Confidences

Ces illustres inconnus

  • Date: 9 octobre 2015
 Le 28 septembre 1948, vers 10 heures du matin, arrivent à l’hôpital Principal de Dakar un homme de petite taille et un autre de taille moyenne. A leur descente de voiture, ils montent à l’étage du service des opérés récents et entrent dans la chambre numéro 4.

Sur le lit, se trouve allongé un grand corps sous le plâtre de la tête aux pieds. Ce corps n’est autre que celui du Président Ibrahima Seydou Ndaw, victime d’un grave accident de la circulation, au chevet de qui viennent se rendre ses deux amis que sont les Présidents Léopold Sédar Senghor et Léon Boissier Palun.

Cette visite avait un double objectif : s’enquérir des nouvelles de l’ami malade et l’informer de la prise de décisions d’importance concernant Senghor. D’abord et en premier lieu l’informer de sa démission de la SFIO, ensuite celles de ne pas se représenter aux prochaines élections des députés, de se retirer définitivement de la scène politique sénégalaise et enfin de rentrer en France pour y continuer sa carrière d’enseignant.

Après l’avoir écouté attentivement, le Président Ibrahima Seydou Ndaw a aussitôt réagi de la façon la plus ferme en lui faisant comprendre qu’il n’entendait pas renoncer au combat qu’ensemble ils avaient décidé de mener contre la politique du Président Lamine Gueye.

Le président Boissier acquiesçait de la tête et le Président Ibrahima Seydou Ndaw de demander à Senghor de reconsidérer sa position et de s’engager dans une logique d’une autre nature : celle de la création d’un parti d’opposition.

Mais Senghor, qui voyait le Président Lamine Gueye inattaquable et imbattable en raison de ses nombreux soutiens auprès des autorités et de l’administration coloniale de l’époque, en plus des quatre (4) communes, entendait persister, affirmant que sa position était irréversible. Il estimait que, face à la puissance de Lamine Gueye, il serait suicidaire de l’affronter compte tenu surtout de la précarité de l’état de santé du Président Ndaw.

Boissier ayant adhéré totalement à l’idée de la création d’un parti d’opposition, le Président Ndaw et lui se sont employé à convaincre Senghor. Ce qui n’à point été facile car il leur aura fallu plusieurs tours d’horloge pour aboutir à un accord.

C’est ainsi que le Président Ibrahima Seydou Ndaw a donné le nom du parti et demandé l’impression dans un premier temps de trois mille cartes de membre. Senghor, toujours sceptique, estimait le nombre de cartes excessif. Le Président Ndaw lui avait répondu par un silence plat et un long regard qu’il eut du mal à contenir.

Aujourd’hui, 25 septembre 2015, après 67 ans d’histoire, le Parti Socialiste (PS) demeure toujours populaire et performant. Un véritable challenge au Sénégal. C’est pourquoi nous voudrions profiter de cette occasion pour rendre grâce à Dieu et rendre une fois de plus à son Père fondateur, le Président Ibrahima Seydou Ndaw, et à ses illustres compagnons, un vibrant hommage tout en revisitant leur passé glorieux.

Devant sa Majesté, le Roi Mohamed VI , le chef de l’Etat, le Président Macky Sall et de nombreux dignitaires religieux, politiques et coutumiers, nous avons assisté à un hommage au goût d’inachevé ; car évoquer l’inauguration de la Grande Mosquée de Dakar par le Président Senghor, en présence du défunt Roi du Maroc, sans rappeler que le Président Mamadou Dia a été à la base de sa construction, relève d’une omission ou d’une erreur grave qui mérite d’être rectifiée à plus d’un titre.

D’aucuns y voient une volonté délibérée d’escamoter la vérité et de porter ainsi préjudice à l’historicité des faits. Il est curieux de constater aujourd’hui que, depuis plus d’un demi-siècle que la grande mosquée de Dakar a été construite, la majorité des Sénégalais ignore que le Président Mamadou Dia en est le concepteur et le réalisateur, avec le soutien actif d’un de ses meilleurs amis, Feu le Roi Mohamed V. C’est ainsi que toutes les réalisations de cet homme d’Etat exceptionnel sont dissimulées au peuple sénégalais.

Ce cadre offrait une occasion merveilleuse de rappeler le caractère exemplaire à tout point de vue de la grande amitié qui liait le Président Mamadou Dia au Roi Mohamed V. Une amitié qu’en dehors du Président Ahmed Sékou Touré, le Roi du Maroc n’entretenait avec aucun autre chef d’Etat africain.

Si c’est Senghor qui a inauguré la Grande Mosquée de Dakar, l’histoire retiendra surtout que c’est le Président Dia qui l’a construite. Faut-il rappeler que c’est le même Mamadou Dia qui a aidé à la reprise des travaux de la Grande Mosquée de Touba en 1957, après un long arrêt, et que c’est encore le même Senghor qui l’a inaugurée pendant que Mamadou Dia était en prison.

Educateur de formation, instituteur émérite, le Président Mamadou Dia est venu à la politique par le biais du Président Ibrahima Seydou Ndaw qui, le premier, a découvert en lui une foudre d’orateur, une plume d’or et un bourreau de travail. C’est ainsi qu’à la création du BDS, il lui a confié la rédaction des documents de bases du parti, son implantation à travers le pays et son secrétariat général provisoire, avant d’être confirmer à ce poste jusqu’en 1959, conformément à la volonté renouvelée de ses camarades de parti.

Vice-président du Conseil du gouvernement du Sénégal avant l’indépendance, il a gouverné le pays avec Ibrahima Seydou Ndaw, à l’époque, comme Président de l’Assemblée Territoriale du Sénégal de 1957 à 1959. De 1959 à 1962, investi de tous les pouvoirs en qualité de Président du Conseil du gouvernement, il a de fait gouverné le Sénégal.

Avant d’avoir été le père de notre indépendance en signant son acte, il a été l’initiateur de nos réformes juridiques, administratives et économiques. Donc le concepteur et le réalisateur de l’Etat du Sénégal.

oursuivant son rôle d’inaugurateur, Senghor est venu après 1963 comme pour le consolider pour ne pas dire fignoler. Son grand talent d’économiste reconnu lui a permis d’initier, avec l’aide du Père Lebret, notre premier plan de développement avec la création de centres d’Expansion Rurale, de centres d’Animation Rurale et des centres de Coopération. Très tôt, il a acquis la notion du développement à la base et par la base.

Après d’avoir jeté les jalons d’une politique d’autosuffisance alimentaire, il a aussitôt, entre autres, créé la SAED et construit l’Ecole Nationale des Cadres Ruraux de Bambey, le centre de formation et de perfectionnement administratif (CFPA) et l’école nationale d’économie appliquée (ENEA).

La réussite de sa politique d’habitat social avec la mise en place de l’Office des Habitations à Loyer Modéré (OHLM) ne souffre d’aucune ambiguïté.

Le Président Dia a été, avec le Président Julius Nyerere, un des précurseurs du développement à partir de la base en Afrique.

Aussi sa contribution au côté de MR Gally, Cheikh Ahmadou Mbacké « Gaïndé Fatma » et d’autres compatriotes de bonne volonté a permis la mise sur pied de la SICAP, dont le rôle dans le domaine de l’habitat social est aussi important que celui de l’OHLM.

Création de Air Afrique 

Le Président Mamadou Dia a eu notamment à créer deux (2) institutions bancaires que sont la BNDS et l’USB qui étaient exclusivement réservées, la première au monde rural, la seconde à l’entreprenariat, avec interdiction formelle aux fonctionnaires et aux politiques d’y toucher. Ces deux organismes financiers, conçues pour promouvoir notre développement économique, avaient commencé à faire leurs preuves avant d’être vandalisées par de sinistres prédateurs aussitôt après l’arrestation du Président Dia.

Sa participation dynamique et efficace aux cotés de ses pairs à la création de la première compagnie aérienne africaine (la regrettée Air Afrique) et à la nomination de son premier Directeur Général Sénégalais, Feu Cheikh Fall, a été des plus déterminante dans la réussite de cette audacieuse expérience continentale.

Nous n’avons pas la prétention de revenir ici sur toutes les grandes réalisations du Président Dia, tant elles sont nombreuses et variées, mais il nous fallait en énumérer quelques unes de manière pédagogique pour ceux qui les auraient encore ignorées.

Malheureusement, certaines infrastructures qu’il avait soigneusement mises en place sont les unes mortes sous l’ère malsaine du régime de son successeur, d’autres dévoyées. D’où notre retard sur tous les plans. Nostalgique du régime du Président Dia, on ne peut s’empêcher d y penser chaque fois aujourd’hui que le Président Macky Sall pose un acte fort.

Il est anecdotique de constater que c’est Dia qui construisait et Senghor qui inaugurait les chrysanthèmes. Une belle illustration du compagnonnage politique de nos deux hommes.

C’est ainsi que des falsificateurs de notre histoire sont allés jusqu’à attribuer à Senghor la paternité du BDS (Bloc Démocratique Sénégalais) qui n’est autre que l’ancêtre de l’actuel Parti Socialiste (PS). Ils semblent ignorer qu’à cette époque, celui-ci était peu connu.

Ne maitrisant même pas sa langue maternelle et ne sachant parler aucune langue du pays, il était sans ressource financière. Ils ne savent certainement pas qu’a la même époque, c’est Me Léon Boissier PALUN qui l’hébergeait avec sa femme Ginette Eboué et l’assistait financièrement avec le concours de Mbaye Diagne DEGAYE.

Feu Bacary Diagne, fils aîné de ce dernier, détenait les récépissés des mandats que son père envoyait régulièrement à Senghor. Dans les conditions que voilà, comment pouvait-il créer un parti politique ? C’est la pire des aberrations. Autant, ils ignorent que l’homme était surtout réticent à la création de ce parti, terrorisé par Lamine Gueye qu’il disait sans cesse trop puissant à travers les quatre (4) communes. Ils ne savent pas notamment que, parmi les principaux cofondateurs du BDS, Senghor est sans conteste, celui qui a le moins contribué à sa réussite.

Evidemment, le mythe du diplôme dont il était le seul titulaire à l’époque aidant, Senghor jouissait de beaucoup de considération, d’estime et d’admiration auprès de ses camarades de parti. N’en déplaise à tous ceux qui, au sein du Parti Socialiste (PS), s’obstinent à ne pas regarder la réalité en face et vouer au vrai père fondateur de leur parti et de ses principaux collaborateurs la reconnaissance, l’estime, le respect et la considération qu’ils méritent.

Le Parti Socialiste ne s’en porterait que mieux. Si le BDS était un humain, c’est Ibrahima Seydou Ndaw qui serait la tête, Mamadou Dia les membres supérieurs, Léon Boissier Palun, Abdou Karim Bourgi et Mbaye Diagne Degaye le cœur et les organes vitaux et enfin Senghor les membres inférieurs.

S’il était un immeuble, Ibrahima Seydou Ndaw serait l’ingénieur-architecte, Mamadou Dia le chef de chantier, Léon Boissier Palun, Abdou Karim Bourgi et Mbaye Diagne Degaye les financiers et Senghor le décorateur. De grâce, sifflons la fin de la récréation et cessons de jeter des fleurs fanées aux imposteurs.

Le Président Léon Boissier Palun, ce sénégalais d’adoption, en décidant de rentrer définitivement en France, à la suite d’un profond désaccord avec Senghor, nous a légué deux (2) immeubles situés au Plateau contrairement à certains Sénégalais de souche qui nous ont pillés pour se construire des immeubles et autres villas cossues. Nous ne saurions ne pas évoquer le rôle important joué par Me Boissier Palun dans l’histoire politique du Sénégal.

Ancien Ministre du premier gouvernement du Sénégal sous la Loi Cadre, Boissier a participé brillamment au processus de notre indépendance avant d’être porté à la tête du Conseil Economique et Social. Rappelons que c’est lui qui a payé les frais d’impression des trois mille premières cartes de membres du BDS et le Car Rapide dit « Ndondi » avec lequel le Président Dia a sillonné le pays pour y implanter ce même parti. Avocat de formation, ce grand génie a conçu et réalisé les plans architecturaux de l’Assemblée Nationale et de l’Ancien Palais de Justice du Cap Manuel.

L’idéal serait de rendre solennellement hommage à ces illustres inconnus, dont le seul crime est d’avoir été humbles, modestes et effacés. Ailleurs, il existe des scandales géologiques mais au Sénégal nous vivons de véritables scandales humains à travers l’oubli de ces hommes de référence.

