Education

Cheikh Mbow, coordonnateur de la Cosydep : «Aucun pays ne s’est développé sans passer par l’Education»   

  • Date: 23 juin 2015

Membre fondateur et coordonnateur de la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep), Cheikh Mbow est convaincu que l’Education est et reste à la fois facteur, condition et levier de tout développement. A la tête de la Cosydep, une coalition qui travaille pour une éducation de qualité pour tous, il soutient avec force qu’aucune Nation ne peut émerger sans une bonne éducation…  

M. Mbow, aujourd’hui, vous portez l’image de la Cosydep. Quelle est sa vocation ?

En effet, il a fallu avoir une locomotive. J’avais accepté, face à ceux qui disaient que la Cosydep était un feu de paille, de me sacrifier, d’être le fou du groupe pour construire aujourd’hui cet outil qui fait la satisfaction de nombreux militants del’éducation. J’y ai cru, à côté d’un comité restreint, pour avoir fortementtravaillé à son identité, à sa personnalité, à sa crédibilité, à son assise nationale, régionale et internationale ! Par ma modeste personne, la coalition occupedepuis 2 ans le siège de la société civile du sud dans le conseil d’administration du partenariat mondial pour l’éducation. Nous portons la voix de 60 pays d’Asie, Afrique, Amérique latine, Europe de l’Est. C’est une fierté et une lourde responsabilité pour notre jeune organisation, créée réellement en 2009 et évoluant dans un jeune pays. La Cosydep reste aujourd’hui une plateforme multi acteurs réunissant, entre autres : enseignants, syndicats, parents d’élèves, journalistes, chercheurs. Chaque acteur apprend à être humble et flexible pour accepter la différence et bénéficier de la complémentarité. Notre plateforme a beaucoup renforcé son ancrage local, avec la mise en place des antennes locales, car convaincu que les défis ne seront relevés qu’au niveau local, dans et autour des lieux d’apprentissage avec les communautés. Nous restons aussi persuadés qu’il nous faut garder notre autonomie de pensée et d’actions, tout en renforçant nos relations avec toute organisation et institution. Nous voulons permettre aux décideurs ouverts, d’avoir une lecture plurielle qui leur permet de mieux décider.Au total, la Cosydep pense que la responsabilité de l’éducation doit être garantie par les Etats, tout en appelant la communauté internationale à faire face à ses engagements.

Qu’est-ce qui vous a motivé à choisir l’éducation comme axe de votre engagement ?

Nous sommes totalementconvaincus que pour atteindre les Objectifs de développement durable (Odd), nos Etats devront forcément et inévitablement s’arranger pour que l’éducation soit à la base de ces objectifs. C’est cela qui m’a convaincu à œuvrer de façon très active dans le secteur de l’éducation. En effet, je crois aussi que les questions de développement sontindissociables de l’accès à une éducation de qualité. Si nous voulons que les populations s’impliquent dans la lutte contre le changement climatique, la réduction de la violence, des guerres, des violations des droits de l’Homme, des maladies, de lacorruption, des incompréhensions interreligieuses ou interculturelles…, si nous voulons les impliquer pleinement dans l’atteinte des objectifs de développement, il estindispensable de passer par l’éducation et la formation. L’éducation est à la fois facteur, condition et levier de tout développement. Aucune autre alternative n’est possible si nous voulons renforcer durablement les capacités et les connaissances des jeunes, des femmes, des acteurs de la société civile, des hommes politiques. J’ai eu la chance de réaliser très tôt que lespopulations sont plus conscientes du rôle qu’elles doivent jouer dans les questions de développement lorsque qu’elles savent lire et écrire. Parce que l’éducation est un outil clé pourfaire face aux nombreux problèmes sociaux observés partout dans le monde. La Corée du sud, qui nous a accueillis lors du Forum mondial pourl’Education il y a moins d’un mois, en est une parfaite illustration : une situation de désastre total, avec la guerre de 1951, ils sont membres de l’OCDE. Il n’existe pas un pays qui s’est développé sans opter d’abord pour l’éducation.

