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CHEIKH DIOP, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU SYNDICAT DES TRAVAILLEURS DU PÉTROLE ET DU GAZ:«L’arrivée de Tamoil doit aider à régler les problèmes énergétiques du pays … »

Suite au rachat de Mobil par la société Libyenne Tamoil, l’on peut s’attendre à des lendemains meilleurs en matière de production énergétique. Seulement, des travailleurs de Mobil au Sénégal restent un peu sceptiques par rapport à une nouvelle politique sociale qui pourrait leur être imposée par la société libyenne. Ce que réfute d’ailleurs le Secrétaire général du syndicat des travailleurs du pétrole et du gaz. Dans cet entretien, Cheikh Diop de la Cnts/Fc revient sur cet aspect mais également sur les couacs notés à la Société Africaine de Raffinage, les pénuries de gaz, les délestages mais aussi l’affaire Oryx.
Cheikh Diop

Le Matin : Un accord a été signé avec la société Tamoil pour le rachat de Mobile. Avec l’arrivée de cette société libyenne peut-on espérer une fin des pénuries de carburant ?

Cheikh Diop : Mobil doit en principe partir. Elle est rachetée par Tamoil, une société libyenne. Son arrivée doit aider davantage à régler les problèmes énergétiques du pays et non les aggraver. Si tel est le cas, les syndicats et les travailleurs sont ouverts à toute forme de collaboration. Mais, nous voulons également que les travailleurs de Mobil soient actionnaires dans cette société à hauteur de 10 % au moins. Nous voulons aussi qu’une politique sociale adaptée aux conditions des travailleurs de Mobil et des Sénégalais en général soit appliquée. Nous ne pouvons pas accepter qu’au niveau de la Libye que la politique sociale des entreprises et de l’État soit bonne et ne le soit pas pour nous. Les syndicats et les travailleurs de Mobil sont debout et attendent de pied ferme Tamoil. Ils exigent que le capital leur soit ouvert, mais ils exigent aussi que les mêmes conditions des travailleurs de Tamoil en Libye et à travers le monde soient les mêmes qu’ici au Sénégal.

Certains travailleurs de Mobil pensent que l’arrivée de Tamoil pourrait mettre leur emploi en danger.

De toute façon, on ne l’acceptera pas. Ce que nous attendons, c’est l’application de l’article L 58 qui fait hériter le passif et l’actif de la société. Tamoil ne peut pas faire moins que Mobil. Les employés de Mobil font moins d’une centaine, nous ne pouvons pas accepter de dégraissage. Au contraire, nous estimons que pour renforcer ses activités au Sénégal, Tamoil doit faire appel à un recrutement de personnel, doit renforcer également le personnel qui est sur place, tant du point de vue du traitement salarial que du point de vue des conditions de travail. C’est ce que nous attendons et nous n’accepterons pas le contraire.

Nous avons connu ces derniers temps des problèmes d’approvisionnement en gaz butane. Les délestages, un autre casse-tête…

Nous pensons que si les conclusions de Saly, la volonté politique affichée de l’État se poursuit au bout de quelques temps, les pénuries de gaz, les coupures d’électricité seront de mauvais souvenirs. Mais, que l’on ne se voile pas la face, la situation de l’énergie au Sénégal était extrêmement difficile. Les autorités l’ont compris et ont engagé une bataille pour véritablement libérer le pays qui était totalement dépendant des multinationales en amont comme en aval. Aujourd’hui, je pense que le président doit prendre le courage et il l’a fait pour mettre fin à cette situation, libérer le pays, recapitaliser la Sar, avoir la liberté de commander des produits, de raffiner, pour ses clients et mettre tout le monde au même pays d’égalité. Aussi, l’État doit faire des efforts pour rembourser ses dettes et la subvention qu’il doit aux fournisseurs. Ce n’est que dans cette situation que le pays connaîtra une indépendance énergétique bien qu’il ne soit pas pays producteur. L’indépendance énergétique est relative parce que tout le temps nous dépendons de l’extérieur du point de vue du coût des produits pétroliers. Mais l’État est en train de faire des efforts que les travailleurs du pétrole approuvent pour libérer ce pays. Et je crois que les populations doivent le comprendre également pour accompagner l’État. Pour nous, il s’agit d’une lutte pour libérer le pays.

M.Diop, l’affaire Oryx a été soulevée. Le ministre du budget avait d’ailleurs même annoncé que la société a finalement accepté de transiger. Aux dernières nouvelles, une délégation était même à Dakar. Comment analysez-vous la fermeture d’Oryx Sénégal ?