L’imam des années 60

Nous nous en voudrions de ne pas signaler que dans la même situation se trouvent confondus de nombreux hauts dignitaires religieux, musulmans et chrétiens, comme Thierno Souleymane Baal, Tafsir Maba Diakhou Ba, Mgr Yacinthe Thiandoum, l’Abbé Sock, Cheikh Abdoul Aziz Sy Dabakh, Cheikh Bamba Sall, Cheikh Ahmadou Mbacké Gaïndé Fatma, Serigne Mbaye Sy Mansour, Cheikh Abdou Ahad Mbacké et Khaly Omar Fall de Pire, pour ne citer que ceuxlà. Ensemble, travaillons à les faire découvrir par les générations montantes et futures qui y gagneraient à cesser d’importer des valeurs, des modèles et des références.

Les morts ne sont pas morts, disait Birago Diop, comme pour perpétuer la mémoire des grands disparus. Par contre, au Sénégal, on semble vouloir nous faire croire que ces morts sont morts, définitivement morts et enterrés.

Au vu de tout ce qui précède, la reconversion des mentalités tant prônée par le Président Dia est plus que jamais d’actualité. Plus de cinquante années après cette volonté exprimée du Président Dia de restaurer nos valeurs morales en danger, la perversion des mentalités, de la morale et de l’éthique est telle qu’elle menace dangereusement aujourd’hui les fondamentaux même de l’Islam.

Que dire de cet « Imam » des années soixante (60) dont le « wax-waxeet » avait longtemps défrayé la chronique ? Après avoir donné le prénom de son fils au Président Dia, il déclara, après l’arrestation de celui-ci, que le parrain de son fils était le prophète Mouhamadou Rassouloulah (PSL) et non Mamadou Dia. Aujourd’hui que la détérioration de nos valeurs a atteint un niveau jamais égalé, il urge de revenir à nos anciennes pratiques les plus saines et aux hommes vertueux qui les incarnaient.

Quoi de plus grave que la présence parmi les profanateurs de nos valeurs morales, d’individus ostensiblement affublés de l’épais manteau religieux. Ces véritables boursicoteurs politiques, qui n’hésitent pas à transformer leurs Dahiras en partis politiques dans l’intérêt exclusif de leurs familles. Sans scrupule, ni vergogne, ils caracolent en tête du troupeau des transhumants les plus abjects au détriment de la morale et de la discipline de leur confrérie.

C’est pourquoi nous continuons à croire que c’est l’engagement du Président Macky Sall à restaurer ces valeurs travesties, à lutter contre l’injustice et l’impunité, à procéder à la reddition systématique des comptes et à prendre en compte les conclusions des Assises Nationales dans la révision constitutionnelle prochaine qui ont été déterminants dans son élection et non celui de réduire son mandat de sept à cinq ans.

Pour toutes ces raisons, nous devons nous rappeler de ces héros, ces modèles, hélas tombés dans l’oubli le plus total, nous inspirer de leurs valeurs et les inculquer aux prochaines générations. C’est à ce prix seulement que nous pouvons émerger sous un soleil nouveau où il fera bon vivre.

En vérité, il existe au Sénégal d’innombrables personnalités d’envergure incommensurable qu’une certaine politique d’ostracisme, savamment orchestrée, a mises hors du champ visuel du peuple sénégalais en général et de sa jeunesse en particulier en quête de modèles étrangers.

De toutes ces victimes, le cas du Président Ibrahima Seydou Ndaw demeure le plus grave. Parmi les parrains politiques, politico-religieux, et coutumiers du Sine-Saloum, le Président Ibrahima Seydou Ndaw est politiquement le plus important et présente incontestablement le taux d’utilité sociale le plus élevé. Mais il demeure malheureusement le moins pris en considération.

Militant sans étiquette politique pendant de nombreuses années, il s’est dévoué corps et âme et de manière désintéressée à la cause de ses concitoyens. C’est pourquoi sa carrière politique a été des plus fulgurantes. Premier africain premier adjoint au Maire de Kaolack avant l’indépendance, il a été le premier Maire de cette ville après l’indépendance. Il fut également élu premier président de l’Assemblée Territoriale érigée en Assemblée Constituante puis Législative du Sénégal, responsable politique du Sine-Saloum et enfin Premier président honoraire de l’Assemblée Nationale à sa disparition.

