Confidences

CELEBRATIONS DES ANNIVERSAIRES- LA TRAITE DES ARTISTES

  • Date: 15 juin 2016

Les anniversaires occupent depuis un certain temps, une place importante voire primordiale dans l’agenda de beaucoup de musiciens sénégalais. Jadis célébrés en communion avec les proches, ils sont devenus des événements pour beaucoup d’artistes avec des parrainages des hommes et des femmes issus du milieu politique et/ou économique, qui n’hésitent pas à démontrer leur aisance financière avec des pluies de billets de banque. Ce qui constitue une aubaine pour les artistes, tenaillés par le coût de la vie et la baisse drastique des ventes des cassettes et autres CD, à cause de la piraterie, organisée à ciel ouvert dans différentes artères des villes sénégalaises.

Le 4 juin dernier, c’était Fatou Guewel Diouf qui a fêté l’anniversaire de son groupe. Timing bien calé. Puisque c’était à 72 voire 96 heures du démarrage du mois béni de Ramadan où les musiciens mettent en veilleuse leurs activités. Avant la lead vocal du groupe Sope «Noreyni», d’autres musiciens avaient envahi le Grand Théâtre ou le Théâtre national Daniel Sorano pour les mêmes raisons.
La célébration des anniversaires a même fini par exacerber la rude concurrence et l’animosité qu’il y aurait entre les artistes. Mais au-delà de cette communion avec les fans, les anniversaires sont devenus une sorte de «traite» devant permettre aux musiciens de renflouer leur compte et de résorber le gap causé par la mévente de leur produit, rudement plombée par la piraterie à ciel ouvert organisée dans les différents artères de la capitale sénégalaise et dans les autres villes.
Finalement, on assistera à un «véritable bal d’argent» ou un «concert de louanges» où des billets sont jetés sur la scène. Une situation qui est diversement appréciée par les observateurs, les musiciens eux-mêmes et des agents conseils.
ALASSANE CISSE, JOURNALISTE CULTUREL : «Les anniversaires sont des solutions alternatives à la piraterie et …»
Pour Alassane Cissé, le fait de faire des spectacles vivants et des concerts anniversaires ne sont que «des solutions salutaires ou alternatives» à la piraterie et à la menace des nouvelles technologies par rapport à la vente des productions musicales qui secouent le secteur de la musique. «Quand un artiste fait un grand anniversaire chaque année où il y a des entrées avec des tickets vendus, les parrains et les marraines lui donnent également du matériel que se soit de l’argent, des véhicules, des bijoux ou bien d’autres objets. C’est une bonne chose», confie l’ancien Chef de Service Culture de Sud Quotidien. Mieux, dit-il, c’est «une bonne stratégie de marketing» pour amplifier des spectacles anniversaires. Selon lui, il n’y a que cela qui peut aider les musiciens à trouver des portes de sortie de crise.
Néanmoins, Alassane Cissé n’est pas tout d’accord avec la manière dont s’organisent les anniversaires. Selon lui, «le seul hic dans ces stratégies, c’est que les spectacles, en général, laissent peu de place à de véritables prestations artistiques, à de véritables messages à véhiculer. Parfois des morceaux sont entrecoupés par des remises de cadeaux, d’enveloppes sur scène».
Même si, pour lui la musique nourrit certains hommes, il n’en demeure pas moins que d’autres qui n’ont pas de talents, qui ne sont pas organisés et qui ne prennent pas d’initiatives, peinent à joindre les deux bouts.
ALIOUNE MBAYE NDER, LEAD VOCAL DU SETSIMA GROUP :«Ce n’est pas une façon de gagner de l’argent mais juste de rendre hommage à des gens qui ont marqué les carrières»