La solution demeure sur l’application d’une politique énergétique conséquente. C’est pour cela d’ailleurs que nous n’avons pas compris le fait de laisser la situation Oryx pourrir. La dernière sortie du ministre du budget nous donne l’espoir que des solutions vont être trouvées pour la question d’Oryx Sénégal. Mais malheureusement, nous constatons au moment où les solutions sont préconisées que la direction d’Oryx s’adonne à des licenciements du personnel. Ce personnel qui a accompagné cette crise, qui s’est battu, qui a pesé avec son syndicat de tout son poids pour amener les autorités à négocier la réouverture d’Oryx. Au moment où cette réouverture est espérée la direction d’Oryx internationale licencie tout son personnel. Ceci est frustrant. Nous attirons l’attention des autorités sur ce fait. Nous ne pouvons pas accepter qu’un personnel qui se sacrifie à côté de sa direction, des autorités, pour trouver une solution, soit licencié de façon illégale. Parce que la direction d’Oryx est garante et elle n’est pas là. Elle envoie un conseil juridique pour distribuer des lettres de licenciement. Ce n’est pas un conseil juridique qui nous avait embauchés mais une direction et il lui appartient de venir discuter avec les employés pour trouver une solution. Le syndicat est derrière les travailleurs pour se battre.

La société Africaine de Raffinage, un autre problème. Pensez-vous qu’aujourd’hui, il peut y avoir un brin d’espoir avec cette reprise de la société par l’État.

Depuis un certain temps, le secteur connaît un calme relatif. Les pénuries de carburant ont tout de même cessé, mais au niveau du gaz, il y a encore quelques pénuries qui demeurent. Nous avons également constaté que les conclusions de Saly sont en train d’être appliquées petit à petit. L’État est en train de passer à la recapitalisation de la Société Africaine de Raffinage (Sar). Aujourd’hui, l’État est l’actionnaire majoritaire à environ 55 %. La Sar a aussi repris ses activités tant bien que mal parce que cette forme de reprise ne nous donne pas totale satisfaction. C’est ce que l’on appelle le « processing » qui consiste à raffiner le produit d’un tiers qui lui aurait donné sa fiche technique. La Sar raffine pour son fournisseur et lui remet son produit suivant son tableau de bord. Cela veut dire que le Sar fonctionne uniquement pour supporter ses charges. Mais en tant qu’unité industrielle, ceci n’est pas rentable. L’autre inconvénient dans ce système, c’est que le client qui demande à ce qu’on raffine son produit lui impose ses exigences. Si la Sar fonctionne en tant qu’unité industrielle, elle peut mettre sur le marché tous les produits nécessaires y compris les combustibles destinés à la Senelec. Nous estimons que ceci n’est qu’une situation transitoire dès l’instant où l’État a pris à bras le corps ce problème. La capitalisation et la relance de la Sar constituent des enjeux majeurs. Les difficultés ne sont pas encore résorbées et nous ne sommes pas au bout du tunnel.

Sur le plan social, les travailleurs attendent des efforts de la part de l’État…

Les travailleurs du pétrole ont pris le pari d’accompagner la Sar et l’État pour aider les populations et les soulager des pénuries. Au moment de régler les problèmes, l’on doit tenir compte des travailleurs, on doit tenir compte également de ce partenariat qui a accompagné jusqu’ici les efforts de l’État et de la Sar. C’est pourquoi nous voulons que dans cette recapitalisation, le personnel soit pris en compte et que nous ayons au moins 10 % du capital. Nous voulons également que le pacte social qu’on avait proposé dans le secteur du pétrole soit discuté, négocié et ce pacte pourra consolider tous les efforts entrepris dans le secteur de l’énergie au bout de 3 ans sans perturbation. Mais, en contrepartie des engagements doivent être pris par le patronat du secteur et l’État pour améliorer les conditions sociales des travailleurs dans un pacte ficelé. Dans le secteur du transport des hydrocarbures, nous avons signé des accords qui n’avaient pas été respectés. Dieu merci, lors de la dernière rencontre, nous avons pu constater que les employeurs de ce sous-secteur sont en train de s’exécuter. Sur le plan social également, c’est vrai que les travailleurs s’impatientent mais nous avons initié pas mal d’actions qui peuvent régler quelques problèmes dans le secteur du pétrole.


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