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Bmce et Attijariwafa se disputent le marché ouest-africain : Le Sahel, champ de la nouvelle bataille du Rif

L’Afrique au sud du Sahara est devenue la nouvelle zone d’expansion des banques du Maroc, en mal d’expansion. Les rivaux traditionnels risquent fort de faire les frais de la nouvelle lutte fratricide.
La première banque du Maroc et l’une de ses concurrentes directes ont décidé de s’étendre en Afrique au sud du Sahara, et le Sénégal et la zone de l’union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest vont leur servir d’arrière-cour. Mais, comme deux caïmans ne cohabitent pas dans le même marigot, la bataille de conquête entre Attijariwafa bank et la Banque marocaine du commerce extérieur (Bmce) risque de faire des victimes collatérales. Même si, quelque part, les clients peuvent se féliciter de ce que cette bataille va permettre de décanter un domaine qui commençait à devenir particulièrement touffu. Car, ce combat entre “Rifains” va faire des victimes parmi les banques actuelles, dont certaines vont disparaître.

Quel est l’enjeu de cette bataille qui ne concerne pas que des entreprises marocaines ? La prise des parts de marchés la plus importante possible en Afrique noire. Avec 25% de population bancarisée, le Maroc semble être devenu trop exigu pour ses banquiers qui, à l’image de ses ingénieurs en aéronautique, rêvent d’espace, et se tournent donc vers leur zone de prédilection, l’Afrique au sud du Sahara.

ATTIJARI VISE TOUTE L’UEMOA

Attijariwafa Bank a tiré le premier. La banque dirigée par Khalid Oudghiri a ouvert, dès juillet 2006, trois agences au Sénégal, d’un seul coup. Dès l’entame, ses dirigeants annonçaient qu’ils comptaient, le plus rapidement possible, devenir l’une des institutions majeures du paysage financier du Sénégal. Cette implantation est survenue après l’acquisition, par la même banque, de la Banque du Sud, en Tunisie. Première banque du Maghreb, avec un Produit net bancaire consolidé en hausse de près de 20% en 2006, Attijariwafa Bank se donnait, avec son arrivée au Sénégal, les moyens de devenir une banque qui compte dans la zone Uemoa. Les dirigeants n’ont, d’ailleurs, jamais caché que leur ambition, en s’implantant au Sénégal, était d’acquérir une tête de pont pour aller à la conquête de l’Afrique de l’Ouest.

Tous ceux qui avaient des doutes à ce sujet, s’en sont rapidement rendus compte, quand, près de sept mois plus tard, la banque sénégalo-tunisienne (Bst) a été avalée avec 66,67% de ses parts rachetés. Le processus de fusion est en cours, et des sources bien informées au Maroc, annoncent qu’elle sera même achevée plus tôt que l’on ne le pense, et elles avancent même le mois de juin prochain. Ce parcours est appréciable, si l’on sait qu’Attijariwafa, dans sa forme actuelle, n’est née qu’en 2004. La banque est née de la fusion entre la Bmc et Wafabank, pour devenir la première banque privée du Maroc. Un des haut cadres de la banque s’émerveille : «Si nous avons avancé aussi vite, c’est que nous avons toujours voulu rattraper notre Pdg. Dès son arrivée en 2004, il parlait déjà d’aller à l’International, alors que le processus de fusion n’était pas encore achevé. Mais lui, se comportait toujours comme si c’était déjà acquis.» A la fin de l’année, l’enseigne Attijariwafa va briller sur 19 agences à travers le pays, faisant de l’institution, la troisième banque du Sénégal, en attendant. Cependant, alors que les Sénégalais n’ont pas encore compris la place qu’ils occupent dans les rêves de Khalid Oudghiri, ce dernier est en train de se préparer déjà à consolider une position au Burkina Faso. Il ne serait pas surprenant d’apprendre que l’associé de la Bst au pays des hommes intègres, La Financière du Burkina, soit prochainement totalement absorbé par cette dernière, et affiche le logo tricolore de la banque marocaine. Car, la concurrence se prépare de son côté.

BMCE PASSE PAR LA FENETRE BOA

Les autres marocains de la Bmce ne sont pas décidé à voir leurs cousins s’adjuger des parts de marché sans réagir, surtout si cela doit se faire à leur détriment. Il faut rappeler que la Bmce est la première banque marocaine à s’être établie au Sénégal, par sa filiale des affaires, la Bmce Capital. C’était au début de 2003. Cette structure s’est intéressée à tous les projets des grands chantiers du Chef de l’Etat. Elle est le partenaire de l’Apix et de l’Anoci dans la recherche de financement pour la construction de l’aéroport Blaise Diagne, de Diass. On la cite, aussi, dans le dossier de l’attribution de la licence téléphonique au second opérateur universel, que le gouvernement ne se décide toujours pas à boucler, en dépit des différents délais qu’annonce l’Artp. Maintenant, la maison-mère, Bmce Bank vient prendre directement pied, en acquérant 35% des parts de Bank of Africa (Boa).

Si sa filiale ne pèse pas lourd au Sénégal, la banque est néanmoins un acteur non négligeable de la finance au niveau de l’Afrique de l’Ouest. Présent dans 11 pays d’Afrique, elle est le troisième établissement financier de la sous-région Uemoa, derrière Ecobank. Elle offre aux marocains ce dont ils avaient le plus besoin, un partenaire ayant une couverture africaine suffisamment large, à l’ombre de laquelle ils peuvent évoluer. Car, même minoritaires, il n’est pas exclu qu’ils cherchent à exercer un contrôle effectif sur la marche de la banque.

Sur le site de Bmce, on peut d’ailleurs lire : «Le groupe veut acquérir une envergure continentale qui lui permettra de canaliser plus de capitaux et d’investissements vers l’Afrique. Il veut dupliquer son business model au Maroc dans sa nouvelle filiale Bank of Africa. L’objectif étant d’accélérer le développement de cette structure présente dans 11 pays africains. Après le succès de Bmce Capital Sénégal, le groupe se dotera d’une nouvelle filiale d’affaires au Gabon.» «Nous voulons être une banque de référence en Afrique. En clair, nous voulons être parmi la short list qui sera consultée en premier pour réaliser des investissements dans le continent», précise Jaloul Ayed, administrateur-directeur général du groupe Bmce Bank. Dans cette nouvelle bataille du Rif, qui se déroule au Sahel, on n’entend pas encore se prononcer les autres rivaux. Les banques françaises, bien implantées dans l’Uemoa, ou les banques nationales, à l’image de la Cbao ou de la Cnca, semblent tétanisées et sans réaction. C’est pourtant de leur avenir aussi qu’il s’agit ici. D’autant plus qu’il faut croire les dirigeants d’Attijariwafa, quand ils affirment qu’ils viennent pour impulser le niveau de bancarisation de la zone.


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