Le Président Ibrahima Seydou Ndaw était également le Président de l’Association des commerçants du Sine-Saloum qu’il avait luimême créée pendant l’occupation coloniale. Alors que son parrainage porte sur une école élémentaire en zone inondable et une avenue où son nom est mal écrit, le Président Lamine Gueye, qui n’a aucun lien avec le Sine-Saloum et sa capitale et qui n’y a exercé aucune fonction, s’est vu décerner le titre de parrain du stade omnisport de Kaolack.

Le marabout Cheikh Ibrahima Niasse se voit attribuer le double titre de parrain de l’hôpital de Kaolack et de l’Université du SineSaloum. Ainsi, le lycée de Kaolack revient à Valdiodio Ndiaye, ancien Ministre de l’intérieur du Sénégal, ancien responsable politique régional du Sine-Saloum et ancien Maire de Kaolack. En réalité, toute cette distribution, même parcimonieuse, de titres de parrainage ou d’avantages quelconques ne saurait assurer une élection ou une réélection à un candidat qui ne respecterait pas ses engagements vis-à-vis du peuple.

Or, les faits qui sont d’un entêtement inouï nous rappellent que c’est grâce au soutien du Président Ibrahima Seydou Ndaw que le Président Lamine Gueye a été élu Président du Conseil Général en 1945 ; que le Président Ibrahima Seydou Ndaw a toujours triomphé largement de toutes les élections qu’il a eu à disputer avec le Marabout Cheikh Ibrahima Niasse et Djim Momar Gueye, son rival politique de l’époque.

Quant à Valdiodio Ndiaye, il est incontestablement un pur produit du Président Ibrahima Seydou Ndaw dont le soutien constant et déterminant ne lui a jamais fait défaut depuis ses études jusqu’à sa nomination au poste de Ministre de l’Intérieur, en passant par sa carrière professionnelle et parlementaire. Il fait partie, avec le Président Kéba Mbaye, Lamine Diakhaté et tant d’autres, des cadres supérieurs sénégalais qu’il a aidé à se forger et qui font aujourd’hui la fierté de notre peuple.

Le Président Ousmane Camara a eu l’honnêteté intellectuelle et le courage d’en témoigner dans son dernier ouvrage : « Mémoires d’un juge africain ».

Ce sont là des réalités probablement méconnues de la génération d’après indépendance qui mérite qu’on y revienne pour l’histoire et la morale. Aussi, certains cumuls dans l’attribution des titres de parrainage sont-ils manifestement injustes, donc inacceptables.

Premier titre foncier de Touba 

En effet, il existe au Sine-Saloum d’autres personnalités religieuses comme Tafsir Maba Diakhou Ba et l’Imam Abdou Kane qui méritent, elles aussi, d’être célébrées eu égard à leur dimension spirituelle et morale incommensurable. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Cheikh Ibrahima Niasse était pour moi un père que j’aimais, qui m’a toujours manifesté son estime et son affection ; son ancienne épouse, Sokhna Yama Sow, peut en témoigner.

Le Président Lamine Gueye, que je fréquentais et qui a connu mon père depuis la SFIO, nourrissait des sentiments de profonde sympathie à mon égard en raison de ma proximité avec le Président Ibrahima Seydou Ndaw et n’hésitait jamais à me le manifester à chaque occasion ; c’est ainsi qu’il m’appelait affectueusement « Toma » : homonyme.

Quant à Valdiodio Ndiaye, de solides liens d’amitié, de fraternité et d’estime nous ont liés à jamais ; c’est ainsi qu’ensemble nous avons eu à partager pendant sa longue détention des moments aussi émouvants qu’exaltants. Mais de par ma tradition et mon éducation, je n’ai jamais pu souffrir que l’on malmène la justice et travestisse la vérité.

Sur le plan religieux, Ibrahima Seydou Ndaw entretenait les meilleures relations avec toutes les cités religieuses du pays. Rappelons que c’est lui qui a effectué toutes les démarches qui ont abouti à la délivrance du premier Titre Foncier de Touba qu’il remettra entre les mains de Cheikh Mamadou Moustapha Mbacké, premier Khalif de Cheikh Ahmadou Bamba en 1927.

L’on sait toute la grande importance que recèle ce document, car en plus des prières et des bénédictions de Serigne Touba, il a largement contribué à la sécurisation et à la valorisation du périmètre foncier de la ville Sainte. Son action et son soutien s’étendaient à toutes les capitales religieuses du pays comme en témoigne son chauffeur Feu El hadji Amadou Gueye Lat-Dara, qui était également un des grands adeptes de Seydi Ababacar Sy.

