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Campagnes électorales au Sénégal : Pourquoi la sollicitation des chefs religieux n’altère pas la démocratie

  • Date: 17 mars 2016

L’implication des chefs religieux dans les campagnes électorales au Sénégal est un phénomène ancien qui résiste à l’usure du temps et à l’évolution de notre démocratie.

Les chefs religieux de tout bord sont largement sollicités lors des échéances électorales par les tenants des différents pouvoirs de Senghor à Macky, mais aussi par les chefs de l’opposition. En général d’ailleurs, les délégations se chevauchent sur le terrain. Il faut pour chaque Khalife de confrérie recevoir et les délégations du Gouvernement et celles de l’opposition ou vice versa.

Cette fois, c’est le chef de l’État en personne qui est présentement en tournée chez ces dignitaires religieux pour faire campagne, en somme les convaincre de la nécessité de voter pour le Oui. Après Touba où il a été à la fois applaudi et hué, le président Sall s’est rendu à Tivaouane, la capitale du Tidjanisme. Il va ensuite rendre visite aux chefs religieux de Kaolack de Médina Baye à Léona Niassène. Après, ce sera certainement Pire, Ndiassane, Yoff et l’Église. Et bien sûr, ce sera après le tour des chefs religieux traditionnels qui, eux, ce sont déjà affidés au régime si l’on s’en tient à ce qui se passe à Dakar avec les grands Serigne.

D’autres familles religieuses ont reçu des délégations gouvernementales comme le Khalife de Bambilor et les déclarations semblent aller dans le sens d’appuyer le président de la République dans sa tâche.

La question est de savoir s’il est possible de battre campagne au Sénégal en ignorant les chefs religieux ? Absolument pas, pour deux raisons fondamentales.

La première, c’est qu’ils sont porteurs de voix et peuvent influer sur le cours des choses par des consignes directs ou « ndigeul » ou par des attitudes ou déclarations à peine voilées qui laissent deviner leurs intentions. Ce sont de « grands électeurs », version sénégalaise et leurs voix pèsent plus qu’elles ne comptent. Et ils  en sont conscients.

La seconde raison, c’est que du point de vue de la science politique, il s’agit de pouvoirs dans le pouvoir et il faut tout faire pour éviter des « incidents diplomatiques ». Ignorer une famille religieuse dans cette période équivaudrait à tenter de l’humilier. En tout cas, ce sera perçu ainsi. Ceci est d’autant plus vrai que les hommes politiques se déplacent rarement les mains vides. Or, les marabouts et autres hommes religieux entretiennent une cour composée de personnalités cosmopolites qui attendent beaucoup de ces périodes où les hommes politiques sont plus généreux. Et au niveau des chefs religieux, on sait que certaines doléances seront plus rapidement satisfaites dans ces périodes de campagne. Alors, le principe du gagnant-gagnant les pousse à recevoir les délégations gouvernementales avec beaucoup plus d’entregent et de ferveur. L’État a les moyens et comme le disait un chef coutumier, « il ne faut pas entrer en guerre contre l’État parce que sinon, (leurs) nombreuses doléances et celles de (leurs) subordonnées ne seront pas facilement satisfaites ».

Toutefois, cela ne veut pas dire que tous les chefs religieux sont satisfaits des différents gouvernements. Les « incidents » et même des « ruptures diplomatiques » existent aussi dans ces relations du fait de ce qui est perçu comme une forme de discrimination. Parfois, les délégations d’hommes politiques ne sont pas reçues, ce qui arrive rarement à celles de l’État.

Il s’y ajoute que même si les chefs religieux sont souvent satisfaits de l’État, il n’en demeure pas moins que l’ère des « ndigeul » ou consignes de vote semble être révolue. Les talibés ou disciples savent faire la part des choses entre le spirituel et le temporel, entre leurs actes d’allégeance aux marabouts et leurs droits et devoirs de citoyens. Heureusement d’ailleurs que les consignes de vote ne se donnent plus au risque de voir des disciples entrer en rébellion contre leurs chefs religieux. Alors que font ces derniers. Ils disent aux hommes politiques ce qu’ils veulent entendre, donnent parfois des conseils en adoptant un langage diplomatique pour ne pas blesser. Justement, c’est cette attitude qui fait la vitalité de notre démocratie. L’implication des pouvoirs religieux n’influe ainsi en rien sur la volonté du citoyen lambda même si certains hommes politiques ont encore du mal à le comprendre. Pourtant, ils doivent savoir que Wade a perdu en 2012 malgré qu’il avait arrosé de billets de banque nombre de familles religieuses.

Assane Samb

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