Confidences

Champs de tir de Dodji- Quand des villageois cohabitent avec des obus de mortier

  • Date: 30 septembre 2015

La cohabitation entre les populations de Dodji et le champ de tir, qui est à 7 km du village, est de plus en plus tragique. Depuis l’installation de champ de tir en 1955, plus d’une soixantaine de victimes ont été recensées, du fait des dégâts collatéraux des exercices militaires dans cette zone, au coeur du Djolof. Les habitants du village de Dodji paient d’ailleurs un lourd tribut face à ses engins de mort non explosés. Après le départ de l’armée française, les cas de décès liés à ces obus sont de plus en plus rares grâce aux mesures de sécurité prises par les militaires sénégalais. Des mesures qui constituaient à faire un ratissage complet pour la destruction des munitions à la fin des tirs. Mais cela n’a pas pas mis fin à l’hécatombe.

LINGUÈRE – Le village de Dodji, qui se situe à 25 km au Nord de Linguère, abrite le plus grand champ de tir de l’Afrique sud-saharienne, communément appelé le Centre d’entraînement tactique n°2. Construit en 1955, le champ de tir a une superficie de 105 km² et est entouré de petits villages satellites. C’est ici que se déroulent une bonne partie des manoeuvres de l’Armée nationale, celle de la France et d’autres pays africains.

Chaque année d’ailleurs, l’armée française venait 4 fois au moins à Dodji pour des entraînements, de même que l’armée sénégalaise qui maintient d’ailleurs une section de militaires à Dodji. Egalement, les militaires africains, envoyés en mission par l’Onu, subissent une formation dans ce champ de tir, où les armes lourdes, les pièces d’artillerie, les blindés, les chars de combat, etc, sont expérimentés.

Un obus non explosé peut rester actif plus de 10 ans

Au cours des tirs, si la cible est atteinte, la munition explose en se défragmentant et en faisant des éclats qui peuvent atterrir sur un rayon de 500 mètres. Mais s’il arrive que le tireur rate sa cible, la munition peut s’enfoncer dans la terre sans se défragmenter. Sa durée de vie sous terre peut dépasser 10 ans.

Cependant, au fil des années, sous l’- effet des vents et des pluies, ces armes, dormant sous le sol, remontent petit-à-petit vers la surface de la terre. A l’époque, après chaque manoeuvre militaire, le polygone de tir n’étant pas surveillé et les populations, ignorant du danger, l’assaillaient pour ramasser les engins non explosés pour extraire le métal qui est à l’intérieur. Et souvent, elles étaient victimes d’accidents presque toujours mortels.

Mais les campagnes de sensibilisations menées et les dégâts causés par ces explosifs ont fini par éloigner quelque peu les populations. Surtout que l’armée menait aussi des campagnes de ramassage des obus. Malgré cela, en 2009, un jeune berger du nom de Demba Bodiel est tombé dans le champ de tir en conduisant son troupeau. Il avait sauté sur un obus de mortier qui a explosé. Il avait ainsi rejoint son épouse décédée dans les mêmes circonstances un an avant, c’est-à-dire en 2008.

Auparavant, en 2004, un berger répondant au nom d’Abdou Ba, âgé d’à peine 15 ans, et qui avait conduit son troupeau à l’intérieur du champ de tir, était tombé sur un engin explosif qu’il ramassa par ignorance. Et, malheureusement, il a perdu les deux doigts à sa main gauche.

Le champ de tir, cause de mortalité à Dodji

Et ce ne sont là que quelques exemples. Car, de sources concordantes, les forgerons et les bergers sont les principales victimes. Les uns investissent la zone à la recherche de métal ou de ferraille pour leurs ouvrages, les autres cohabitent avec ces obus par ignorance en menant leurs troupeaux aux pâturages et ils y laissent souvent leurs vies.

Le plus souvent les bergers ou transhumants allument le feu sur l’obus dormant qu’ils tentent de déboucher et la munition explose. Ainsi, sont-ils une soixante à avoir trouvé la mort, victimes des obus, dans ce champ de tir de Dodji, depuis 60 ans que ce camp existe.

