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Brouilles avec Kinshasa attaques de Jammeh, coup de gueule de Condé, procès Habré… Ces  pressions sur le Sénégal

Pour une rencontre internationale organisée à Dakar, les autorités congolaises ont cloué au pilori Dakar pour avoir, selon eux, été « complaisante » envers leurs opposants qui ainsi, sont dans la dynamique d’un « complot pour déstabiliser le régime du président Kabila » à en croire le porte-parole du Gouvernement.

Une situation qui rappelle les attaques verbales du Président Yaya Jammeh contre les présidents Diouf, Wade et Sall actuellement au pouvoir. Notons qu’au niveau de Banjul, le président évoque plutôt des relations personnelles qu’il juge « difficiles » avec ses derniers. L’accent est souvent mis sur un manque de considération dont il serait l’objet de la part de ses homologues de Dakar. Ce qui constitue une crise diplomatique made in Africa.

Au niveau de la Guinée, le président Alpha Condé est revenu à de meilleurs sentiments alors qu’il y a quelques années, il accusait le Sénégal sous la présidence de Wade d’avoir essayé d’attenter à sa vie après qu’il eut essuyé des tirs d’obus dans sa résidence personnelle à Conakry.

Il faut souligner que sous l’ère Macky Sall, la situation ne s’est guère améliorée. Condé n’a pas apprécié la réaction du Sénégal dans la gestion de la crise Ébola qui a secoué son pays. La fermeture des frontières décidée par Dakar a été interprétée du côté de Conakry comme un manque de solidarité du fait même que l’économie guinéenne en a beaucoup pâti. Il a fallu une médiation du Président Diouf pour arrondir les angles.

Bref, des situations symptomatiques d’un voisinage difficile, c’est le moins que l’on puisse dire. Et les relations avec le nouveau président malien Ibrahima Boubacar Keita se sont certes améliorées mais ont traversé une période d’incompréhension que beaucoup de choses peuvent expliquer notamment le retard de notre intervention lors de la crise qui menaçait le pays de sécession entre le Nord et le Sud.

Et du côté de la Mauritanie, ce sont nos ressortissants dans ce pays voisin qui souffrent de toutes formes de violations de leurs droits sans oublier les tracasseries policières à la frontière. Les deux pays ont d’ailleurs failli basculer dans une guerre évitée de justesse en 1989 sous le régime de Taya qui jouit d’une « retraite » paisible au Qatar.

Et à ces pressions sur le Sénégal et sur ses autorités, s’ajoutent celles de la Belgique, d’Ong comme Human Rights Watch(HRW) qui n’ont ménagé aucun effort pour que l’ancien président tchadien refugié au Sénégal depuis 1989 soit extradé ou jugé. Son procès dont les plaidoiries commencent ce 08 février est l’aboutissement d’un long processus de pression sur le Sénégal. Wade a dû manœuvrer fort pour ne pas le tenir. Macky a finalement trouvé la parade aidée en cela par l’Union africaine (Ua). C’est vrai que c’est « un procès historique » comme l’on a tendance à le dire, mais il ne faut pas oublier que derrière cela, il y a la pression internationale qui n’a pas laissé le choix au Sénégal tant la présence de Habré était encombrante.

Pourtant, les Africains n’ont jamais oublié que la Belgique leur doit des comptes sur la mort de Patrice Lumumba. Mais, cela, personne n’en parle…

HRW s’intéresse-t-elle au cas de Bush qui a use d’un mensonge  d’État pour s’attaquer à l’Irak et faire son président ? Le doute est permis.

Dans le même ordre d’idées, les autorités de Kinshasa ne peuvent pas ignorer le fait que ces partisans de la Société civile invités à Dakar en présence de ceux d’autres pays sont les hôtes d’un pays libre, démocratique ou l’on peut discuter paisiblement de droits de l’homme et de toute autre question politique, sociale, etc.

Ce n’est pas parce qu’ils ont arrêté des membres de Y’en a marre venus dans les mêmes conditions à Kinshasa que Dakar doit en faire de même.

Et pourtant, opposants et groupes de pression de toutes sortes résident et se réunissent en France sans que cela ne dérange les pays africains qui ne demandent pas de compte à Paris.

Ce que nous essayons de dire, c’est que le Sénégal ne saurait être réceptif à la pression. Si nous reculons d’un pas, nous ne cesserons jamais de le faire parce que les autres vont en profiter.

Le président guinéen par exemple savait très bien que le Sénégal était fondé à fermer ses frontières d’autant plus que le seul cas d’Ébola importé nous avait coûté beaucoup de méfiance de la part des autres pays qui commençaient à mettre les Sénégalais en quarantaine. Allons-nous mettre en danger la santé de nos populations pour faire plaisir à la Guinée ? Non, évidemment.

Dans ce même sillage, les tentatives de séduction de Jammeh par l’expulsion d’opposants gambiens ne servent à rien. Tous les Gambiens sont chez eux au Sénégal même si, par ailleurs, nous ne saurions cautionner sur notre territoire, la préparation d’actes de déstabilisation d’un autre pays comme semblait le revendiquer Bayo qui vient de subir une seconde expulsion.

Mais le cas Kukoi Samba Sagna a été très mal géré. La preuve, après son expulsion et son décès, le  président de la République a été obligé de faire rapatrier le corps pour ses obsèques au Sénégal. Car, Jammeh refuse même les morts. La dépouille de l’ancien ministre Dabo et opposant décédé au Sénégal, il y a de cela quelques mois, a été refoulée de la Gambie et ses proches ont été obligés de l’enterrer à Médina Gounasse.

Le Sénégal a toujours été une terre d’accueil pour tous. L’ancien président Camerounais, Edem Kodjo, est enterré  à Yoff. Amadou Toumani Touré est encore dans nos murs. N’en déplaise à nos détracteurs.

L’essentiel pour nous est de ne jamais nous dérober de cette tradition dans le respect strict du droit international, notre seule référence.

Malheureusement, depuis l’avènement du président Sall, les pressions se sont multipliées sur le Sénégal et sur sa personne.

Même les résultats de sa médiation au Burkina Faso ont été injustement mal perçus par une certaine frange de la population de ce pays ami. Des efforts qui ont pourtant été salués par le président Obama.

En somme, le désir de préserver de bonnes relations avec les autres ne doit pas nous pousser à être trop complaisants. Ce serait un gage de faiblesse donc une occasion d’autres attaques. Tout le monde sait qu’après Habré, les Chambres africaines extraordinaires (Cae) risquent de chômer pendant longtemps. Il est inadmissible en doit pénal, de créer des tribunaux taillés sur mesure pour juger une personne. Déjà, la Cour pénale internationale (Cpi) a été peu appréciée eu égard à ses méthodes d’inculpations ciblées sur les seuls Africains. Et pourquoi alors créer un autre tribunal pour juger des Africains ? Parce que l’avocat Rod Boody de HRW le veut ?

En tout état de cause, un pays ne saurait être indépendant que s’il est souverain dans ses choix fondamentaux.

Abdoulaye Diop

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