Me Mbaye Jacques Diop

Ce qu’on ne sait pas de Mbaye Jacques Diop !

Une rumeur vite démentie avait annoncé son disparition, mais son âme était bien sur la voie de l’extinction. Et il s’est finalement éteint car la mort rôde toujours quelque part. Après Bara Diouf, Mbaye Jacques a perçu, en la veille de la Fête du Sacrifice, là-bas à Yenne, aux arômes d’une brise de mer complice, la marche feutrée des anges venant le livrer à la Divinité. Le géant du jeu politique est ainsi parti, laissant le souvenir d’une prodigieuse épopée politique. Mais que de choses ne sait-on pas de lui.

Mbaye-Jacques ! Un double prénom inaccoutumé qui rend compte d’un ancrage sur le sol ferme de Rufisque, Vieille Ville de l’époque coloniale ! Il fut Mbaye, du nom de son oncle, et Jacques, du nom de Jacques Dutreuil, proche ami français de son père. Et il porta ces deux prénoms unis en diphtongue pour être un nom symbolique qui, dans l’histoire du Sénégal, renvoie à une épopée.

Du BDS au PS en passant par le PPC qu’il fusionna avec le PDS, Mbaye-Jacques a connu tous les déboires et toutes les gloires. Considéré un moment, après le Congrès sans débat de 1996 du PS, comme un baron à éloigner de l’arène, il fut combattu astucieusement par l’envoi de pseudo challengers à Rufisque pour le guerroyer, des pseudo-challengers qui ont fini eux-mêmes par s’éclipser devant un homme tenace qui ne connaissait ni abdication, ni capitulation et qui affronte tout défi sans rompre ni jamais fléchir.

Et pendant plus de deux décennies, il fut Député-Maire de Rufisque, siégeant de façon interrompue à l’Assemblée nationale du Sénégal. La ténacité qui fut son secret le conduisit, in fine, à la tête du Conseil de la République pour les Affaires économiques et sociales, sous la Présidence de Wade

Mille homonymes !

Mbaye Jacques Diop fut un homme politique, mais aussi un homme social très attentionné envers ses proches. Aider les autres était un plaisir pour lui et il ne se sentait à l’aise que quand, autour de lui, tout le monde est heureux.

Il fut d’une élégance mirifique et d’une exquise générosité. Et sa sociabilité fut telle qu’il dispose d’un nombre incommensurable d’homonymes.

Des Mbaye Jacques, on en voit partout. Ni sa famille ni ses proches n’en connaissent le nombre. 200 ? 300 ? 400 ? Personne ne sait. Lui-même, Me Mbaye Jacques Diop, fut incapable de dire le nombre de personnes qui portent son nom. Le plus connu est le teigneux Me Mbaye Jacques Ndiaye.

Des anecdotes témoignent du grand nombre de personnes qui s’appellent Mbaye Jacques. Un jour, raconte-il lors d’un entretien, en partance à Rabat pour une rencontre de l’Union des Villes africaines dont il fut le Secrétaire général, un homme d’une trentaine d’années courut vers lui à l’entrée du Salon d’Honneur de l’Aéroport pour le saluer et prendre une de ses valises. Mbaye Jacques le remercia malgré le protocole et l’homme se présenta à lui : « Je m’appelle Mbaye Jacques Sarr. Vous êtes mon homonyme ».

Le Maire de Rufisque d’alors se souvint de son défunt père, mais ne le connaissait pas comme il ne connaissait point les Mbaye Jacques qui sont au Sénégal et dans le reste du monde. Ceux-là, si nombreux, voulurent même se retrouver à l’unisson pour porter au loin les valeurs de sociabilité, de patriotisme et de justice auxquelles leur commun homonyme fut inextricable.

Jamais nommé, toujours élu

Mbaye-Jacques Diop ne fut jamais un homme politique qui épie des nominations. Il confiait que « la confiance populaire par le suffrage démocratique est plus glorieuse » que la confiance d’un homme, fut-il Président de la République. C’est pourquoi, à l’exception du CRAES, il ne fut jamais nommé, mais toujours élu.

« Et être élu, c’est être dans l’obligation morale d’interpréter les aspirations de ceux qui vous ont fait confiance, et à travers eux, de ceux de toute la communauté. Le bien commun est, et doit demeurer la raison d’être d’un responsable politique », a-t-il laissé en héritage.

C’est à 18 ans qu’il s’est engagé dans l’arène politique, en 1954. Une arène qu’il a quittée en raison de son âge et de sa volonté de laisser le champ aux nouvelles générations, inspirant ainsi un rajeunissement du jeu politique.

Il a eu le génie de survivre à toutes les cabales, avec même une utilisation de l’appareil d’Etat par l’envoi permanent d’IGE à la Mairie de Rufisque qu’il dirigeait. Mais les enquêteurs rentraient toujours bredouilles.

Sa ténacité lui a fait occuper de prestigieuses responsabilités et fonctions électives, aussi bien nationales qu’internationales. Quand il fut le Président du Conseil de la République pour les Affaires économiques et sociales, il était ainsi un conseiller écouté et un interlocuteur privilégié du Président de la République d’alors, Abdoulaye Wade.

Aujourd’hui, il est mort et son nom s’inscrit dans les pages infroissables de l’histoire politique du Sénégal. Mais ceux qui meurent ne font que déménager au pays de la Vie, là où les fleurs ne se fanent jamais. Et Me Mbaye Jacques a déménagé en passant par le cimetière de Thiawlène de Rufisque !

Pape Ndiaye

Voir aussi

images

MARIEME FAYE SALL CHEZ LES SINISTRÉS DE GRAND YOFF, DEMAIN La Première Dame en humaniste…

Aussitôt revenue de la Mecque, l’épouse du Chef de l’Etat, Marième Faye Sall comme l’appellent …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *