Accueil / ACTUALITES / Brahim Tassi, témoin dans l’affaire Hissein Habré : « On a demandé à une femme de sucer le s… de son mari qui a été coupé »

Brahim Tassi, témoin dans l’affaire Hissein Habré : « On a demandé à une femme de sucer le s… de son mari qui a été coupé »

 Le 25e jour du procès de Hissein Habré a été marqué, hier, par le témoignage de Brahim Tassi, président de l’Association des victimes de Habré. En effet, son témoignage ne semble pas être trop pris au sérieux par les différentes parties. Malgré cela, il est revenu sur les exactions présumées du régime de Habré.

Le témoignage de Brahim Tassi a animé les débats, hier, au palais de Justice de Dakar. Ce dernier a été entendu en qualité de témoin dans l’affaire Hissein Habré. Président de l’Association des victimes de Habré, l’homme dit avoir mené des travaux d’investigations au Tchad dans le but d’éclairer les gens sur les exactions qu’auraient commises le régime de Hissein Habré. Brahim Tassi indique : « en 2013, nous avons fait plusieurs localités du Tchad pour recueillir certains témoignages des victimes. C’est sur ces entrefaites que ces dernières nous ont indiqué l’existence de plusieurs fosses communes au Tchad ». Mais auparavant, le témoin a relaté un cas de torture dont un couple a été victime. A l’en croire, les faits se sont déroulés à Torbo. Ce jour, dit-il, une femme a été arrêtée alors qu’elle était partie chercher de la nourriture pour son mari. Après avoir attendu longtemps en vain, l’homme décide d’aller chercher sa femme. Mais, il sera alpagué lui aussi au même titre que son épouse. Selon le témoin, les agents ont coupé le s… de l’homme avant de donner l’ordre à la femme de le sucer. Cette dernière a refusé d’exécuter l’ordre qui lui a été donné, nous dit toujours le témoin. Devant les Chambres africaines extraordinaires, hier, Brahim Tassi a soutenu que les agents ont tranché le ventre de la femme qui était enceinte pour en extraire un bébé de sexe masculin. C’est sur ces entrefaites, poursuit-il, qu’ils ont exécuté le couple. Poursuivant sa déposition, le témoin est longuement revenu sur l’horreur au Tchad. En effet, Brahim Tassi et son équipe ont visité 79 lieux dans lesquels ils ont découvert 73 fosses communes et 6 lieux d’abatage. Revenant sur les cas de tortures, le témoin a déclaré que certaines victimes avaient été exécutées par balles. Tandis que d’autres ont été trempées dans de l’eau chaude ou brûlées vivantes.

La défense décrédibilise le témoin

Toujours dans sa déposition, le témoin a révélé que 250 militaires Hajaraïs et 65 Zahawas ont été exécutés et jetés dans une fosse commune. Il faut dire que le témoignage de Brahim Tassi a été remis en cause par les différentes parties. Le Président de la Chambre a demandé au témoin s’il a la preuve de ce qu’il dit. Ce dernier rétorque qu’il raconte seulement ce que lui ont rapporté les différents témoins qu’il a eu à entendre. Le Parquet reste dans le même volet demandant au témoin si on peut douter de son témoignage. Car, souligne le parquetier, ce dernier n’est pas victime. Même tonalité chez les avocats de la défense qui ont refusé de poser des questions au témoin. « La défense estime qu’un témoin c’est celui qui a vu ou entendu. Nous avons certes des questions mais comme il n’a rien vu ni rien entendu, nous estimons qu’il n’est pas digne de lui poser des questions », a dit Me Ngingue de la défense. Avant d’ajouter : « Nous ne le considérons pas comme un témoin et merci de nous en donner acte. Peut-être qu’il n’a pas tout dit. Peut-être même qu’il a vu des charniers à Ouakam, au Cap Manuel derrière la cellule de Habré ». Ainsi, la Chambre a-t-elle pris acte avant de libérer le témoin.

Fatim Hachim Saleh : « Le jour où j’ai accouché dans la cellule… »

A sa suite, Fatim Hachim Saleh, a également été entendue à la barre en qualité de témoin mais aussi victime. Membre de l’ethnie Zahawa, le témoin dit avoir été arrêté avec son mari lors de la répression des Zahawa. « On avait arrêté mon mari parce qu’on lui reprochait de soutenir Idriss Deby. J’ai été également arrêtée parce qu’on pensait que j’étais complice de mon mari. Ils m’ont amené dans un fleuve où on m’a torturé pour que je raconte tout ce que je savais de mon mari. Je leur ai répondu que je n’en savais rien », a dit le témoin. « Depuis ce jour-là, je n’ai pas revu mon mari », a-t-elle déclaré les larmes aux yeux. A l’en croire, elle a été conduite dans une cellule où il y avait des chats et des chiens morts, des saletés, etc. « La 3e fois lorsqu’on m’a amené pour me torturer au bord du fleuve, cette nuit-là j’ai accouché dans la cellule. Il n’y avait aucun médecin et c’est ma codétenue qui a pris un objet tranchant pour couper le cordon ombilical », a narré Fatim Hachim Saleh. Selon elle, elle a accouché après seulement 7 mois de grossesses et que son bébé est mort par la suite. A l’intérieur de la cellule, dit-elle, on leur donnait du riz sec, une petite quantité d’eau. Toutefois, elle a soutenu que toutes les 3 autres détenues avec qui elle partageait la cellule ont été libérées. « Je suis restée en détention pendant 18 mois 22 jours dans une cellule sombre. Le président Habré m’a dit je préfère libérer 100 hommes que de te libérer toi », a-t-elle martelé. Il faut dire que la dame sera encore à la barre, ce matin, pour la suite de son témoignage.

Me Jacqueline Moudeina et la femme de Hissène Habré s’affrontent, Clément Abaifouta attaqué

En sortant de la salle d’audience à l’heure de la pause déjeuner, Me Jacqueline Moudeina, avocate principale des victimes du régime de M. Hissène Habré et présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (Atpdh) et la femme de  Hissène Habré, Mme Fatimé Chahata Habré Bouteille, ont eu à échanger des propos aigres-doux. « C’est toi qui les a ramenés, tu vas le payer », aurait déclaré en arabe l’ancienne première Dame du Tchad en pointant du doigt Me Moudeina à propos des témoins qui venaient de déposer à la barre. « Etes-vous en train de me menacer ? » lui a rétorqué l’avocate. « Oui et alors ? », a encore lancé Mme Fatimé Habré. De son côté, M. Clément Abaifouta, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (Avcrhh), s’est dès lors interposé pour tenter de les calmer. Il a immédiatement été pris à partie par un partisan de l’ancien président qui lui déclarant : « de quoi te mêles-tu, toi ? Tu verras ». Des sources nous ont informé que Me Jacqueline Moudeina et M. Clément Abaifouta ont annoncé qu’ils allaient porter plainte. Affaire à suivre…

Cheikh Moussa SARR

Share This:

À voir aussi

NÉCROLOGIE : Décès de l’ancien Premier ministre, Habib Thiam.

L’ancien Premier ministre sous Abdou Diouf n’est plus! C’est la triste nouvelle que nous venons …