Pour un musicien comme Alioune Mbaye Nder, chaque artiste peut fêter sa date de naissance ou l’anniversaire de la création de sa structure à sa manière. Allant plus loin, le lead vocal du Setsima Groupe, estime que les anniversaires sont peut-être des manières pour les chanteurs de «rendre hommage aux gens qui ont marqué leurs carrières». «L’album ne se vend plus, chacun a ses fans, certains préférant donner discrètement, d’autres d’une manière ostensible. Donc, c’est juste une façon de leur rendre hommage», soutient Nder Boy.
Même s’il avoue que le métier de musicien est «difficile», il ne va pas jusqu’à dire que les anniversaires sont des occasions pour les artistes d’empocher des millions. «Ce n’est pas une affaire d’argent», dit-il. Pour avoir fêté son 10ème anniversaire, il y a de cela quelques années, il soutient que la meilleure des manières,  c’est de «trouver par exemple un sponsor qui achète tous les billets et ensuite de prendre toute la recette pour la verser dans des œuvres sociales».
Toutefois, Nder Boy est tout à fait d’accord que «la musique ne nourrit plus son homme au Sénégal». «On n’arrive pas à vivre de notre art et il n’y a pas de politique culturelle», déplore-t-il.
PA ASSANE SECK, AGENT CONSEIL : «Les anniversaires sont une sorte de business même si…»
Pour Pa Assane Seck, journaliste «people», les anniversaires qui étaient auparavant «des moments de retrouvailles» sont devenus actuellement une sorte de «business». Même si, pour lui, les artistes cherchent dans ces manifestations à combler «les pertes engendrées par la piraterie». «Comme tout le monde, les artistes ont aussi besoin de vivre. Et puis, convenez-en, tout est social dans ce pays», soutient-il.
Avant de s’empresser de préciser, «ce ne sont pas tous les artistes qui organisent les anniversaires qui s’en sortent». «Pour réussir, il faut un bon plan marketing», préconise-t-il en donnant l’exemple de Fatou Guewel Diouf. Encore, dit Pa Assane Seck, là où «Youssou Ndour, en dix jours arrive à vendre 25000 CD ou quelqu’un comme Pape Diouf arrive aussi à s’en sortir, d’autres éprouvent des difficultés. Tout le monde n’a pas cette chance là», fait-il remarquer.
M. Seck déplore également le «mimétisme». «Tout le monde ne faisait pas les anniversaires. Mais, il suffit que quelqu’un réussisse pour que les autres s’engouffrent dans la brèche. Ce qui fait qu’on assiste à une sorte de concurrence chez les chanteurs», semble-t-il regretter.
FELIX NZALE, JOURNALISTE CULTURE : «C’est une nouvelle forme de griotisme…»
«C’est juste un moyen de contourner la crise de l’industrie musicale qui n’existe pas réellement. C’est juste une nouvelle forme de griotisme», a fait savoir le directeur de publication du Quotidien La Tribune.  Selon lui, il s’agit que de «vanter les qualités de quelqu’un, souvent des gens très riches, qui n’ont aucune moralité mais qui ont une force financière assez consistante, histoire d’être rémunéré».
«La preuve, confie Félix Nzalé, il y a des musiciens qui font deux anniversaires dans l’année». Pis, ajoute-t-il, «la plupart des chanteurs sortent un seul single et ne produisent jamais de produit fini».
Pour le reste, ils «chantent 4 ou 5 personnes qui leur font vivre jusqu’à la sortie du prochain single». Ce qui lui fait dire «qu’il n’y a même pas une industrie musicale au Sénégal» car, il y a «un manque de bonnes productions musicales, de bons studios». Félix Nzalé récuse même le prétexte de la piraterie. Et pour cause dira-t-il, «il n’y a plus de cassettes et du coup, quand vous avez de mauvais musiciens qui font de mauvaises productions, les gens n’achètent pas. C’est le premier mal de la musique sénégalaise».
Si M. Nzalé admet que la musique ne nourrit plus son homme, il a estimé que «ce sont les artistes qui ne font pas l’effort pour que la musique puisse nourrir son homme. Ils sont responsables de leur sort».
Sud quotidien

 

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