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Boycott : L’opposition a-t-elle vraiment une explication ?

« Je n’en ai pas la preuve, mais j’en ai la certitude ». Cette déclaration est de l’ancien candidat à l’élection présidentielle française, François Bayrou, qui accusait ainsi le candidat de la droite Sarkozy d’exercer des pressions sur les télévisions de la France pour empêcher la tenue d’un débat devant l’opposer à la candidate socialiste Ségolène Royal.Les 12 partis de l’opposition significative, (sera-telle encore considérée comme telle quand Modou Diagne Fada deviendra le chef de l’opposition parlementaire ?), sont dans ce genre de position qui consiste à prendre une décision sans pour autant pouvoir fournir une explication plausible à donner à leurs militants.

Par Dame Babou, Sudonline
Quand les experts en communication politique conseillent à leurs clients d’avoir un message simple et clair, surtout en direction de leurs supporters chargés de l’expliquer aux masses populaires, comme diraient les militants de gauche. Aujourd’hui, les cadres de l’opposition qui doivent encadrer les électeurs à qui on demande de rester à la maison le 3 juin, sont dans le désarroi quant aux réelles raisons de ce boycott.

La dite opposition veut faire accepter aux Sénégalais que même si elle n’a pas la preuve, elle a la certitude que le président Wade a été élu sur la base de fraudes massives. Comment peut-on nous faire croire que des milliers de Sénégalais avaient plusieurs fois été inscrits sur les listes électorales sans qu’aucun d’entre eux n’ait eu le réflexe patriotique de dénoncer ce fait avant le scrutin du 25 février dernier ?

Si on mettait le sentiment patriotique à côté, on devrait pour autant expliquer le fait que pas un seul des ces « plusieurs fois inscrits » n’ait succombé au besoin de ce que les Américains appellent les « 15 minutes of fame ». Pensez-vous que, ne serait-ce qu’un seul des ces milliers, n’aurait aimé se présenter à une rédaction d’une des radios Fm et exhiber ces « multiples cartes » pour se présenter en héros, même si c’est juste pour 15 minutes d’antenne ?

Quand l’explication de fraudes massives a eu du mal à prospérer, le nouveau raisonnement servi est que Wade refuse de recevoir les leaders de l’opposition pour discuter de leurs griefs par rapport au système électoral, comme c’est de tradition depuis 1992, année de l’adoption du fameux code « consensuel » d’ Abdou Diouf.

Essayons plutôt une autre explication. A la veille de l’élection présidentielle de l’an 2000, j’ai eu l’occasion d’inviter à un concert de musique de jazz spirituel, une personnalité qui occupait une position plus que stratégique, s’il en est, dans l’entourage de Me Wade candidat de la Coalition Alternance 2000.

A la fin du concert, cette personnalité était interpellée sur la stratégie de campagne du candidat Wade qui comportait très peu de meetings populaires à organiser.

Son explication principale était que l’essentiel du budget de campagne devait être épargné pour préparer les batailles post-scrutins à cause d’un contentieux électoral qui n’allait pas manquer.

Ce cadre, à l’époque très proche de Wade revenait sur les leçons de l’embrasement du pays après les élections générales de 1988. Beaucoup pensaient que Abdoulaye Wade tenait absolument le bon bout pour faire partir Abdou Diouf face à un pays complètement bloqué et Diouf sans moyens politiques de s’en sortir.

Le proche de Wade me dit alors : « Dame, tu sais que quand nous avions pris la décision de répondre à l’appel à la négociation lancé par Diouf en 88, nous n’avions plus les moyens de continuer la résistance. Même si nous voulions continuer le combat, nous n’aurions même pas pu louer des chaises si nous devions organiser un meeting populaire. Nous n’avions plus d’argent du tout. »

L’opposition « boycotteuse » d’aujourd’hui a-t-elle pris des précautions similaires en vue de préparer une situation contentieuse post-électorale en février 2007 ? Rien n’est moins sûr. C’est comme si, faisant foi aux intentions de vote des Sénégalais, les opposants s’étaient dits que Wade allait être battu ou tellement affaibli qu’il n’était besoin de développer une stratégie au-delà de février/mars 2007.

Les partis d’obédience socialiste tels que le Ps, l’Afp et autres ont du vivre des moments tellement difficiles devant entretenir des niveaux de vie d’anciens membres de la nomenclature dirigeante d’avant l’Alternance, que quand les études d’intention de vote ont semblé montrer que Wade pouvait (ou allait) être battu, ces partis n’ont pas lésiné sur les moyens.

L’ancien Premier ministre Idrissa Seck ne pouvait disposer de ses moyens financiers colossaux (c’est lui qui a dit à Alassane Samba Diop) que parce que les fonds politiques mis à sa disposition devaient renforcer ses capacités d’intervention politique avant, pendant et après le 25 février.

La première sortie du Président Wade après le scrutin présidentiel tend à monter que le patron du Pds a, lors des rencontres surprises d’avant élection entre les deux hommes, fait comprendre à son ancien numéro deux que cette question des sous demeure une arme redoutable qui, non seulement pourrait le renvoyer en prison, mais également lui faire perdre son éligibilité en attendant d’installer un autre successeur. Il suffit simplement d’une condamnation de six mois de prison avec ou sans sursis pour perdre ses droits civiques.

Discutez-en avec l’entourage de Wade et il vous dira que la surveillance des mouvements de fonds par Idrissa Seck est de la plus haute importance pour la Présidence. Et cela ne devrait pas être très difficile au regard de la loi règlementant le mouvement de fonds dans l’espace Uemoa.

Pour un peu moins de 300 millions de déplacer dans cet espace, les Résidents, aussi bien que les Ressortissants ont l’obligation d’informer les autorités douanières.

C’est pourquoi il pourrait être tentant de se demander si l’opposition qui boycotte ne le fait pas face


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