Confidences

Ce que j’ai ressenti suite au décès d’acteurs de la série Ma Famille

  • Date: 23 septembre 2015

Artiste comédien, acteur, producteur et chanteur à ses heures perdues, Michel Gohou est assez connu en Afrique grâce à la série ‘’Ma famille » et les ‘’guignols d’Abidjan ». Depuis, il a fait du cinéma et a pris part à la 18ème édition du festival de cinéma africain de la ville marocaine de Khouribga. Dans cet entretien qu’il nous a accordé jeudi dernier (17 septembre2015) il ne nous parle pas que de cinéma et de théâtre. Il évoque ici l’état de la musique africaine en général et celle ivoirienne en particulier. Il parle également de sa prochaine venue à Dakar et de ce qu’il va présenter au public sénégalais. Il est également question dans cette interview du retour éventuel de la série ‘’Ma famille » et des décès survenus dans le groupe.

Qu’est-ce qui vous amène à Khouribga

Je suis là dans le cadre de la tenue de la 18ème édition du festival de cinéma africain de Khouribga (du 12 au 19 septembre dernier). Alors, l’on sait que le point focal est le cinéma. C’est la première fois que je viens à Khouribga. Je suis venu plusieurs fois au Maroc quand même. Je dois dire que c’est une ville splendide, extraordinaire et très belle. J’accompagne un film. C’est ce qui explique ma présence ici. J’ai joué dans le film ‘’Braquage à l’africaine » qui est dans la compétition officielle et réalisé par Owell Brown qui avait aussi fait le film ‘’Le mec idéal ». Etre ici me permet de rencontrer des gens et de prendre part aux débats. C’est aussi l’apprentissage chaque jour. Parce que ce n’est pas parce qu’on a joué dans un film qui remporte des lauriers qu’on doit dormir. On doit continuer d’apprendre en allant voir le film d’autrui. On peut apprendre de plus petit que soi. Alors, c’est la somme de tout ça qui fait un grand homme de cinéma. Chaque jour que Dieu fait, on continue d’apprendre.

On vous voit vous balader tranquillement dans les rues de la ville. Il n’y a jamais de grande foule comme c’est le cas dans les autres pays d’Afrique quand vous sortez. Ça vous étonne que vous soyez anonyme ici ? 

Non ce n’est pas étonnant. Ici, c’est un autre côté du continent. Le nord de l’Afrique n’est pas trop imprégné de tout ce qui se passe au centre de l’Afrique et vice-versa. Et c’est ce que nous décrions dans nos interventions. Il faut que l’Afrique soit une et indivisible, surtout sur le plan culturel. Nous devons briser les frontières. Du nord au sud, de l’est à l’ouest, il faut qu’on s’imprègne davantage. Il faut qu’on travaille en symbiose, il faut qu’on travaille coude à coude, en rangs serrés. Ainsi, l’Africain du sud pourrait se reconnaître au nord et l’Africain du nord se reconnaître d’est en ouest. Quand on parle de cinéma africain, il faut que ce soit conjugué de façon collégiale.

C’est grâce à la série ‘’Ma famille » que vous êtes devenu célèbre au Sénégal. Comment êtes-vous arrivé dans l’équipe d’Akissi Delta ? 

C’est une série où on est arrivé spontanément et où chacun avait quelque chose à revendre. Quand on te confie un rôle, il faut le travailler et le retravailler ainsi qu’essayer de relire le procédé à ta manière. Je crois que tous les acteurs qui ont joué dans ‘’Ma famille » avaient cet esprit-là. Donc quand on se retrouvait devant les scénarii, chacun y mettait du sien. Tout le monde avait à l’idée de gagner un pari parce que c’était la première fois qu’une actrice de cinéma s’engageait dans la production de séries. Il fallait la soutenir. Et chacun devait défendre sa peau après. Dieu merci, le résultat était plaisant quand même.

On avait promis un retour de la série. Depuis, plus rien. Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Je n’en sais rien. Je ne suis pas producteur de ‘’Ma famille ». La question pourrait être posée à Akissi Delta qui en est la productrice. Toujours est-il que moi, j’ai été approché par la production de Lad pour me signifier que la reprise du tournage était imminente. Chacun a donné son accord de principe et tout le monde était unanime. Mais vous savez que la production cinématographique africaine est coûteuse. Et le fonds ne vient pas spontanément. Je crois que les scénarii sont prêts et que les découpages sont faits. Tout a été planifié mais il reste le déclic financier et c’est ce qu’on attend.

Personnellement comment avez-vous vécu toutes les pertes enregistrées dans le groupe, beaucoup sont décédés ? 

C’est la vie. On naît aujourd’hui, on vit demain et on meurt après-demain. Ainsi va la vie. La mort fait partie du quotidien comme la naissance. Mais c’est quand même déplorable de travailler avec quelqu’un et qu’avant même d’arriver au bout, la personne vous lâche. Elle n’est plus là. C’est beaucoup de remords et de coups de tristesse en pensant qu’il y a beaucoup de collègues qui sont tombés en cours de route. Mais le combat continue. Car ce n’est pas parce que des éléments de notre patrouille sont tombés que la bataille est perdue. C’est maintenant qu’il faut s’armer de courage et saluer leurs âmes. Sinon franchement ça fait mal.

Comment voyez-vous l’évolution du cinéma africain en tant qu’acteur ?