Soit en moyenne une victime au moins chaque année. Les populations de Dodji menant leurs activités dans le périmètre du champ de tir sont, en effet, en contact permanent avec ces dangereuses munitions, qui explosent dès que leur bouchon est touché. Saliou Niang Mangane (40 ans), président de l’Association des parents d’élèves de Dodji et vivant au quartier « Borne Wolof », nous rappelle ainsi la mort tragique de la femme, Ndatté Ngack, emportée par un obus de calibre 90 mm.

Le mari de la victime, Leyni Faty Ndao, paysan-polygame, se souvient de la mort atroce de son épouse. « Ma femme est décédée après avoir marché sur un obus calibre 90mm. La munition a explosé et Ndatté a été gravement atteinte au niveau du pied et au ventre par la détonation et les éclats. Elle a perdu beaucoup de sang. Evacuée à l’hôpital Magatte Lo de Linguère, elle succomba à ses blessures quelques minutes après son admission « , rapporte le mari de la défunte qui explique qu’elle était partie en brousse à la recherche des fruits sauvages qu’elle revendait en vue de subvenir aux besoins de sa famille.

« Ce jour-là, Ndatté était accompagnée de sa co-épouse à la recherche d’aliment de bétail, des fruits sauvages notamment, qu’elle revendait aux éleveurs. Lorsqu’elle a sauté sur l’obus, sa coépouse, Penda Ba, a accouru pour alerter les villageois qui n’ont pas mis du temps pour rallier le lieu du drame en vue de secourir Ndatté. Ils l’ont trouvée baignant dans une mare de sang », raconte le sieur Ndao, qui dit s’en remettre à Dieu, mais ne manque pas l’occasion pour demander à l’armée de réengager le fils de Ndatté Ngack, Yaya Ndao, qui est sous les drapeaux et doit être libéré au plus tard dans 6 mois.

Son voeu le plus cher est, en effet, que les autorités militaires l’aident à maintenir le fils de Ndatté Ngack dans l’armée pour qu’il puisse l’aider après sa formation de 2 ans. Selon toujours Leyni Faty Ndao, son oncle maternel, Simon Mangane, a lui aussi péri dans les mêmes conditions. Une munition s’est défragmentée sur son corps à l’intérieur du champ de tir.

Les explosifs tuent depuis 60 ans à Dodji, dans le silence

Au quartier « Borne Peulh », les habitants n’ont pas été épargnés des dégâts causés par le champ de tir. Un jeune apprenti soudeur du nom de Demba Ba a été emporté par un obus de mortier après avoir eu la malchance de marcher dessus. A en croire un membre de sa famille, le drame était survenu un vendredi, après la grande prière.

Le jeune Demba Ba se trouvait à l’atelier pour faire du thé. Après avoir fini de servir le thé, il a pris la direction de la brousse. « Quelques minutes après, nous avons entendu une grande détonation. J’ai couru comme tout le monde pour aller voir ce qui s’était passé, puisque c’était à quelques mètres du village. Et, malheureusement, sa main était complètement déchiquetée. Il avait ramassé un obus qui a explosé dans la main. Une semaine après, il a succombé à ses blessures », confie-t-il en nous révélant qu’un obus a encore tué un autre membre de sa famille.

« Il s’agit de la femme de mon frère. Et elle est décédée dans les mêmes conditions. Elle aussi était partie en brousse chercher du bois mort, elle est revenue à la maison, avec un obus dans son fagot. Après le dîner, elle est repartie derrière sa case et dès qu’elle a touché le bois mort, l’arme a explosé, et elle a été brûlée vive. Une partie de notre maison avait été également incendiée », raconte le soudeur métallique.

Ce lieu d’opérations et d’entraînements tactiques des armées françaises et sénégalaises très réputé et connu au-delà de nos frontières, continue donc, depuis 60 ans déjà, de semer une véritable psychose chez les populations qui sont décimées par les obus qui les tuent en silence.