Qu’est-ce que vous considérez comme principaux points dans la perspective post-2015 pour l’éducation ?

Vous savez, si nous voulons planifier le développement post 2015, il est important de réaffirmer que l’éducation est et demeure un droit humain fondamental ! L’éducation est le véritable socle du développement humain durable. Les orientationspost 2015 ne peuvent pas ignorer cet élément fondamental. Ces objectifs doivent impérativement repositionner l’éducation sous cet angle. Pour y arriver, il faudra que l’éducation post 2015 puisse non seulement être de qualité,mais qu’elle puisse aussi répondre à deux questions urgentes : celles de la crise de confiance entre l’éducation et la société d’une part, et l’éducationet ses finalités d’autre part. Il nous faut un modèle qui garantisse la réussite des apprentissages pour tous et qui remette en cause le modèle élitiste et discriminatoire, cause des échecs massifs. Le post 2015exige une éducation qui assure le socle commun du vivre ensemble et consolide la base du développement durable et de la citoyenneté active et ouverte. L’exigence est de former des citoyens capables de créativité,d’adaptation constante à l’évolution des contextes.

Que voulez-vous dire par écart entre l’éducation et la société ?

Vous savez sans doute que l’éducation produit de plus en plus des diplômés qui sont sans qualification, mais aussi des exclus qui deviennent vite de lourdsfardeaux pour les Etats. Face aux crises généralisées, les questions qu’on doit se poser sont celles de savoir comment garantir unsystème d’éducation et de formation qui produit des citoyens qualifiés ? Quelles réponses face aux exclus prématurés ? Quelle finalité pour l’éducation ? Quelles approches pour éviter que certains groupes sociaux spécifiques soient victimes des systèmes éducatifs et de formation non inclusifs ? La réponse à ces questions nous permettrait de nous accorder sur le type d’hommes etde femmes à former pour porter le développement auquel nous aspirons. Il s’agit d’assurer une formation qui arme l’apprenant d’outils de résolution des problèmes socioéconomiques et professionnels les plus divers.Aussi, si l’éducation reste un droit, elle doit s’assurer que son accès soit une réalité pour toutes les couches. Les gouvernements doivent également pouvoir s’ériger contre la privatisation de l’éducation, l’accès à l’éducationest un droit humain ; la privatiser devient une problématique inquiétante. L’éducation n’est pas un produit commercial ; elle n’est ni à vendre ni à acheter !

Quel bilan faites-vous de l’année scolaire qui tire à sa fin, malgré la menace qui plane toujours ?

Nous pensons que c’est une année qui a ressemblé aux précédentes. Cela fait près d’une décennie que le système éducatifest très instable, du fait des grèves et des perturbations : non respect d’accords signés ; déficit d’enseignants ; retard depaiement de salaires ou d’indemnités ; classes pléthoriques ; résultats médiocres, dénigrements entre acteurs… Pourtant, de fortes opportunités s’offrent au Sénégal : la tenue de Concertations et Assises avec des recommandations consensuelles dont l’application est fortement attendue ; le développement d’une citoyenneté active, avec une plus grande exigence sur les questions de gouvernance, de reddition des comptes, d’équité… Oui, la situation nous désole car nous avions fait un pari qu’avec la tenue de concertations et l’entretien des consensus qui enseraient issus, notre pays serait épargné de ces turbulences récurrentes pour disposer d’un système éducatif qui reconnecte l’école à la société, l’école à ses acteurs. La Cosydep avait valablement contribué auxAssises, avec la production du livre blanc qui donnait la parole aux bénéficiaires et commanditaires de l’éducation. Nous n’avons pas pu entretenir cette flamme d’espoir : comité des Assises dissous, pas de conseil interministériel, pas de conseil présidentiel ; donc un vide. Actuellement, l’espoir semble renaître, avec les derniers accords à surveiller impérativement et l’annonce du conseil présidentiel.

Justement, quelles sont vos recommandations  pour le conseil présidentiel en vue ?

