavuz Seim participe à la diversification de l’offre éducative telle que prônée par le Pdef et renforcée par le Paquet.

Dans un pays sous développé, la question de l’éducation et de la formation doit être une affaire d’Etat, prise d’une manière très sérieuse et rigoureuse.

L’éducation doit être centrée sur la problématique de sa normalisation. Nous pensons que la réflexion à mener ce sera un effort accès sur le développement d’une école publique, d’une école laïque, d’une école démocratique en phase avec nos réalités socioculturelles. L’Etat doit prendre ses responsabilités et mettre la lumière sur cette affaire. Des enfants sénégalais totalement désemparés, étaient inscrits dans cet établissement. Donc, il faut faire en sorte que ces enfants qui avaient choisi ce type d’école, de continuer de manière correcte et normale dans cette institution. Mais encore une fois la problématique pour nous, doit être de penser profondément à notre école, faire en sorte de développer l’école publique, laïque, en terme d’accès ou de qualité et en terme d’équité. Il n’est pas normal que dans un pays l’allocation des ressources se fasse de manière déséquilibrée et inéquitable. C’est ce qui a été évoqué tout à l’heure avec la problématique de l’éthique sur le système de rémunération.

Sud quotidien

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Un commentaire

  1. Merci l analyse est claire et limpide .Repenser l ecole publique et lui redonner ses lettres de noblesse est un impératif pour une meilleure prise encharge des préoccupations éducative des populations.