Et depuis toujours, ces populations isolées quasiment du reste du pays, du fait de l’enclavement et de la difficulté à accéder à cette partie du pays qu’est la zone de Dodji, n’ont cesse de demander un environnement propre et plus de sécurité. Mais c’est vain. Car, ni l’armée ni les autorités administratives ne veulent évoquer ce problème devenu, de fait, un sujet tabou dont personne, en dehors des populations victimes, ne veut parler

Les transhumants, principales victimes de ces engins inexplosés

Venant des autres régions périphériques, en quête de pâturages pour leurs bêtes, les transhumants sont les principales victimes des obus de mortier non explosés du champs de tir de Dodji. A côte des villageois, eux aussi ont payé un lourd tribut face à ces armes silencieuses détonantes. Cependant, les populations de Dodji ne manquent pas de magnifier l’assistance que leur apporte les militaires du camp, notamment au plan social et médical.

Pendant la saison des pluies un nombre importants de transhumants quittent les régions de Matam, de Saint-Louis, de Kaolack et de Fatick pour rallier Dodji à la recherche de pâturages et de meilleures conditions d’existence pour leur bétail surtout.

Une fois sur place, ces derniers sont en contact permanent avec les munitions par inadvertance. Les conséquences sont souvent désastreuses. Car ils y laissent souvent leur vie. Le dernier cas en date est la mort de deux transhumants, en l’occurrence Sambel Diallo et Amadou Bâ, originaires de Kaolack. Un obus a explosé sur eux, alors qu’ils conduisaient leurs troupeaux à l’intérieur du champ de tir.

Mais avant ces deux victimes, d’autres transhumants ont été aussi tués par ces armes silencieuses qui n’ont pas explosé lors des manoeuvres militaires au cours desquelles elles ont été tirées. Aussi, pour limiter les dégâts, des relais communautaires avaient été mis en contribution pour sensibiliser les étrangers, en particulier les transhumants, sur les techniques de protection face à ces armes.

Ainsi, chaque fois que ces transhumants ou bergers sensibilisés découvraient un obus quelque part en brousse, ils mettaient des feuilles d’arbre dessus, avant d’alerter les militaires qui, à leur tour, s’y rendaient pour la destruction de l’arme. Ce travail qu’effectuaient les relais communautaires avaient permis aux étrangers de ne plus s’approcher de ces obus en cas de découverte.

Malgré les nombreuses victimes que le champ de tir a déjà causées, soit une soixantaine depuis 1955, certains habitants de Dodji y vont toujours à la recherche de ces obus non explosés pour tenter d’en extraire le métal. Et après extraction, s’ils ne sont pas tués par l’obus, ils parviennent à obtenir du fer, de l’aluminium, du cuivre ou du bronze qu’ils revendent aux bijoutiers ou forgerons à bon prix, nous confie un villageois.

Le constat est toutefois que depuis le départ des troupes françaises, le nombre de victimes dans ce champ de tir a considérablement baissé. Aujourd’hui, les victimes ne sont plus comptées que du bout des doigts comme c’était le cas à l’époque.

D’ailleurs, l’armée sénégalaise n’avait pas manqué de mener une opération en survolant le site par hélicoptère pour détecter les obus. Cela se faisait juste après une grande manoeuvre militaire. Les soldats avaient fait un gros ratissage pour détruire toutes les munitions pouvant occasionner des dégâts à l’endroit des populations. Même si le champ a fait tant de victimes à Dodji, les populations magnifient pourtant les bonnes actions des militaires sénégalais logés à l’intérieur du camp.

Beaucoup de sources nous révèlent que les hommes de tenue participent quotidiennement à l’effort de construction de cette jeune commune. De la santé, à l’éducation, en passant par les événements religieux, les militaires sont toujours à leurs côtés. Ils initient souvent des journées de consultations gratuites, forment les élèves sur des actions de citoyenneté et offrent leurs tentes ou matelas aux populations à l’occasion des manifestations de grande envergure.

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