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Brésil: Lula condamné, la gauche est sonnée

Alors que l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a été condamné en appel pour corruption, son parti, le Parti des Travailleurs (PT), a réaffirmé le lendemain, qu’il restait son candidat pour l’élection présidentielle d’octobre 2018. Le parti ne semble pas avoir prévu de plan B. Et les troupes sont démoralisées, plombées par les différentes condamnations pour corruption dans leur rang.

 

Dès que le couperet est tombé, les militants ont cherché à relever la tête. Rassemblés sur la place de la République, dans le vieux centre de São Paulo, des dizaines de milliers de personnes sont venues apporter leur soutien au leader charismatique. Face à la foule, Lula cite alors l’exemple de Nelson Mandela. « On peut bien mettre les gens en prison. Mandela a été emprisonné pendant 27 ans et il a continué son combat. Et plus tard, il est devenu président ! »

Les trois magistrats de la cour d’appel de Porto Alegre viennent juste de le condamner à 12 ans de prison. Dur à encaisser. Mais dès le lendemain, Lula est de nouveau à pied d’oeuvre, plus combatif que jamais. Réunie au siège de la Centrale Unique des Travailleurs, la CUT, la direction du parti des Travailleurs officialise la pré-candidature de Lula à la présidence.

Un impératif : occuper le terrain, et entretenir l’espoir après le choc infligé par la justice. « S’ils pensent que l’histoire se termine avec la décision de [mercredi], ils se trompent lourdement, parce que nous ne courberons pas face à la justice, affirme la présidente du PT, Gleisi Hoffmann. Aujourd’hui, c’est le début d’une longue marche, qui, par la volonté du peuple, va de nouveau porter le camarade Lula à la présidence ».

Candidature en pointillé

Mais cette candidature, est-elle viable ? Le fait que les trois juges de la cour d’appel aient condamné l’ancien chef de l’Etat de façon unanime, en choisissant de surcroît d’alourdir sa peine, complique encore davantage sa situation. « Le score de 3 à 0 ferme pratiquement la voie à sa candidature, affirme un observateur. La porte n’est pas totalement fermée, mais cela s’avère très difficile ».

Mais au delà de l’échéance électorale, c’est surtout la gauche brésilienne qui risque de porter les séquelles du traumatisme Lula-Lava Jato (du nom de la grande enquête contre la corruption à Petrobras, l’entreprise publique pétrolière).« La condamnation à la prison du leader historique de la gauche brésilienne est un coup terrible. La gauche va mettre du temps à recoller les morceaux », estime Claudio Couto, professeur de sciences politiques à la PUC de São Paulo.

Une mobilisation modérée

Même si ses partisans se sont regroupés autour de lui tout au long de cette épreuve, force est de constater que la condamnation de Lula n’a pas déclenché de gigantesques manifestations. Certaines routes ont été brièvement bloquées, mais le pays n’a pas été paralysé par des barrages érigés par des militants en colère.

« Cela reflète l’état de catatonie dans laquelle se trouve la gauche, elle est un peu paumée… La gauche brésilienne a essuyé tellement de coups terribles au cours des dernières années, elle a subi tellement de défaites successives, qu’il va être difficile de réagir avec force à un tel choc. C’est peut être ce qui explique la réaction relativement modérée de la rue, même après à la condamnation à la prison de Lula », ajoute Claudio Couto.

Fin de partie pour la gauche ?

Le parti des Travailleurs (PT), au pouvoir entre 2003 et 2016, traverse en effet une mauvaise passe depuis plusieurs années. Plusieurs de ses cadres ont été impliqués et condamnés pour corruption (dont son ancien président José Dirceu et Antonio Palocci, ex-ministre des Finances de Lula), alors que Dilma Rousseff a été destituée par le Congrès. Dans la foulée, aux élections municipales de 2016, le PT a perdu la moitié des maires qu’il avait réussi à faire élire quatre ans plus tôt. « Et maintenant, il y a la condamnation de Lula ! Il est difficile de voir comment le parti peut rebondir », ajoute Claudio Couto.

La rénovation pourrait passer par l’émergence d’autres personnalités de gauche n’appartenant pas au PT, selon les politologues, comme Ciro Gomes, ancien ministre de Lula et candidat à la présidence du Parti Démocratique du Travail (PDT) ou Guilherme Boulos, le leader du Mouvement des Travailleurs sans Toit (MTST), très engagé dans les luttes sociales.

Quant aux appels de certains dirigeants de gauche à « radicaliser » leurs actions, voire à organiser un mouvement de désobéissance civile, il ne s’agirait que du « bluff », selon le politologue David Fleischer. « S’ils persistent dans cette direction, ils vont finir par exposer la faiblesse du PT et de ses militants ! » soutient ce vétéran de la scène politique à Brasilia.

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