BRAS DE FER ÉTAT/ENSEIGNANTS- La réquisition, une limite au droit de grève

 

 Las d’assister à une radicalisation continue d’enseignants qui refusent de lever leur mot d’ordre de grève, en l’occurrence le Grand cadre et le Cusems, l’État compte faire appliquer une mesure radicale, la réquisition des grévistes pour la restitution des notes et la participation à la tenue des Conseils de classe.

La réquisition est, en effet, une mesure coercitive parfaitement légale parce que prévue par l’article 7 de la loi portant statut général des fonctionnaires et le Code du travail. C’est manifestement une limite au droit de grève qui a besoin, comme tout droit d’être exercée sans porter atteinte aux droits des tiers. Dans le cadre de l’administration, le Préfet ou l’autorité qui prend la mesure le fait en appréciant la situation et en faisant en sorte que la sécurité publique, la salubrité, le bon ordre, la tranquillité, entre autres, des usagers soient assurés. Il s’agit donc d’une mesure administrative et non d’une décision judiciaire quand bien même les conséquences seront drastiques pour les grévistes obligés d’obtempérer ou d’encourir des sanctions graves comme le dit justement le Ministre Serigne Mbaye Thiam.

Il va sans dire que le refus d’obéir à une réquisition est assimilé par certains à une désertion pour un militaire. C’est dire que c’est très grave. C’est pourquoi les enseignants récalcitrants et jusqu’au-boutistes risquent d’hypothéquer leurs carrières même si, par ailleurs, il ne s’agit nullement de licencier qui que ce soit ou tout le corps. Bien sûr, un recours est possible contre la mesure administrative mais celui-ci n’est pas suspensif au risque d’annuler les effets de la réquisition. Car, il ne s’agit nullement pour l’autorité administrative de s’immiscer dans un conflit pour trancher. Le droit à la grève n’exclut pas le droit à la réquisition même s’ils semblent antinomiques.

Certes, le droit reconnu aux enseignants d’aller en grève sera ainsi largement écorché, mais, comme tous les droits, celui-ci ne saurait être exercé à en abusant. La rétention des notes est manifestement une atteinte grave au droit des enfants de bénéficier d’un enseignement de qualité et de contrôle de connaissance sanctionné par un diplôme. Dans le bras de fer État/Enseignants, les élèves sont le maillon faible, les grands perdants ainsi que la Nation toute entière qui voit ses fils souffrir d’un enseignement au rabais dans un monde de compétition et de culte de l’excellence où les médiocres sont piétinés et constamment humiliés.

Rfi a décentralisé son émission « Priorité Santé » de ce mardi avec Claire Edon pour voir si les Facultés de médecine du Sénégal sont encore les meilleurs en Afrique francophone. Une démarche qui honore l’école sénégalaise, ses universités mais qui pose la problématique de la prise en charge des enseignements, du respect dû aux apprenants mais également aux Enseignants, clefs de voûte du système.

Ces derniers n’ont pas, cependant, le droit d’abuser de leur droit de grève. Et nous pensons que la rétention des notes entre dans le cadre des abus qu’il est impossible de tolérer. Des élèves sont, à juste titre, descendus dans la rue pour protester contre cet état de fait. Les parents d’élèves restent médusés face à une situation qui n’a que trop duré.

Certes, l’État n’a pas respecté ses engagements de 2015 et a certainement tort, mais quel est le secteur de l’administration où les agents peuvent se targuer de bénéficier de la plénitude de leurs droits ? Il n’y en a pas. La santé est malade, les travailleurs de la Justice y compris même les Inspecteurs du travail eux-mêmes ne sont pas satisfaits de leurs traitements. Et s’il faut tout régler par la manière forte surtout part la prise en otage des enfants en hypothéquant leur avenir, cela ne saurait être accepté dans un État qui se respecte. Et heureusement que la loi a prévu des garde-fous comme la réquisition.

Assane Samb

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