On se bat comme de beaux diables. Je sais que les producteurs, les réalisateurs se battent tous ensemble. La bataille, elle est donc commune. La vision aussi l’est. Mais comme je le disais tout à l’heure (ndlr voir plus haut) le déclic, c’est le financement. Maintenant la question est de savoir si à nous seuls on peut trouver le financement pour pouvoir produire des films de qualité. La réponse est non, on ne peut pas. Il faut qu’il y ait une volonté politique qui accompagne la dynamique. Si les politiques ne s’y mettent pas, le cinéma africain va toujours avoir des problèmes. Même si l’on se bat comme de beaux diables, s’ils n’appuient pas, cela ne va pas aboutir. Il faut que les décideurs politiques acceptent de construire des infrastructures pour le développement du cinéma et de créer des plates-formes de diffusion et de communication.

Parlons maintenant de la musique, vous êtes producteur et musicien, quel est l’état de la musique ivoirienne ? 

La musique ivoirienne à l’instar de la musique africaine est là où on l’a placée. Nous avons notre musique à nous, des rythmes qui nous sont propres et nos us et coutumes. Chez nous en Afrique, il faut les respecter. Il ne faut pas aller forcément copier sur l’Occident. La musique africaine, je crois qu’elle a quand même fait un pas. Aujourd’hui quand on suit les chaînes de télévision étrangères qui ne passent que de la musique, on voit les clips africains. Cela veut dire qu’on n’a pas lâché l’affaire. On se défend comme il faut et on avance du mieux qu’on peut. Hier on ne connaissait pas la musique burkinabé. Aujourd’hui on en connaît. Il y a Floby si on peut en citer. En Côte d’Ivoire, on peut citer par exemple Dj Arafat. Au Sénégal on peut en citer beaucoup. Il y a Youssou Ndour, Baaba Maal, Ismaïla Lô ou encore Thione Seck et Viviane que j’admire beaucoup. Donc, la musique africaine est en train d’avancer, même si elle fait deux pas en avant et un pas et demi en arrière. Toujours est-il qu’on gagne des centimètres et c’est l’essentiel.

Mais vous êtes d’accord qu’aujourd’hui, la musique nigériane a supplanté celle ivoirienne ? 

C’est tout à fait normal. Il n’y a pas d’explications à donner. Il fut un moment où c’est le ‘’coupé décaler » qui planait sur l’Afrique. Aujourd’hui, acceptons que le Nigeria prenne le dessus. Peut-être que demain, ce sera le Sénégal et après un autre pays d’Afrique. Mais toujours est-il qu’il va falloir suivre le mouvement. Quand le Nigeria se lève avec son rythme musical, il faut que toute l’Afrique suive. C’est comme avec le ‘’coupé décaler », étant donné qu’il est né en Côte d’Ivoire, mais on a vu des Congolais en faire. On a même vu quelques occidentaux faire du ‘’coupé décaler ». Donc, cela avait commencé à se répandre. Aujourd’hui, le Nigeria est venu avec un autre rythme qui supplante un peu le ‘’coupé décaler » et qui va même à la rencontre et à l’assentiment du mélomane international. Je crois qu’il faut suivre le mouvement et ne pas se focaliser sur l’origine de la musique en se disant que comme c’est le Nigeria, nous, nous sommes des Ivoiriens, il faut qu’on cherche notre rythme à nous. Non, il faut suivre. Demain, peut-être, ça peut-être le tour du Mali. Et tout le monde devra aussi suivre. C’est comme ça que cela doit se passer.

Comme le Nigeria avec la musique, la Côte d’Ivoire et ses comédiens sont les meilleurs en stand-up en ce moment en Afrique. Quel avenir pensez-vous qu’il peut avoir ? 

Le monde se veut nucléaire maintenant. On est en train de dépasser tout ce qui est archaïque et vieux. Maintenant on travaille avec les nouvelles technologies. Donc, il faut suivre le rythme. Quand il y a un changement qui s’impose, il ne faut pas hésiter. Avant, c’était le théâtre pléthorique où on trouvait 20 personnes sur scène voir 30. Il y avait un décor très lourd à transporter. Ce qui fait que le théâtre africain ne se vendait pas. C’était très lourd et ça ne payait pas vraiment. Les comédiens ne vivaient pas vraiment de leur métier. Aujourd’hui, on rencontre un autre genre de théâtre qui est l’humour, le stand-up. C’est un genre léger, qui se transporte facilement. Le groupe qui le fait n’excède pas généralement deux personnes. C’est souvent l’artiste et son manager. Maintenant, avec le cachet payé, ils arrivent à en vivre de façon assez décente. Je crois aussi qu’il est un genre à prendre comme il se doit. Il est vrai que moi, j’ai fait le théâtre sur les planches. J’ai presté avec de grands maîtres du théâtre en Côte d’Ivoire. J’ai joué dans pas mal de pièces de théâtre dans lesquelles j’ai tenu des rôles principaux. Mais aujourd’hui, il faut prendre une autre veste qui est le stand-up. Franchement, moi j’adhère.

Vous serez au Sénégal en octobre. Qu’allez-vous présenter aux Sénégalais ? 

Je serai là et je leur ferai un spectacle en stand-up. Il y aura beaucoup de choses. On parlera de l’état de la société, des faits de tous les jours, de la convivialité entre les hommes et les femmes. C’est tout à la fois. Mais je ne vais pas déballer tout ici comme c’est un stand-up que je vais donner. J’invite juste les Sénégalais à venir me voir. Si les Dakarois voient cette information, qu’ils sachent que ce n’est pas de l’utopie. Je serais bel et bien à Dakar en octobre. Si la publicité a déjà commencé, tant mieux, sinon votre journal va permettre de porter le message aux Sénégalais. Je leur dit, j’arrive à Daniel Sorano. On va communier et il faut qu’ils soient là. Il faut que tout Dakar se lève comme un seul homme pour pouvoir remplir la salle afin que la communion soit totale.

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