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Burkina Faso: ouverture du procès du coup d’Etat manqué de 2015

Au Burkina Faso, un procès très attendu s’ouvre ce mardi 27 février, celui des responsables présumés du coup d’Etat de 2015. Un an à peine après la chute du régime de Blaise Compaoré, des militaires de la garde présidentielle avaient tenté de prendre le pouvoir et de renverser le gouvernement de transition. Comme l’année précédente, la pression de la rue a fait basculer la situation. Les manifestants et l’armée burkinabè avaient fait échouer le putsch. 84 accusés comparaissent à partir de ce mardi.C’est un procès qualifié d’« historique » par de nombreux Burkinabè qui s’ouvre après deux ans de procédure. Quatre-vingt-quatre inculpés, pour la plupart des militaires membres de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle.

Le principal accusé, c’est bien sûr l’homme qui avait pris la tête du coup d’Etat en 2015, le général Diendéré. L’ancien patron de la garde rapprochée du président déchu, Blaise Compaoré, est accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat et de violences.

A quel point le général Diendéré est-il responsable de ce putsch ? En 2015, c’est lui qui prend la tête du coup d’Etat. Mais aux journalistes à l’époque, et au juge qui instruit l’affaire depuis, il soutient toujours la même version : ce sont des sous-officiers qui étaient à la manœuvre, il n’était au courant de rien. C’est pour éviter un bain de sang qu’il aurait pris la tête du mouvement, justifie-t-il.

Mais cette version n’a pas convaincu le juge Yameogo. Pour lui, l’ancien patron de la garde rapprochée du président déchu Blaise Compaoré est le principal responsable.

La main ivoirienne ?

A ses côtés, plusieurs personnalités politiques ayant appartenu à la majorité sous le régime Compaoré et surtout Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères. Il est soupçonné de trahison et de collusion avec une puissance étrangère, la Côte d’Ivoire. Son témoignage est très attendu.

L’accusation se base sur un échange téléphonique que Djibril Bassolé qualifie de faux. Il s’agit d’un entretien avec Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, pour élaborer un plan de soutien au coup d’Etat.

Guillaume Soro ne sera pas entendu comme témoin. La justice burkinabè a annulé, l’année dernière, le mandat d’arrêt lancé contre lui.

En outre, deux membres de l’ancienne majorité parlementaire sont soupçonnés d’avoir reçu de l’argent de la Côte d’Ivoire. Les juges devront établir si cela a bien été le cas, et si cela avait un lien avec le coup d’Etat burkinabè.

Parmi les autres absents, figurent également l’ex-président, Michel Kafando et l’ex-Premier ministre, Isaac Zida. Le premier a été nommé envoyé spécial de l’ONU au Burundi et le second vit aujourd’hui au Canada.

Enfin, le général Diendéré a demandé de nouvelles inculpations, notamment celle de l’ancien chef d’état-major de l’armée qui, pour l’instant, figure seulement sur la liste des témoins. Son recours sera étudié, à la fin du mois de mars.

Pour maître Mathieu Somé, le principal avocat de la défense, il n’est pas le seul qui manque sur le banc des accusés. « Il en manque. Le général avait demandé l’inculpation de certaines personnes. Des militaires, des civils aussi. Il y a le cas de l’évêque Paul Ouedraogo, celui de l’ancien secrétaire général au ministère de la Défense… Bon, il y a un certain nombre, six ou sept, dont l’inculpation a été demandée. »

Le Balai Citoyen attend la rigueur du droit

Dans le dossier de 15 000 pages, le procureur militaire dispose de plusieurs pièces autour desquelles tourneront les débats. Il y a des témoignages, photographies, des films et des documents sonores. Des dizaines de témoins seront également appelés à la barre.

Dans une déclaration, Amnesty International se dit préoccupée par le fait que des membres des forces de sécurité ou des civils poursuivis pour des violations de droits humains ou des crimes de droit international soient jugés devant des tribunaux militaires.

Le Balai Citoyen, le collectif qui a participé à la résistance contre le putsch, souhaite que le procès se déroule dans la sérénité et que le droit soit dit dans toute sa rigueur. Le mouvement invite d’ailleurs les populations à suivre ce procès délocalisé dans la salle des banquets de Ouaga 2000, où le dispositif sécuritaire a été renforcé.

Familles et victimes veulent « la vérité »

Gilbert Diendéré a promis de dire la vérité, et c’est exactement ce que les victimes attendent. « Ce que nous souhaitons, c’est que le procès puisse se dérouler vraiment dans des conditions de sérénité et que chacun puisse être situé par rapport à ce qui s’est passé », résume Bamouni Babou Nébon, porte-parole de l’association des familles et victimes du coup d’Etat.

Mais il voit aussi un teste pour la justice du pays. « Il y a également aussi l’enjeu qui concerne le renforcement de notre justice. Pour moi, après l’insurrection populaire de 2014, il s’agit d’un enjeu majeur parce que ce qui était reproché aussi, c’était l’absence de justice et l’impunité, donc pour moi, c’est un test. »

La vérité plus qu’une condamnation, résume l’un des avocats des victimes. Elles sont plus de 300 à s’être constituées partie civile, comme l’explique maître Guy-Hervé Kam. « On a du simple manifestant qui était dans les rues, aux activistes comme Smockey, et aussi certains membres du gouvernement de la transition qui ont été pris en otage. Vous voyez, il y a toutes les catégories de victimes. Et nous, nous avions dit depuis longtemps que ce qui préoccupait les victimes, ce n’était pas seulement une décision de condamnation, mais aussi la vérité dans le cadre d’un procès équitable. »

Pour tenter de faire la lumière sur les événements de septembre 2015, sur ce coup d’Etat manqué, les juges vont entendre 45 témoins en plus des 84 accusés.

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