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BOUBACAR SAMBE DIRECTEUR EXECUTIF DU COMITE SCIENTIFIQUE DU MEDS : «Le privé local doit prendre le relais de financement de notre économie»

Boubacar Sambe, Directeur exécutif du Comité scientifique du Meds, évoque les grandes lignes la 18ème Session des Assises économiques annuelles, prévues ce matin, à Dakar. Dans cette interview, Sambe livre ses vérités sur le modèle de système de financement de l’économie nationale et du secteur privé. Sans occulter les préoccupations du Meds. Sans détour. Entretien exclusif.

 

Le Mouvement des entreprises du Sénégal (MEDS) organise la 18e session de ses assises économiques annuelles. Quelles sont les attentes du Meds pour la présente édition, cuvée 2018 ?

Les Assises économiques sont pour nous et de façon globale pour l’ensemble du secteur privé national et communautaire, une occasion d’échanger profondément sur les grands sujets économiques et sociaux avec les acteurs du secteur public, en vue d’apporter ensemble des solutions à certaines problématiques qui empêchent ou ralentissent la bonne mise en œuvre des politiques publiques de développement. Et pour l’édition de 2018, nous entrons de plain-pied dans la seconde phase du PSE, qui représente pour le secteur privé national le moment de rediriger certaines opportunités de développement offertes par la commande publique vers les entreprises nationales ou communautaires.  C’est pourquoi, en fixant le thème de cette année autour de la problématique de financement de notre économie ou de celles des pays de l’UEMOA, dans le contexte d’absorption par les entreprises locales des marchés publics, à forte valeur ajoutée pour le secteur privé.

 

Cette année, le thème porte sur le « Financement de l’économie sénégalaise (Etat, PME, Grandes entreprises). Quel modèle de système de financement de l’investissement à l’économie sénégalaise, pour la réalisation des opportunités de croissance ?

C’est justement tout l’intérêt de nos Assises, qui devront nous édifier sur la stratégie de financement de l’économie sénégalaise, ainsi que des entreprises du secteur privé. Et il faut ici reconnaître que le dispositif actuel de financement de nos entreprises a atteint ses limites, car il ne répond plus aux besoins et aux préoccupations des entreprises. En effet, les exigences financières de la nouvelle économie dépassent de loin les capacités de financement de nos économies locales, ce qui nous oblige à développer de nouvelles stratégies. L’issue de ces Assises nous permettra certainement d’emprunter de nouvelles pistes pour un financement approprié et suffisant  de nos entreprises dans le cadre de la compétitivité mondiale.

 

Parlez-nous du thème et de la pertinence de ce choix et du modèle de système de financement à l’économie nationale ?

Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, nous avons contextualisé le thème aux préoccupations du moment du secteur privé local. Et c’est toute la pertinence de ce choix, qui interpelle tous acteurs économiques et sociaux qui seront présents à cette rencontre, à échanger et à proposer des solutions aux obstacles qui freinent la croissance de nos entreprises. Le financement de l’économie nationale a été essentiellement assuré jusqu’ici par le privé étranger. Il est temps aujourd’hui pour le privé local ou communautaire de prendre le relais de financement de notre économie.

 

Comment faire participer le privé national aux projets d’infrastructures structurants du Sénégal tout en offrant des garanties au niveau de la qualité du service rendu ?

Je dirais plutôt les grands projets d’infrastructures. Et sous ce rapport, le décalage existant entre le privé local et le privé étranger réside essentiellement au niveau d’une expertise basée sur l’expérience et la pratique. Car, pour la plupart des grands projets (TER, Autoroute, Aéroport …), il s’agit pour nos ingénieurs financiers et techniques de chantiers « nouveaux » qui nécessitent pour la plupart d’une jonction avec l’extérieur.

 

Quels commentaires faites-vous sur la répartition des effets de richesse de la croissance économique au sein du secteur privé national – c’est-à-dire, entre les acteurs privés locaux et les acteurs privés étrangers ?

Les IDE (Investissements Directs Etrangers) étant le principal moteur de financement de notre économie, il est aujourd’hui logique de constater un retour sur investissements vers les pays d’origine. Et pour réduire ce gap, il faudra que le privé local inverse la tendance !

Il y a une grande faiblesse des revenus entre les entrepreneurs locaux et leurs homologues de l’extérieur. Que faut-il faire pour résorber ce gap ?

Vous posez ici les écarts de richesses entre les nations. Donc, c’est d’abord un combat au niveau des politiques nationales qui doivent favoriser la croissance de nos entreprises locales, à travers les dispositifs de financement et d’encadrement pour ces entreprises, mais aussi avec un accompagnement par la diplomatie économique qui prend de plus en plus une grande importance dans les stratégies de développement des pays.

 

Quels sont les enjeux socio-économiques auxquels doivent faire face actuellement les entreprises du secteur privé au Sénégal ?

Outre la bataille «économique» que devra mener le privé local, nos entreprises devront se refinancer pour pouvoir réaliser de grands investissements pour leur patrimoine logistique et matériel, mais aussi pour le développement du capital humain.

 

Quelles sont les préoccupations du  MEDS et du secteur privé ?

La préoccupation principale du privé local réside dans la pérennité de nos entreprises qui souffrent jusqu’à présent d’une très grande vulnérabilité. Aussi, il faudra beaucoup travailler pour améliorer la compétitivité de nos entreprises, surtout dans un contexte d’ouverture massive des marchés. Notre pays passera du marché communautaire au marché continental, tout en faisant aussi face à la pénétration de l’extérieur (Asie et Occident). Il est donc urgent de faire face aux nouveaux facteurs externes qui vont naître de ces multiples pénétrations sur notre marché.

 

Quelles propositions concrètes allez-vous faire au gouvernement ?

L’Etat du Sénégal, après avoir fortement développé ses relations avec le secteur privé à travers le partenariat Public – Privé, devra accompagner cette relation par une stratégie de conquête de l’extérieur. C’est le cas de la plupart des nations développées ou émergentes. Nous devrons désormais vaincre la passivité de nos pays en étant plus conquérants vis-vis des autres nations.

La  Rédaction

 

 

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