Nous espérons qu’il soit suffisamment inclusif et participatif, en écoutant les familles d’acteurs clés, qui ont une valeur ajoutée certaine, les acteurs de changement et de rupture. Nous espérons que leprésident de la République rassurera sur la place prioritaire de l’éducation comme clé de développement et d’émergence durables. On espère undécloisonnement des axes et des secteurs de développement, de même qu’une plus grande cohérence organisationnelle, ainsi qu’un rétablissement de l’équité dans le traitement des fonctionnaires. Il ne s’agira certainement pas de refaire le diagnostic, qui est largement partagé, mais plutôt de se projeter dans la mise en œuvre des réflexions pertinentes déjà faites, qui exigent juste des ruptures courageuses. Il faudra vider le passif avec les syndicats, profiter des grandes vacances pour consolider les décisions présidentielles et se résoudre à les mettre en œuvre. Ce conseildoit apprendre du passé récent, en veillant à mettre en place un comité de suivi multi acteurs et à toutes les échelles, en vue de garantir un portage social. Les décisions ne devront pas être seulement une affaire des institutionnels.

Êtes-vous satisfait du financement de l’éducation par le Sénégal ?

Bien que nous reconnaissions que le Sénégal fait partie des pays champions en matière de financement du secteur del’éducation en Afrique, il y a toutefois de nombreuses controverses sur les ressources allouées. Il faut dire que le budget ne doit pas seulement être analysé en termes de volume ; sa répartition est aujourd’hui un enjeu clef.L’amélioration du budget doit être articulée à la fois au fonctionnement et àl’investissement. C’est cela qui garantit la qualité et l’équité dans l’éducation. En outre, les pays doivent s’assurer que les budgets soient décentralisés et puissent atteindre directement les populations bénéficiaires. Nous pensons qu’il faut stopper les coupes budgétaires, ainsi que les retards dans la mise à disposition des budgets aux écoles. Les budgets doivent également prendre en compte les disparités et besoins spécifiques des communautés. L’éducation inclusive doit être davantage appuyée ; ce qui doit se constater par les ressources allouées. Enfin,il est plus qu’urgent de renforcer le pouvoir local dans la gestion et le suivi des budgets alloués, en dotant les communautés, les collectivités locales décentralisées, les autorités académiques, religieuses et traditionnelles, les populations, des capacités et outils nécessaires leur permettant de jouer leur rôle dans la planification, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des budgets de l’éducation.

Quelles perspectives pour un système éducatif stable tenant compte de l’appel de l’Archevêque de Dakar?

L’Archevêque de Dakar a appelé à pacifier le système éducatif sénégalais. Comme la Cosydep, il a demandé à arrêter de sauver les années in extremis. Avec lui, nousdisons qu’il faut s’inscrire dans le sens de sauver l’école sénégalaise. Il nous faut un dialogue franc, sincère, fécond, permanent, à toutes les échelles. Il faut certainement renforcer la décentralisation de l’éducation, en responsabilisant davantage les communautés, en rétablissant la confiance et le respect entre les acteurs, en respectant les engagements que chaque acteur prend. Notre conviction est que le Sénégal dispose de toutes les ressources et de tous les moyens pouvant permettre de construire un système d’éducation et de formation performant, accessible, acceptable et adapté.

L’Observateur

Numéros Utiles

Indicatif Sénégal (de l’étranger) :

221

Renseignements :

12 12

Horloge parlante :

15

Aéroport :

33 869 50 50 / 33 628 10 10

Sénélec (dépannage) :

33 867 31 00

Sénélec (délestage BCC) :

33 839 94 35

SDE (dépannage) :

800 11 11

Sonatel (dérangement) :

13

Hotline Orange :

41 41

Commissariat Central :

33 823 25 29 / 33 823 71 49

Gendarmerie num vert :

800 20 20

SOS MEDECINS :

33 889 15 15

SUMA ASSITANCE :

33 824 24 18 / 33 824 60 30

POMPIERS :

33 823 03 50

Centre anti poison :

818 00 15 15