A la demande de son ami et frère Cheikh Awa Balla Mbacké, il a fait construire le premier forage de Darou Mouhty à un moment où cette collectivité très importante dans le dispositif du mouridisme était confrontée à une pénurie d’eau sans précédent.

Feu Amadou Doudou Sarr, ancien Directeur Général de l’ONCAD, alors membre du mouvement des jeunes du BDS, nous a informés qu’un jour où ce forage est tombé en panne de mécanique et de carburant, il a été dépêché par le marabout auprès du Président Ndaw qui a aussitôt réagi le même jour à la très grande satisfaction des populations, sorties en masse dès qu’elles ont entendu le bruit des moteurs du forage. Le président Ibrahima Seydou Ndaw est connu pour avoir été le parrain de tous les grands hommes politiques sénégalais à l’exception de Blaise Diagne et Ngalandou Diouf.

Après avoir découvert Mamadou Dia par l’intermédiaire de Monsieur Ibrahima Diouf, alors Directeur d’école à Fatick, comme a eu à le reconnaître humblement le président Dia dans son ouvrage « Corbeille d’Afrique », il a été le père fondateur du BDS.

Une bonne partie des militants de l’actuel Parti Socialiste feignent d’ignorer, aujourd’hui, ce détail important parmi d’autres de l’histoire de leur parti.

Ainsi, c’est toujours le Président Ibrahima Seydou Ndaw qui a mis les pieds de Senghor à l’étrier, au moment où, accablé par l’entourage immédiat du Président Lamine Gueye, il s’apprêtait à renoncer définitivement à la politique pour retourner en France. Sa caution, nous ne le répéterons jamais assez, a été déterminante dans l’élection du Président Gueye en 1945.

L’aveu est du Président Lamine Gueye, qui, après avoir été laminé aux élections de 1951, confiait à ses proches que son tombeur n’était ni Senghor, ni Dia, mais Ibrahima Seydou Ndaw. Ainsi leur avait il promit de les infiltrer afin de les diviser. C’est pourquoi le Président Ibrahima Seydou Ndaw s’était vivement opposé à la fusion de leurs deux partis décidée par la France.

Ainsi un an après la réalisation de cette fusion le Président Ibrahima Seydou Ndaw devait quitter le parti avec beaucoup d’amertume après l’avoir créé dix ans auparavant et le Président Dia cinq ans après en été écarté dans des conditions dramatiques. Avec son rêve d’un pouvoir absolu, Senghor était très mal a l’aise au milieu de ses trois anciens compagnons d’infortune qu’étaient les Présidents Ibrahima Seydou Ndaw, Mamadou Dia et Léon Boissier Palun qui après l’avoir adopté ont été également à l’origine de toute sa fortune politique.

Senghor avait la présomption à l’époque pour pouvoir régner en maitre absolu, il lui aurait fallu auparavant écarter du pouvoir ces trois grands leaders .Ce qu’il aura réussi sans coup férir grâce à la duplicité de ses victimes qui croyaient en la réciprocité des sentiments d’estime et de confiance qu’elles nourrissaient à son égard.

Après l’élimination des trois hommes, les uns après les autres, Senghor est resté seul maitre à bord avec le Président Lamine Gueye, son ancien mentor, dont il était, certes redevable tout comme à l’égard des trois autres sinon plus. Ainsi ils se sont confortablement réinstallés l’un à la tête de l’exécutif, l’autre à la tête du parlement pour gouverner le Sénégal

C’est ce qui explique également l’effondrement de la SFIO du Président Lamine Gueye quand il a quitté en 1948 pour fonder le BDS. Ibrahima Seydou Ndaw a, seul parmi tous les hommes politiques de sa génération, eu le grand mérite d’avoir combattu de façon permanente les autorités coloniales de l’époque et certains chefs de canton véreux qui oppressaient nos faibles paysans et d’autres démunis sans défense.

A cette époque, il n’exerçait aucun mandat politique et ne s’était armé que de sa plume, son courage et sa détermination, d’où son surnom de « Jaraaf ». De nombreux administrateurs de colonies et agents de l’administration coloniale, dont nous détenons la liste, furent l’objet de sévères sanctions administratives à cette époque. S’ingénier aujourd’hui à effacer ces grandes figures de la mémoire collective nous semble être une gageure aussi vaine que l’ensevelissement d’une ombre.

En l’état actuel des choses, on peut affirmer sans risque de se tromper que nos élèves et étudiants n’ont aucune notion de l’histoire politique nationale car ils n’auraient pas dû ignorer ces Acteurs. Cette carence est indubitablement imputable à nos historiens, à nos médias, à nos communicateurs traditionnels et autres artistes.

« Un historien doit être intègre et impartial » 

Au regard de tout ce qui précède, nous ne pouvons qu’être sceptique quant aux résultats de la commission chargée de rédiger notre Histoire, tant certains de ses membres et non des moindres auront du mal à nous convaincre de leur fidélité et de leur neutralité.

Leur comportement à l’occasion de leurs prestations médiatiques et de certains événements politiques et syndicaux nous le fait penser.

Nous ne voulons pas nous ériger en donneur de leçon mais il est tout de même évident qu’un historien, fût-il un agrégé, doit être intègre, impartial, constant et fidèle dans ses convictions après un choix judicieux.

Ses recherches et la publication de leurs résultats ne doivent être guidées que par le souci de la vérité, de la transparence et de l’objectivité. Aussi, ses jugements doivent-ils découler d’une logique sans faille. Ces professeurs sénégalais agrégés d’histoire, qui n’ont appris aux étudiants sénégalais qu’à découvrir et seulement de manière superficielle Blaise Diagne, Ngalandou Diouf, Lamine Gueye, Gasconi, Carpot, et leurs semblables au détriment de nos grandes figures de référence comme celles que nous avons citées plus haut, mériteraient un audit pédagogique et de sévères sanctions.

Aujourd’hui il est aisé de constater que le retard dont souffre le Sénégal est dû dans une large mesure au mythe du diplôme et de la perte de nos valeurs.

Il serait temps, si nous voulons réellement émerger, de faire tomber ce mythe à en juger par les résultats des agrégés qui ont gouverné notre pays, comparés à ceux des non-agrégés. Ni Mamadou Dia, ni Ibrahima Seydou Ndaw n’étaient agrégés de quoi que ce soit mais ils étaient des patriotes convaincus, compétents et d’une intégrité immarcescible.

Ils n’ont ni pillé ni laisser piller le pays ; ils ont été notamment avec le Président Abdou Diouf, les seuls à n’avoir pas accédé au pouvoir par un escalier de cadavres, ou à n’avoir pas gouverné assis sur des cadavres. C’est pourquoi ils ont réussi les prouesses que l’on sait.

Il est dommage de constater que chez certains intellectuels le gros diplôme en général et l’agrégation en particulier, ne sont que des enjoliveurs dont il faut se parer pour tromper, exploiter le peuple et assouvir ses ambitions personnelles, faisant ainsi fi de la morale.

C’est ainsi qu’à l’occasion des événements mémorables de Mai 68, des syndicalistes véreux, obnubilés par l’agrégation et des postes ministériels, ont trahi le mouvement syndical en échange de bourses d’études froufroutantes à l’étranger avec la promesse ferme d’acquérir des postes de responsabilité importants et lucratifs à la fin de leurs études, bien qu’ils s’en défendent aujourd’hui.

Je défie la commission chargée d’écrire l’Histoire du Sénégal de rapporter fidèlement, entre autres, les événements de 1962, de 1963, de Mai 68, de 1993, de 1994, de 1996 et surtout ceux de, de 1963 ainsi que ce charnier maritime qu’est le bateau « Le Joola ».

Face au peuple et à l’Histoire, ce sont tous les membres de cette commission nationale et leurs consciences qui sont interpellés car notre avenir dépend, dans une large mesure, du succès de leurs travaux. Leur échec serait un désastre incommensurable, car comme aime le rappeler Alain Foca de RFI : « nul n’a le droit d’effacer une page de l’Histoire d’un peuple, car un peuple sans Histoire est un peuple sans âme ».

* Les intertitres sont de la rédaction de l’Enquête+

El Hadji Amadou Lamine Sakho dit Kéba,

Ancien secrétaire particulier de Feu le Président Ibrahima Seydou Ndaw

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